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Anniversaire de la mort d'Aimé Césaire : un des rares livres critiques à son égard

Anniversaire de la mort d'Aimé Césaire : un des rares livres critiques à son égard

   En 1992, Raphaël CONFIANT publie un ouvrage intitulé "AIME CESAIRE. UNE TRAVERSEE PARADOXALE DU SIECLE", aux éditions Stock, qui provoque une véritable onde de choc chez les césairistes et surtout les césairolâtres. En effet, c'est l'un des très rares livres qui ose questionner la trajectoire à la fois littéraire et politique du Père de la Négritude, cela en s'appuyant sur une étude très fouillée à la fois de son œuvre, que beaucoup de ses zélateurs lisent d'ailleurs peu, et sur son activité politique en tant que maire de Fort-de-France et député à l'Assemblée nationale française durant un demi-siècle.

   Au contraire des zélateurs en question, CESAIRE ne s'est jamais formalisé de ce qui n'a jamais été une attaque en règle, contrairement à ce que racontent les fanatiques, mais l'annonce qu'une nouvelle génération, celle de la Créolité, entendait faire entendre sa voix et trouver sa voie. Car, comme CONFIANT s'emploie à l'expliquer, il faut distinguer les césairiens d'un côté et les césairistes et césairolâtres de l'autre. Tout Martiniquais qui se respecte ne peut qu'être césairien c'est-à-dire approuver sans réserve la démarche de l'auteur du "CAHIER D'UN RETOUR AU PAYS NATAL" qui a voulu réhabiliter le Nègre que des siècles d'oppression et d'esclavage avait réduit à l'état de bête sauvage. Autrement dit, la Négritude a été un moment important, mieux indispensable, dans l'existence d'un peuple qui cherche difficultueusement à exister.

   Par contre, les césairistes sont ceux qui adhèrent à l'idéologie du parti qu'il a créé en 1958, le PPM (Parti Progressiste Martiniquais), ce qui est leur droit le plus absolu mais qui ne les autorise pas pour autant à diaboliser ceux qui ne sont pas d'accord avec eux : Léon-Laurent VALERE traité de "King Kong" ou Max ELYSEE de "Mad Max". Et encore moins à se laisser aller à des pratiques macoutes en période électorale ! Quant aux césairolâtres, ce sont des fanatiques qui, pour la plupart, n'ont jamais lu une seule ligne de CESAIRE et qui cherchent à faire taire par la force toute personne qui ne se prosterne pas devant leur idole. Or, Aimé CESAIRE détestait l'idolâtrie et d'ailleurs, il avait solennellement déclaré à la télévision :

   "Je n'ai pas d'héritier car je ne suis pas un monarque !"

   Surtout il comprenait parfaitement que les idéologies sont faites pour être ébranlées puisque lui-même avait rageusement "déchiré la littérature de carte postale" qu'est la littérature doudouiste et assimilationniste. Il avait ainsi renvoyé aux oubliettes ceux qui aimaient à chanter "Je suis né dans une île amoureuse du vent où l'air a des odeurs de sucre et de vanille". CESAIRE s'était rebellé contre cela et il admettait donc qu'on pouvait se rebeller contre la Négritude. C'est ce qui explique qu'il ait plusieurs fois reçu Raphaël CONFIANT après la publication de l'ouvrage iconoclaste de ce dernier alors qu'assez paradoxalement, le même CONFIANT n'a jamais eu de toute sa vie un seul entretien en tête à tête avec, par exemple, Alfred MARIE-JEANNE. Avec humour, CESAIRE lui lançait :

   "La Créolité n'est qu'un département de la Négritude !"

   Ce à quoi l'auteur du "NEGRE ET L'AMIRAL" rétorquait que c'était exactement l'inverse. Relation de respect mutuel entre le Grand Homme qu'était CESAIRE, devenu octogénaire, et l'assez jeune auteur à l'époque qui voulait lui exprimer ses profonds désaccords sur certains points, mais aussi sa toute aussi profonde affection. Il est donc intéressant à l'occasion du 10è anniversaire de la mort du Père de la Négritude de relire (ou de tout simplement lire) l'ouvrage de CONFIANT et l'on se rendra vite compte que loin d'être une démolition, il s'agit plus d'une longue lettre ouverte témoignant d'une passion déçue...

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