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À propos d´"ATHLETISME : LA DOMINATION NOIRE".

Me voilà encore dans une guerre sans bâton dans un domaine où je ne donne pas volontiers mon avis sous peine de lynchage. J´ai pris tellement de coups de fouet dans mon enfance créole parce que je parlais par bouche (m´exprimais) que j´apprends encore à écrire afin de me taire pour m´entendre moi-même. Ce pourquoi je suis restée spontanée, mais nullement téméraire. C´est ainsi que je confesse encore une fois, que toutes les fois que je lis Raphaël Confiant, je ne peux m´empêcher de penser qu´il m´allège de ma lâcheté, puisque jusqu´ici, j´ai l´arrogance de croire qu´ il écrit tout ce que j´aurais écrit si j´avais son talent, sa productivité, sa créativité, sa force et son courage.

Apa jé jon !

Une amie m´a tchaté du Brésil pour me demander ce que je pensais de cet article de Raphaël Confiant. Je réponds que cette lecture m´a fait tressaillir car c´est exactement comment je commentais en comédie off track (dan ka ri mizè) le championnat du monde d´athlétisme à mon mari Suédois, champion d´échec, ingénieur informatique, amateur de Kung-fu, fan d´Usain Bolt, et bien sûr comme la plupart, vissé devant la télé lors de tout évènement sportif. Encore une preuve que je ne suis pas seule.

Soit dit en passant, les Suédois sont très sportifs et écologiques. La Nature est leur Dieu et la marche, la bicyclette et la gymnastique suédoise sont de rigueur pour la santé. Et... la campagne pour l´éducation subventionnée à tout âge par l´état est constante... même en prison. Ma jeune amie Chinoise, autrefois professeur de chimie dans une université en Chine enseigne aujourd´hui dans une prison suédoise.

Bon. Vous me direz que les Antilles Françaises ne sont pas la Suède et que vous vous moquez bien de l´instruction des prisonniers par les Chinois et vous aurez raison. Et puis ma cause s´il y a, est créole et noire, adonk an sa li et an ka li. Lire n´est pas parcourir flip-flap. Un analphabète n´est pas celui qui ne sait pas lire, c´est celui qui ne capte pas l´au-delà de la pensée. Lire est donc saisir et maîtriser l´essence de l´imperceptible. La lecture exige la conjugaison de lire, ressentir et comprendre. Sé pongné sa-w ka santi an tap-zip é pa dérapé. Fap-fap ! C´est percevoir le sens du message dans l´écoute en soi de ce que nous lisons et entendons. Ce que nous ne pouvons faire sans attention. Faire attention est déceler le témoin en soi de la voix qui lit. Lorsque nous devenons le témoin qui veut dire celui qui observe et qui écoute ce qui est lu, c´est le chaltounaj (l´illumination) qui vous fait déposer le livre et vous exclamer du tréfonds de vos entrailles "Wè! Sésa! " C´est l´éveil de l´observateur-observé. Et là vous respirez.

Je ne peux donc, que recommander à tous, après avoir tempêté, de lire et relire bien le texte sans juger l´auteur et l´écrit, et vous découvrirez en profondeur de vous-mêmes, le trésor dynamique caché ne serait-ce que dans le titre "ATHLETISME : LA DOMINATION NOIRE".

Et au cas où vous en avez une, la question que chacun devrait se poser est : Pourquoi tous les écrivains géniaux, les artistes exceptionnels, les hardis novateurs et les leaders conscients doivent toujours prendre des risques et braver entraves et établis, vents et marées, critiques et hostilités pour nous révéler le sacré de l´ être ? Alors qu´ils ne veulent qu´amputer ne serait-ce qu´à quelques uns des membres de leur espèce humaine, la mauvaise foi chronique due à l´inéluctable panurgisme et la loi ancrée du grégarisme.

An ka pwan souf !

Il est vrai que l´attachement des hommes pour tout pouvoir établi sur la force est solide et la souffrance collective s´impose, mais notre libre arbitre et notre remise en question ne sont aujourd´hui pas à négliger.

Òò !

Je tiens à souligner encore une fois, que loin de moi la prétention de défendre l´écrivain. Je ne suis pas sûre de grand chose, mais je suis absolument sûre et certaine qu´il n´a besoin ni de moi ni de quiconque sur cette planète ou ailleurs, pour mettre qui que ce soit à sa place dans n´importe quelle langue. Vous ne pouvez le nier. C´est incontestable. Et plus, dans ma bulle, il me conforte en souriant de croire qu´au plus profond de vous, vous êtes tous fiers d´avoir un Martiniquais révolutionnaire de cette vaillance.

Pa manti !

Un révolutionnaire est entre autres celui qui veut mettre bas tous les masques. Un être qui ne craint pas la manœuvre en vue d´un changement, d´une transformation, d´une mutation, d´une métamorphose, d´une évolution... La vaillance est une vertu guerrière qui exige du cœur, de la bravoure, de l´intrépidité, de la hardiesse... Je remarque tout simplement la passion sans égal de l´auteur pour son peuple, de malgré tous les insultes, les oppositions et les procès qu´on lui fait, d´écrire noir sur blanc la vérité qui fait mal. Observons que les écrits sur la faim, l´injustice, l´oppression et les guerres inutiles dans le monde laissent le plus souvent un certain monde indifférent (lisez tous ses articles) alors qu´effleurer l´athlétisme à seule fin de nous activer les neurones attire la foudre.

O la moral fwansé ? kon di Éna machann bouden-la. HA ! Konfyan ou ja pwan. Ou ja pwan, ou ja pwan, ou ja pwan chaben. A Konfyan ou ja pwan.

On jou. Un jour sans souffle, lorsque vous constaterez que le but est dans l´infini, vous vous arrêterez pour souffler en vous appuyant sur vos cuisses et vous serez obligés de dire "Po ! Konfyan té ka vwè lwen menm. (Confiant voyait loin.)" Et cette image me fait rire car il me rappelle lorsque je courais moi-même les 100 m. Un talent que j´ai utilisé entre l´école et le petit banc de Gérard Lauriette qui n´était pas encore Papa Yaya mais boug-la ki ka anmèwdé moun-la. Qu´est-ce que j´ai couru ventre-à-terre ! Et ma faim de connaissance me fait encore courir spirituellement, intellectuellement et mentalement entre la Guadeloupe, la Martinique et la Suède afin d´apprendre des miens.

Ceci écrit, l´important est de réagir. Vos réactions m´ont joyeusement rappelé que je suis une SchwartzNegress dont l´esprit va plus vite que le corps. La conclusion est que d´accord ou pas d´accord avec lui, reconnaissons que l´écrivain sait nous inspirer et stimuler nos cellules grisées par nos muscles. Cette reconnaissance en créole est "Hay chyen, di kòk a-y roz". La i pann i sèk ! Pa kòk-la. L´imperceptible de ce texte.

Maxette Olsson

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