Accueil

Analyse de la fable Zié bétjé brilé zié neg

{N.B. Ce texte résulte d'une prise de notes du cours de Jean Bernabé par un étudiant inscrit dans la "Préparation au CAPES de créole organisée par le GEREC-F (session 2004). J. Bernabé ne saurait être tenu pour responsable des éventuelles erreurs ou omissions qu'il contient.}

L'adage, {Zié bétjé brilé zié neg}, censé représenter une pensée collective a une force extrêmement puissante puisqu'il implique la supériorité du Blanc sur le Nègre. (L'ouvrage {Peaux noires, masque blanc} de Frantz Fanon dénonçant l'aliénation historique que les descendants d'esclaves subirent, nous aidera, dans une certaine mesure, à entreprendre l'analyse de ce texte). Cet adage est devenu une vérité générale, profondément ancré dans la mentalité populaire. Que va faire Gratiant? Il va s'appliquer à analyser cet élément qui est inscrit dans le profond de la culture antillaise. On voit très bien qu'il plonge dans la culture populaire. Il ne plonge pas en elle pour l'accepter, pour l'entériner, la valider, l'approuver mais au contraire pour y introduire une dimension critique. Et cela est très important. Si vous avez une dissertation à faire sur ce genre de sujet, il faut bien que vous montriez le rapport à l'oraliture, le rapport à la dimension orale qui n'est pas un rapport de suivisme ni de révérence mais un rapport critique. Que va - t - il nous dire? Il nous dit : {ça ça lé di phrase ta - la ou ka ten - n di la Martinique?} Le ton, ici, est didactique, professoral Gratiant, qui est un professeur, a donc une posture de pédagogue. Et il va essayer de nous expliquer en commençant par poser une question : qu'est - ce que cette phrase veut dire en Martinique?

{Ça ka vini dépi lan nuitt en temps longtemps}: cette phrase provient l'ancien temps. Autrement dit c'est une phrase qui a été élaborée dans {l'oraliture} (l'oralité collective). Ce qui est intéressant avec ce vers, c'est que nous y avons la dimension temporelle {(an tan lontan)} et la dimension nocturne {(dépi lan nuitt)}. Rappelez-vous ce que nous avons dit de l'oraliture qui est liée à la nuit mais qui est aussi liée à une forme d'obscurantisme. La nuit des temps n'est pas une lumière qui va éclairer les esprits et la raison. {Oti an maitt té an bondié épi zéclai adan zieu - ï an fouett dan lan main- ï}. Il y a une perspective didactique grâce à laquelle le poète essaie nous expliquer comment la notion de zié brilé autrement dit cette étincelle qui sort des yeux du maître l'assimile en quelque sorte au Bon Dieu. Dans {zéclai an zieu} - ï, nous avons une image très forte qui n'est pas seulement une image créole. Elle renvoie aussi à la mythologie gréco-latine, celle de Jupiter, Jupiter qui lance des éclairs. Mais il y a aussi un élément qui se raccorde à notre société, c'est le fouet. Nous avons une espèce de dieu mythologique avec un fouet à la main. L'imaginaire que vous avez ici n'est pas nécessairement un imaginaire chrétien. Il n'y a pas dans l'imaginaire chrétien de dieu avec un fouet. Il y a reconstruction d'un imaginaire mixte avec des éléments qui renvoient à l'esclavage et des éléments de paganisme antique. Ces éléments renvoient à une espèce de dieu antique : {un Bon Dieu} . Il ne dit pas {maitt la sé Bondié mais maitt la sé an Bon Dieu} . Nous sommes dans une espèce de polythéisme, un dieu parmi d'autres.

