Accueil

Anthropologie et sociologie contre littérature ?

Anthropologie et sociologie contre littérature ?

   S'il y a des contrées de par le vaste monde où il faut se garder de confondre "intellectuel" et "diplômé", c'est bien nos chères Antilles "fouançaises" dépi lépok Djab té tibolonm. C'est ainsi que dernièrement une "sociologue" recalée par l'Université des Antilles où elle avait sollicité un poste, il y a quelques années de cela, s'es autorisée à critiquer celle-ci de la plus verte des manières. 

   En résumé, elle a déclaré à un journal hexagonal que dans ladite université, on n'étudie ni l'anthropologie ni la sociologie, mais "beaucoup la littérature qui invente la réalité". Sous-entendu, les deux premières décrivent objectivement ladite réalité. Et conclusion : ces mêmes deux premières sont utiles, voire même indispensables, alors que la littérature ne sert à rien.
   Ce serait risible si ce n'était affligeant. Pourquoi ?
 Parce que tout simplement la réalité objective n'existe pas, elle est construite par le regard de celui qui l'observe et ce regard est lui-même conditionné par la culture dans laquelle baigne l'observateur, cela tant au niveau des réalités physiques, matérielles, qu'à celui des représentations. Un exemple ? On pourrait penser que le spectre des couleurs (celui de l'arc-en-ciel) est le même quel que soit l'endroit du monde où l'on se trouve et la culture à laquelle on appartient. Or, ce n'est pas du tout le cas : il y a des langues où l'on utilise le même mot pour dire "bleu" et "vert" et d'autres pour dire "bleu" et "gris". Si l'on quitte l'aspect purement chromatique, physique, pour en venir à la représentation des couleurs, on constate que pour certaines civilisations, le blanc est la couleur du deuil alors que pour d'autre c'est le noir. De même, avant le contact avec les Blancs, aucun Noir ne méprisait les cheveux crépus ni ne cherchait à se blanchir la peau. Le Blanc a imposé au Noir son regard sur ce qui est au beau et ce qui ne l'est pas.
   Si le réel existait indépendamment du regard des hommes, ils l'observeraient tous de la même manière. Et c'est d'ailleurs pourquoi beaucoup de gens s'opposent à la mondialisation qui nous pousse ou nous oblige à voir le monde d'une seule et même manière, celle de l'Occident. Mais même si le regard devenait un jour unique c'est-à-dire mondialisé, il n'en demeurerait pas moins un regard qui construit le réel.
   N'importe quel étudiant de première année d'université est censé savoir tout cela.
   Sinon, dire que "la littérature invente la réalité" est une sottise. La littérature invente SA réalité, invente SON propre monde dans lequel elle nous invite à entrer lorsqu'un roman nous passionne, par exemple, mais ce monde est lié bien évidemment, toujours par le biais du regard, à ce que nous appelons couramment "réalité". La fiction se nourrit de réalité et souvent, il lui arrive de dépasser la réalité ! Et s'agissant de la connaissance des sociétés, l'anthropologie ou la sociologie ne sont nullement supérieures à la littérature ni inférieures à cette dernières. Chacune aborde le réel à sa manière, voilà tout !
   L'œuvre de Zola, Balzac, Aimé Césaire, Gabriel Garcia Marquez ou Murakami nous dit autant sur les sociétés respectives de ces différents auteurs que les savants ouvrages d'anthropologie ou de sociologie. Enfin, plus trivialement, dans les quelques soixante-quinze ou soixante-seize universités françaises, les licence d'anthropologie et de sociologie ferment (malheureusement) à tours de bras. La raison ? Avec ce diplôme en poche, il est très difficile de trouver un emploi. Allez voir en Martinique ou en Guadeloupe ! Sinon, oui, il y a des anthropologues et des sociologues qui dispensent des cours à l'Université des Antilles, cela pour des étudiants d'histoire, de géographie, de Lettres, de Langues, de Sciences de l'Education, de Sciences de l'Information et de la Communication, de Droit, d'Economie etc...
Image: