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André Exbrayat (éditeur) : "Je milite pour que l'esprit du GEREC devienne la norme en matière d'écriture du créole"

1°. VOTRE MAISON D'EDITION SE CONSACRE ESSENTIELLEMENT A LA PUBLICATION D'AUTEURS ANTILLAIS

Non, l’origine de l’auteur n’a aucune importance, c’est ce qu’il écrit qui m’importe.

 

OU D'OUVRAGES TOURNES VERS LES ANTILLES,

OUI, car les lecteurs potentiels que je peux toucher par mon actuel réseau de distribution sont sur les Antilles françaises.

 

L'ETROITESSE DU MARCHE EST-IL UN OBSTACLE MAJEUR ?

OUI et NON

Car si le marché est étroit, la concurrence entre éditeurs qui proposent des thèmes sur les Antilles est proportionnelle à ce marché.

 

AVEZ-VOUS REUSSI A PENETRER SUR LE MARCHE HEXAGONAL ?

NON, et ce n’est pas faute d’avoir essayé à plusieurs reprises.

Je n’ai pas encore réussi à trouver un distributeur.

 

2°. ETES-VOUS SATISFAIT DE LA POLITIQUE DU LIVRE MENEE DANS LES TERRITOIRES FRANCAIS D'AMERIQUE D'UNE PART PAR L’ETAT,

Je n’ai jamais entendu parler d’une quelconque politique du livre, et pourtant j’édite des livres depuis 35 ans, je suis en train de préparer le 275e titre.

 

D'AUTRE PART PAR LES COLLECTIVITES LOCALES ?

Idem à part le Salon du livre qui a eu lieu en décembre il y a bientôt 2 ans qui a fait beaucoup à mon avis, je crois, pour la promotion du livre à la Martinique.

Pour le reste, j’ai l’impression qu’il existe des aides à l’édition sous forme de subvention, mais encore faut-il sans doute répondre aux bons critères, et ce ne doit pas être le cas des éditions Exbrayat

 

QUE FAUDRAIT-IL FAIRE POUR L'AMELIORER ?

Le fait de poser cette question, c’est que vous jugez également que cette politique est insatisfaisante.

On élit des hommes politiques pour résoudre ces problèmes, pour améliorer les situations…

Je pense qu’il faut leur poser la question à eux… car c’est eux qui ont ou auront les moyens de cette amélioration

 

3°. EST-CE QUE LES MEDIAS ANTILLAIS ACCORDENT UNE PLACE SUFFISANTE AU LIVRE ?

Les médias s’intéressent d’abord à ce qui leur apporte de l’audience, des ventes, de la publicité.

Ainsi donc il y aura des pleines pages de photos du carnaval ou du Tour des Yoles, ou d’un tour cycliste, parce que les lecteurs sont directement intéressés et que cela fera vendre du papier ou des heures d’antenne.

Mais parler d’une pièce de théâtre de Goldoni par exemple — qu’une personne sur mille connait et encore — adaptée en créole que la majorité de la population n’arrive pas encore à lire, il ne faut même pas en rêver.

On trouve même des médias — radio — lancer des pétitions pour aller à l’encontre d’initiatives qui ne correspondent pas à la virgule près à leur propre vision, et malheureusement, comme dans toutes les pétitions, des gens qui la signent sans savoir de quoi il s’agit, seulement parce qu’elle leur est présentée par quelqu’un qui serait digne de foi!

COMMENT VOUS Y PRENEZ-VOUS POUR FAIRE CONNAITRE CEUX QUE VOUS PUBLIEZ ?
 

Sans doute mal, ou insuffisamment.

On revient là à la taille du marché, il est petit, comme nos maisons d’édition.

En ce qui me concerne, on s’occupe de A à Z de la fabrication du livre. Corrections des textes, remise en forme, mise en page, gestion, fabrication, distribution… Shiva avec tous ses bras pourrait aussi s’occuper de la communication, mais je ne suis pas Shiva…

 

4°. QUEL PLACE TIENT LA LANGUE CREOLE DANS VOS PUBLICATIONS ?

Depuis quelques années la place est primordiale.

TOUTES nos publications qui s’y prêtent sont bilingues français et créole — dans l’esprit du GEREC pourtant contesté par certains médias — en particulier TOUS les livres pour la jeunesse sans exception.

C’est une condition sine qua non pour les auteurs. De même que nous faisons du prosélytisme depuis une dizaine d’années pour que la réforme de l’orthographe soit appliquée, mais c’est un autre sujet dont on pourrait parler. Cette année enfin, l’académie a décidé de se mettre en conformité avec la loi — c’était la moindre des choses —, puisqu’elle devra être appliquée dès la rentrée scolaire 2016.

Bien que personnellement je ne parle pas créole, je milite pour que l’esprit du GEREC devienne la norme dans l’écriture créole… et j’utilise dans ce sens le levier que m’offre l’édition.

 

5°. AVEZ-VOUS UN DERNIER OUVRAGE PUBLIE QUE VOUS SOUHAITERIEZ FAIRE CONNAITRE ?

Cette année j’aurais publié environ 30 ouvrages…

J’aimerais qu’il soient tous connus.

Cependant il y en a deux ou trois pour lesquels j’ai un vrai coup de cœur:

 

Cette pièce de théâtre de Goldoni adaptée par Térez Léotin, qui mériterait d’être montée au théâtre.

C’était un grand auteur, révolutionnaire à son époque, ce qui l’a conduit à quitter l’Italie, car on n’est jamais prophète en son pays.

Le sujet est également d’actualité, il traite de la femme et de sa place dans la société.

Enfin il est merveilleusement traduit par Térèz Léotin.

 

Un autre livre également bilingue traite du sujet de Marny- La Panthère.

Là encore, un texte remarquablement écrit, par Térèz Léotin.

Ce livre a moins besoin que le précédent d’être poussé, car à la Martinique tout le monde connait l’histoire terrible de « La Panthère » mais un coup de pouce ne lui ferait pas de mal.

 

 

Enfin un autre livre Anba Twa bwa a qui nous raconte à travers le football la vie de la société martiniquaise il y a 50 ans.

Ce texte de Georges-Henri Léotin est pratiquement tout en créole, et sera donc d’une diffusion difficile, il mériterait un bon coup de pouce.

 

 

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