Dans la deuxième strophe: {Mi des fois ça té an bon maitt,} cette strophe est intéressante. Pourquoi? On va l'appeler strophe humaniste. Il ne veut pas sombrer dans une espèce de manichéisme disant que tous les maîtres sont mauvais. Il y en a qui sont bons. Mais attention ce qui est important ici ce ne sont pas les maîtres ni les esclaves mais le système ( {Mé ça té an maitt quand min - m} ). En tant qu'homme il peut avoir des qualités, mais il est inscrit dans un système qui est le système esclavagiste. Nous avons avec la première strophe, une strophe quelque peu théologique. Une espèce de théologie païenne avec un dieu qui ressemble un peu à Jupiter et un fouet dans les mains, fouet qui renvoie à la situation créole de l'esclavage. Dans la deuxième strophe, nous nous rendons compte que ce maître n'est pas mauvais en soi. Il y a des bons maîtres mais cela ne peut que ramener à une espèce de paternalisme. Qu'est - ce que le paternalisme ? C'est de maintenir les gens en esclavage en disant ils sont esclaves mais moi je suis correct et bon avec eux. Gt va nous présenter de manière habile un tableau du paternalisme. Il va nous monter ainsi qu'il refuse aussi bien ce que certaines personnes pourraient considérer comme humanisme, d'autres comme manichéisme. La fin de cette strophe débouche sur une condamnation de l'esclavage ( {Mé ça té an maitt quand min - m}).

En ce qui concerne la 3 ème strophe qu'avons - nous ?

Nous avons la description physique du maître. Ce maître a les caractéristiques somatiques, phénotypiques, raciales bien particulières : {Zieu bleu, la peau blanc, chiveu lisse}.

{Rentré pa zieu en fond tchieù Nègg}, ce qui est intéressant ici c'est la notion d'oil. La thématique de l'oil est tès importante ici. Qu'est - ce que l'oil dans l'imaginaire habituel? C'est le reflet de l'âme, c'est l'expression la plus pure de l'être humain. {L'oil était dans la tombe et regardait Caen} ( V. Hugo ). L'oil c'est le siège de la pensée, l'expression suprême de l'humanité. Il rentre par les yeux dans le cour de l'homme. Il va prendre l'homme par son cerveau. Autrement dit il va pénétrer la conscience de l'esclave, du nègre. Comment pénètre -t- il la conscience du nègre? Il va utiliser la complicité du cour. Les yeux c'est l'intellect, les valeurs intellectuelles et conceptuelles mais le nègre va adhérer par le cour à cette vision conceptuelle parlant de lui - même à savoir un être inférieur. Tout ceci est relié à la 2 ème strophe qui est plutôt affective. Le paternalisme repose sur quoi? De l'affectif. Le maître est bon avec l'esclave. S'il était si bon que cela, il le libérerait. {Le tchieù} que vous avez ici renvoie au paternalisme de la 2 ème strophe. {Pou mélangé épi san'y min - m}. C'est une évocation du métissage. Non seulement le blanc domine par son regard les valeurs conceptuelles mails il y a un mélange de sang qui a produit du sang mêlé : les métisses. Il ne nous dit pas encore comment s'est produit ce mélange des sangs. Cela s'est souvent produit par le viol. Nous voyons qu'il y a un métissage biologique qui va se produire mais que derrière ce métissage biologique il va y avoir une suprématie du blanc. La vision est celle du blanc, du maître. {Maitt la té doubout douvan - ï con ou ka ouè assou an vitrail Saint - Joseph et Saint Jean - Baptisse épi an rond soleil toutt alentou tètt - yo}. Nous avons ici une image qui est une image religieuse chrétienne. Nous avons affaire au vitrail. Les vitrails qui sont éclairés par le soleil et qui vont présenter un certain nombre de personnages, des saints.

