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Abolition de l'esclavage : la défaite des barbares

Roland Davidas
 Abolition de l'esclavage : la défaite des barbares

   L'esclavage ne fut pas seulement un crime contre l'humanité : ce fut une abomination, une monstrueuse entreprise de déshumanisation et d'exploitation de l'homme par l'homme. 

   Ceux qui participèrent à ce crime épouvantable, c'est-à-dire la déportation et la mise en esclavage de 42 millions d'êtres humains sont, au regard de l'Histoire, les derniers des barbares. « Ultimi barbarorum !» : les pires de tous les barbares ! 

   Tels furent les capitaines négriers, les marchands d'esclaves, les propriétaires d'habitations, féroces, cupides et tortionnaires. Telles furent les élites prédatrices africaines qui collaborèrent à la traite et se rendirent complices de ce crime odieux.Tels furent les négriers arabo-musulmans qui pendant des siècles ont razzié, massacré ou capturé et déporté des millions d'Africains. 

   L'histoire de la traite et de l'esclavage fut une longue chaîne qui relia des tyrans de tous bords : européens, arabes et africains. Ce système mafieux, brutal et scélérat était fondé sur la violence et la corruption. Il avait de nombreux réseaux et de nombreuses complicités. Il avait le soutien et la bénédiction de l’Église et de l’État.    

   Ce projet maléfique codifia l'infamie à travers le Code noir promulgué par Louis XIV en 1685. Sous couvert de limiter les « abus », le texte de Colbert constituait en réalité la plus effroyable justification juridique de l'esclavage. Déshumanisé, chosifié, l'esclave y était réduit au statut de « meuble » (art. 44), saisissable, cessible ou transmissible comme tout autre bien patrimonial. S'il définissait les devoirs des maîtres envers leur « cheptel humain », il était surtout soucieux de sécurité publique. Les rassemblements d'esclaves étaient prohibés et le marronnage (évasion), sévèrement châtié. Un fuyard avait l'oreille tranchée, un récidiviste le jarret coupé et à la troisième tentative était puni de mort (art. 38).  

   Malgré cette barbarie, le projet de constitution de l'être et de la liberté triompha. La multitude servile affirma obstinément son humanité en dépit d'un système qui niait cette humanité. Elle persévéra dans son être et résista jusqu'à sa libération définitive et totale. Sa résistance prit des formes multiples et variées : révoltes, marronnages, empoisonnements ou révolutions qui ont abouti au renversement du système (en particulier celle de Saint-Domingue qui éclaira le monde). 

   Cette résistance face à l'oppression fut victorieuse car elle s’effectua à un niveau très élevé : celui de l'être ; celui de la continuité entre physique et métaphysique ; continuité entre la puissance physique et spirituelle de l'homme et la puissance infinie de Dieu, c'est-à-dire la Nature. Deus sive natura. Ce lien ontologique ne fut jamais rompu. Les esclaves ne furent jamais séparés de leur puissance d'être, d'agir et de penser. Cela leur permit de triompher de la peur, de la résignation et de l'aliénation et de passer alors de  l'Égypte de la servitude à la terre promise de la liberté. 

   Grâce à la dynamique constitutive de l'être et de la liberté, la prétendue supériorité des Blancs vis-à-vis des Noirs (base idéologique des esclavagistes) apparut pour ce qu'elle était en réalité : une misérable mystification. 

   Ce projet libérateur consacra la défaite des barbares sur le plan moral, éthique et philosophique. Il permit aux esclaves de passer au contraire de la servitude à la liberté, de la tristesse à la joie et des ténèbres à la lumière.

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