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A LA MÉMOIRE DE PAUL-HENRY RAMIN : "MASALÈ", PAR SARKIS GOPY, POÈTE INDO-KARU

A LA MÉMOIRE DE PAUL-HENRY RAMIN : "MASALÈ", PAR SARKIS GOPY, POÈTE INDO-KARU

An sé masalè
Sé mwen ki gran pandon
Ki pa ni valè

An sé matalon
Gran frè a talon
An sé moulikilè
Mandja é vètèlè
An chilèpatou
Ki pa kay san métou
An sé pitchenga
Tonton a pawka
An sé amikalou
A kalalou kandjou
An sé goulgoula
Pouli é woulka
An sé padjalon
Pi bon ki bonbon
An sé djalpanna
Tchoka é chòlka
An sé mòltanni
Adan sanblanni
An sé tanmaren
Ka bravé siren
Ka mandé rèspé
Ka kléré sengilon
Sé mwen ki loti
Manjé a Tanbi
Sé mwen ki kalnen
Janmen pa kalen
Sé mwen ki valatanni
Dlo a diri a Nanni
Sé mwen ki bèl narè
Ka kléré kon zéklè
Sé mwen ki tanbou
Ka kléré banbou
Sé mwen ki polenka
ka kouri anba anvèlka
Sé mwen ki sèlengè
Ka sonné kon wòch-fè
An filé kon kati
Ki pa konnèt fébli
An sé rivyè é solèy
Ki pa ka janmen nèy.

Sarkis Gopy
« Pawòl à fleur cœur »
de An sé pyé vèpèlè
Co- édité avec Edipress (2002)

Ces vers très expressifs du poète Indo-Guadeloupéen Sarkis Gopy nous éveillent à la richesse de l'apport indien à nos pays en termes de langue, de chant, de musique, d'agriculture, de cuisine, de religion, de spiritualité, de persévérance dans la relation humaine...

Et singulièrement aussi, à la puissance de langue créole.

Etats généraux ou pas, il est temps que cet apport fort soit concrètement reconnu et respecté, scolarisé et popularisé. Que chacun de nous-vous-îles, quelque soit son origine, se l'approprie comme héritage de l'Inde à la Caraïbe, et pas que colombo (du mot tamoul kolbou...). Il est de notre devoir d'intégrer les apports spécifiques des "descendants d'immigrés-sans papiers-avec contrat-d'engagement" indiens - ainsi que congolais (et chinois) - dans notre réflexion historico-prospective sociétale.

Il faut savoir par exemple que l'arrivée de nombreux Kongo - engagés après 1848 - fait que tous les noirs antillais ne peuvent prétendre être descendants d'esclaves !

Nos hindous, "Zendien" ou "Kouli", ou chapé-kouli / bata-zendien ou d'autres noms de la flopée qu'on leur donne encore avec relents de semi-rejet, sont rarement traités comme simples Guadeloupéens ou Martiniquais, mais avec une différenciation déplacée, qui va jusqu'à leur prêter des attitudes et positionnements peu louables. Trop nombreux sont ceux qui continuent de les penser en terme d'isolat diasporique communautaire, de les ostracisr en s'en démarquant, pour les singulariser ensuite. Ils font partie intégrante de notre peuple !

Ainsi, France-Antiles Martinique du 25 avril 09 parle à tort de "communauté indienne endeuillée" à propos de la mort de Paul-Henri Ramin, tout en illustrant l'article signé H.S. de témoignages et photos de personnes qui sont non seulement des Indiens, mais aussi des non-Indiens. On enferme ainsi, paradoxalement, dans un communautarisme dicté de l'extérieur, des citoyens qui œuvrent sans compter ni différencier pour l'ensemble de leur pays, et dont la culture est un riche pan de l'ensemble culturel martino-karukère...

La nationalité française des indo-guadelouipéens, leur égalité, n'a été que tardivement et péniblement acquise : en... 1923. Elle n'a mis fin à une situation d'apatride - donc de non-citoyen privés de toute possibilité de participer à la vie socio-économique et politique de leur pays adopté, qu'à cette date - alors que l'esclavage des nègres avait été aboli en 1848, soit depuis déjà 75 ans !!! -, et ceci grâce au combat et au procès historique fait au gouvernement français par le courageux Henri Sidambarom. Ce dernier est par conséquent un des héros fondateurs incontournables de la toute la société antillaise moderne.

Qui sait que l'île de Sainte-Lucie devrait commémorer en cet année 2009 le cent-cinquentenaire de l'arrivée de ses premiers travailleurs indiens? Et que, sait-on si cela se fera, tant est fort le gommage de l'histoire de cette catégorie de travailleurs à profil bas.

L'écolier, l'écrivain, l'artiste, le journaliste, les carnavaliers et organisateurs de foires patronales doivent connaître l'histoire de la traite des Indo-îliens, y compris ceux des îles anglophones. Ils doivent associer aussi cette histoire à leurs travaux, sous peine d'incomplétude, et de trahison envers la vérité historique,

Cette histoire, celle d'une traite appelée engagisme, qui engendra des événements si tragiques à bien des égards, fait aussi partie du crime contre l'humanité. Ce qui fait que Dame Taubira l'associe en toutes lettres à l'estravay/esclavage, dans l'article premier de sa Loi - article à mieux lire, plutôt que le tronquer sournoisement lors des érections de monuments anti-esclavage - nous citons :

 " La République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que "la traite dans l'océan Indien" d'une part, et l'esclavage d'autre part, perpétrés à partir du XVè siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l'océan Indien et en Europe "contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes" constituent un crime contre l'humanité."

Les jeunes Guadeloupéens et Martiniquais de tous bords, babords et rebords doivent connaître l'intégralité de cet aspect d eleur histoire complexe. Et pas simplistement que celle d'un des pans du peuple...

Dire qu'un Lord Kossity, un Alex Catherine, un Jean-Marc Césaire, et tant d'autres, sont de "beaux nègres", ou que Consuelo Marlin est la plus grande chabine étoile de Bharata-Natyam au monde, c'est une chose.

Mais quid de la part indienne, du devoir de mémoire dû à leur ascendance physique ou spirituelle?...

A la mémoire de Paul-Henri Ramin, distingué exégète antillais du Tamoul, trop tôt rappelé au Shiv Logom...

J.S. Sahaï.

PHOTO : le poète indien Tagore (Thakur), auteur du célèbre "Gitanjali". Source [ICI->http://www.theepochtimes.com/n2/images/stories/large/2009/03/25/tagore3....

IMAGE : La déesse MARIAMMAN, couverture d'un ouvrage de Paul-Henry Ramin.

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