{An rond soleli tout alentou tètt - yo}, qu'est - ce que c'est ? C'est l'auréole des saints. Du point de vue métaphorique Gt n'a pas bersoin de parler d'auréole. Il aurait parfaitement pu nous dire {an ti loréyol}. D'emblée il va inventer quelque chose qui sera de l'ordre de la métaphore. L'auréole : {an ti won soley} ( un cercle de soleil ). Nous avons une isotopie qui renvoie toujours à l'isotopie de la lumière, du soleil, des yeux. Ces personnages sont des saints, ils font partie en quelque sorte de la hiérarchie des valeurs du système chrétien. Eux aussi ils brillent, eux aussi ils ont un soleil qui brille autour d'eux et les regarder c'est aussi regarder le soleil, autrement dit la religion chrétienne, catholique, celle des maîtres. Religion solaire, religion pour les maîtres, religion de ceux dont le regard brille et brûle les yeux des nègres. Vous voyez bien cette espèce d'assimilation qu'il y a entre les dieux, la sphère céleste, la sphère divine et la sphère des maîtres. Saint- Joseph, le père nourricier de Jésus, St Jean - Baptiste c'est celui qui baptise et vous fait entrer dans le cercle des croyants. Deux personnages de la religion catholique vont être pris comme emblême. Ils sont projetés avec une lumière de vitrail.

{Ça qui fò, ça qui grand, mélangé dan têtt Negg la}, donc confusion des valeurs, confusion de l'ordre du bien, l'ordre du beau et l'ordre du pouvoir. Le poète poursuit son analyse didactique. Il va continuer strophe par strophe. Il prend un élément de la réalité vécue par des nègres depuis longtemps et il va projeter là - dessus la lumière pédagogue. Donc ce qui est grand ce qui est fort c'est-à-dire le pouvoir dans l'esprit des nègres va se confondre avec ce qui est bon, beau. {Tout ça cé zaffai béké}. Du point de vue de la répartition des valeurs, ce sont les békés qui sont les représentants du pouvoir, de la beauté.

{Ça i té ka rété pou - ï, poveNegg ?

An - ni ça ï té compren - n qui té laidd,

Ça î compren - n qui té faibb,

Ça ï compren - n qui té mauvé.}

Là encore, nous avons en opposition l'ordre de la laideur, de la faiblesse, de pouvoir et l'ordre éthique, ce qui est mauvais, l'ordre esthétique et l'ordre du pouvoir. {Ça ï compren - n qui té laidd, konprann an kréyol lé di imajinen kò'w}. La notion de représentation, le nègre est victime de représentation. Dans une langue comme le créole qui est une langue tellement concrète que Gt arrive à nous faire un cours de philosophie, c'est extraordinaire. Il n'utilise aucun mot comme pouvoir, esthétique, éthique. Il n'utilise pas le vocabulaire de traditionnel de la philosophie classique. Il va arriver à reprendre les mêmes concepts à partir d'une approche créole. Quand Césaire dit que Gratiant réinvente le langage, cela signifie qu'il va inventer des choses qui ne se sont jamais dites. Gratiant a une formation philosophique, à aucun moment il ne va transférer les concepts de la philosophie classique dans le créole. Si nous faisons une comparaison entre Fanon et Gt, Fanon, psychiatre, fait une analyse poussée et en langue française classique, il va utiliser des éléments qui proviennent de la psychanalyse, du freudisme. Gratiant fait une analyse de l'aliénation en mettant en évidence la notion de représentation : {ça - ï compren - n qui té laidd, çàï compren - n qui té faibb, ça ï compren - n qui té mauvé}, on a une répétition 3 fois de suite de{ ça - ï compren - n} , ce sont des espèces de balise. Il va flécher ce mot ( {ça - ï compren - n} : à 3 reprises ).

{Saison quénette , saison mango ou pon - m cythè

Yon - n apré lott, yon - n apré lott,

Deux, ti évènements,

Yon - n cé Shoelchè, lé révolté an lott,

Siècc apré siècc, jou apré jou.

Vini effacé ça}

Il ne faut pas oublier que Gratiant est un homme de gauche communiste et marxiste. Un homme qui croit aux luttes de libération des peuples et à la lutte du prolétariat. Contrairement à Marbot qui est un défenseur de l'abolition de l'esclavage. {Lé révolté} , il évoque toutes les révoltes qui ont pu se produire pour amener la liberté. Nous avons ici un discours politique. Un certain nombre d'actions politiques, il va les appeler {évènements} . C'est le seul mot véritablement technique français écrit tel quel sauf que ce mot porte un accent aigu sur e et non un accent grave même si on prononce {vè} . vous avez la saison des quénettes, des {mango}. il nous donne ainsi les repères temporels d'une vie qui n'est pas ponctuée par des projets politiques. C'est une proposition une époque pour un mode de vie qui n'est pas ponctué par les dates politiques mais, uniquement par les cycles de la nature ( cycle naturel ) par opposition à un autre cycle qui est culturel, politique, cycle de l'intervention de l'homme sur le réel ( V. Schoelcher et l'abolition de l'esclavage, les révoltés c' ad la révolte du sud. ). {Siècc apré siècc} mais nous avons aussi {jou apré jou} c'est-à-dire que vous avez là une résistance de tous les jours, résistance permanente. Il veut nous signifier que dans le peuple il y a une espèce d'aliénation mais dans ce même peuple vous avez les antidotes de l'aliénation. Ce peuple aliéné a en son sein les forces du renouveau. {Pa ni papié ... malgré yon - n et malgré lott}. Malgré l'effet des révolutions, de l'abolition de l'esclavage cette réalité de la prédominance du maître blanc sur l'esclave se poursuit. Il est en train de nous faire la même analyse que fait Fanon dans Peau noire masque blanc, c'est-à-dire que l'aliénation se poursuit et elle ne s'arrête pas au moment des événements révolutionnaires.

{Loss ou té léssé . pou l'an - mitié .

loss ou té léssé assou la tè épi an rhoue,

pou gadé couman - deù - a

ou té doué lévé zieu ou en l'ai.}

La traduction française serait: Quand vous vous releviez du sol avec une houe et le commandeur vous donne de ordres lorsque vous relevez la tête vous deviez lever les yeux vers le haut pour le regarder.

{Atchoeulman toutt moune douboutt

Toutt zieu peu croisé min - m rhôteù

Pou la dignité

Et peut êtt min - m pou l'an - mitié.}

Nous sommes maintenant à une autre étape. Autrement dit il y a quelque chose de très ancien qui est fiché en nous : {zié bétjé brilé zié neg} c'est-à-dire la domination du béké sur le nègre. Nous ne sommes plus attachés à la terre, il y a une émancipation de gens qui ne sont plus liés à la terre chacun peut se croiser les yeux à la même hauteur.

{Ça an moune ka crié laidd,

Qu - u blanc, qu - u nouè,

An lott moune peu di i bel,

Qu - u nouè qu - u blanc.}

La laideur ne peut systématiquement être liée au blanc. Il y a là une coupure dans l'analyse dialectique, on est sorti du manichéisme auquel nous condamnait l'esclavage. On rentre dans une époque où il devrait être possible de qualifier de mauvais soit ce qui est blanc soit ce qui est noir. Il y a là une possibilité de liberté, de libre arbitre, d'ecclectisme. Nous ne sommes plus condamnés à avoir une vision uniforme du beau qui soit au dégtriment du nègre. Et maintenant, il y a une possibilité d'égalité liée au fait que le bon ou mauvais peut - être soit blanc, soit noir. Il ne va pas se contenter de dire que ce qui est noir est bon. Il ne fera pas comme Malcom X, leader des{ Black Muslim}, qui pour lutter contre les positions blanches, a pris une position symétriquement opposée : {Black is beautiful.} Que disent les blancs aux Etats-Unis ? {White is beautiful. Black is not beautiful.} La révolution de Malcom X est de dire: {Black is beautiful}. Ce que Gt nous dit par le biais de ce poème : ne passons d'une extrême à l'autre. Il explique parce qu'il est didactique que la vraie liberté, la vraie égalité c'est de dire non à {Black is beautiful} ce n'est pas de dire que ce qui est nègre est bon mais de dire que ce qui est bon peut être noir mais aussi blanc. La philosophie de Gt n'est pas raciale mais humaniste.

{Ça an moune ka crié bon,

An lott peut trouvé - ï mauvé.}

Nous avons là le primat du jugement individuel. Chacun a le droit d'avoir ses goûts personnels.

{Ici à tè la Martinique

Si zieu béké ka brulé zieu Negg

Cé en - ni mangniè pou plongé

Fond adan en temps longtemps

En souvenir.

Mé temps tout ça ja bien pasé !

Laissé - ï à tè !}

Maintenant que nous sommes arrivés à une position qui est celle de Gratiant et qui n'est pas celle d'une certaine négritude (la négritude étasunienne) où la revalorisation du noir passe par une hyperbole de celui - ci c'est-à-dire que l'on cesse de dire que le noir est nègre mais qu'il a toutes les vertus. Gt va courcircuiter cette conception pour arriver directement à une autre : humaniste. Gt l'exprime en nous disant que l'adage {zieu Béké brulé zieu Negg} ne correspond plus qu'au passé qu'à une condition que la révolution qui vient d'être opérée soit humaniste. Pour que celle - ci le soit, elle doit affirmer que personne, aucun peuple, aucune race ne possède le privilège de la beauté, de la vertu. Que dit A. Césaire dans {Le cahier d'un retour au pays natal} : aucun peuple, aucune race n'a le privilège de la beauté. Il va retrouver des éléments de la négritude césairienne. La négritude césairienne est un mouvement dialectique, un cri, un rejet du monde blanc et progressivement le héros césairien va découvrir ses propres tares. On se rend compte qu'on a affaire à un mouvement parallèle à celui de Césaire. La grande différence avec la négritude césairienne c'est qu'elle va s'ancrer directement sur le créole et non sur le français. Ce qui ne veut pas dire qu'il va rejeter le français. Il va aussi écrire en français :Je veux chanter la France, la France républicaine et non la coloniale. Nous avons un poème qui a lui tout seul présente tout un mouvement. Nous assistons à une évolution. A la Gt nous dit que {zieu béké brulé zieu Negg} n'est plus à l'ordre du jour dés lors que l'on comprend le mécanisme qui avait produit cet adage. Il nous dit qu'au fond c'est quelque chose qui appartient à l'oraliture, au patrimoine mais attention c'est un souvenir.

{Laissé - ï à tè} c'est- à-dire quelque chose qui n' a pas de valeur en opposition avec ce qui est en haut. En fait il critique les états d'âme.

J'ai voulu vous montrer que vous avez ici un parcours : parcours de la négritude avec une énonciation de l'aliénation tout comme Césaire tout comme Fanon sur un certain humanisme. Rappelez - vous ce que dit Fanon à propos de l'esclavage : nous ne voulons pas être esclave de l'esclavage. Ce qui veut dire bien sûr l'esclavage nous a fait beaucoup de tort mais à un moment l'Antillais doit s'en sortir et que cela ne soit qu'un souvenir : sortir de la sphère négative des représentations anciennes. Gratiant nous le dit dans une langue merveilleuse où il va réinventer par un tout un jeu de métaphores, de répétitions, par une organisation du poème. Maintenant si c'est intéressant c'est que vous vous attaquiez à un exercice d'analyses littéraires de ce poème : son organisation rhétorique afin de voir comment à travers celle-ci il arrive à suggérer un certain nombre de choses qui se passent de termes abstraits. Poésie extrêmement concrète qui va restituer des données extrêmement abstraites. Comment avec du concret on fabrique de l'abstrait. C'est cela la poésie, c'est cela la caractéristique d'invention de la poésie. Quand Césaire dit qu'il invente le langage, oui, il invente un langage nouveau. C'est un langage qui va dire le contexte, l'abstrait avec du concret. Evidemment, en 1958, cette évolution prônée par Gt n'est pas achevée, elle ne l'est pas non plus, aujourd'hui. Il y a une espèce de prescience qui l'amène à nous dire que nous devons reléguer tout cela au passé ce n'est plus qu'un souvenir. C'est cela le poète. L'élément poétique ne décrit pas une réalité, c'est une espèce de souhait, de projection. C'est l'imaginaire qui est à l'ouvre. Il y a une espèce d'intertextualité avec Césaire.

{Joseph lévé ( an 1935 )

- Joseph mi an chapeau monsieur fini pôté :

I ké fai - ou philosophe loss ou descen - n dan bouk,

- Mèci madanm

Yo ka ba'w an bagay ou ka di mèci. Men déziem pati - a sé ki sa? Sé naratè - a ka palé ba Joseph.. c'est une exhortation à se rebeller.

Joseph ! Joseph !

Qui temps ou ké lévé ?

Talè - a nou wè sé neg - la bò tè - a épi wou - a. yo ka lévé. Ki tan ou ké mété kò'w doubout ?

La charité pa bon pou chien !

Nou ni anlo répétision, récapitulation kon yo ka di an fransé : chan kann, loto, misié, madanmla ankò ni an poézi didactique. I ka ansénié Joseph révolté kò'y men avan i fè sa i ka montré'w ki manniè kréyatè, li, Joseph yé, ki rapò ant Joseph épi sé bétjé - a. poézi - a sé pa an tract. Gt ka koumansé montré nan ki sitiyasion Joseph yé épi apré yo ka pran an déziem pozision. Nou ka wè an militan alè - tala. Militan - an, travay - li sé òganizé pep - la. Gt sé an moun ka kwè fok fòmé ti pep - la. i ka montré kò'y pédagogue, i ka lonjé dwet ba Joseph asou sa i pou fè. C'est une interpellation personnelle. Nou ka rimatjé sé pa an poézi politik. Ni an rilasion épi an monn. Ni an humanisme adan conception Gt.

Toutt la geôle ni an funett'}

{Lè ou ka li teks - tala, ou ka chonjé Oscar Wide. Oscar Wide sé an moun yo kondané}, il ne faut pas oublier que Gratiant est professeur d'anglais. Il a une culture qui le renvoie aussi au monde anglophone. Oscar Wide qui voit dans sa prison et à travers les barreaux de celui - ci, des étoiles le soleil et les oiseaux.. il y a une espèce d'intertextuailité avec Oscar Wide. On voit que Gt n'est pas fermé ni sur la littérature créole ni sur la littérature française. Il est ouvert à la littérature universelle. {Toutt la geôle ni an funett}, c'est tout à fait le poème d'Oscar W. en prison. Il y a cette fenêtre qui est toute petite où il voit le ciel bleu. Il retrouve par son imaginaire la force du ciel bleu. Que peut - on offrir de plus beau à un poète sinon le ciel bleu? Il y a un lyrisme chez Gratiant : le soleil, le chant des oiseaux. Il est en train de faire un poème militant. Il y a des Antillais en prison pour leur combat politique. Il y a une connotation très personnelle. C'est une poésie intime. C'est un poème de circonstance. Nous avons la geôle, l'emprisonnement physique du personnage à la liberté de l'âme. La liberté du poète naît de l'imaginaire.

{Chaque la geôle ni an funett.

Frè nou a qui maré adan la geôle,

Ten - n, ten - n zott tout rélé nou a :

Dérhò ni an gran rhélé

Pou rhalé zott dérhò !}

Dehors il y a une grande clameur pour vous libérer. C'est le mouvement de la révolution qui gronde et qui va vous libérer. Nous avons un poème politique, un poème de la révolution en marche. On se rend compte que chez Gt {ni an migannay ka fet ; i makonnen an poézi goumen politik é an poézi lirik. Annou pran an legzanp : "finet - la ka vini kon an ti tou zédjui é lè i ka pran an tou zédjui sa ka fè'y chonjé an fil swa lespérans}". C'est ce que l'on appelle une association d'idées.
{
Bouf Portorique chapé

Pa ni papié oti ça écrit :

Zieu Béké ka brulé zieu Nègg}