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ARCHIVES (1960) : LETTRE DE JACQUES-STEPHEN ALEXIS A FRANCOIS DUVALIER

Pour l’histoire nous reproduisons une lettre mémorable adressée à François Duvalier par l’écrivain Jacques Stephen Alexis, un an avant sa mort en 1961
Le célèbre auteur de "Compère Général Soleil" s’inquiétait du resserrement de l’étau autour de sa personne tout en renvoyant au futur Président à vie, à travers un diagnostic subtile et sarcastique, l’image hideuse de son régime autoritaire

Pétion Ville, le 2 juin 1960

À son Excellence

Monsieur le Docteur François Duvalier

Président de la République

Palais National

Monsieur le Président,

Dans quelque pays civilisé qu’il me plairait de vivre, je crois pouvoir dire que je serais accueilli à bras ouverts : ce n’est un secret pour personne. Mais mes morts dorment dans cette terre ; ce sol est rouge du sang de générations d’hommes qui portent mon nom ; je descends par deux fois, en lignée directe, de l’homme qui fonda cette patrie, aussi j’ai décidé de vivre ici et peut-être d’y mourir. Sur ma promotion de vingt-deux médecins, dix-neuf vivent en terre étrangère. Moi, je reste, en dépit des offres qui m’ont été et me sont faites. Dans bien des pays bien plus agréables que celui-ci, dans bien des pays où je serais plus estimé et honoré que je ne le suis en Haïti, il me serait fait un pont d’or, si je consentais à y résider. Je reste néanmoins.

Ce n’est certainement pas par vaine forfanterie que je commence ma lettre ainsi, Monsieur le Président, mais je tiens à savoir si je suis ou non indésirable dans mon pays. Je n’ai jamais, Dieu merci, prêté attention aux petits inconvénients de la vie en Haïti, certaines filatures trop ostensibles, maintes tracasseries, si ce n’est les dérisoires avanies qui sont le fait des nouveaux messieurs de tous les pays sous-développés. Il est néanmoins naturel que je veuille être fixé sur l’essentiel.

Bref, Monsieur le Président, je viens au fait. Le 31 mai, soit avant-hier soir, au vu et au su de tout le monde, je déménageais de mon domicile de la ruelle Rivière, à Bourdon, pour aller m’installer à Pétion Ville. Quelle ne fut pas ma stupéfaction d’apprendre que le lendemain de mon départ, soit hier soir, mon ex-domicile avait été cerné par des policiers qui me réclamaient, à l’émoi du quartier. Je ne sache pas avoir des démêlés avec votre Police et de toutes façons, j’en ai tranquillement attendu les mandataires à mon nouveau domicile. Je les attends encore après avoir d’ailleurs vaqué en ville à mes occupations ordinaires, toute la matinée de ce jourd’hui 2 juin.

Si les faits se révélaient exacts, je suis assez au courant des classiques méthodes policières pour savoir que cela s’appelle une manœuvre d’intimidation. En effet, j’habite à Pétion Ville, à proximité du domicile de Monsieur le Préfet Chauvet. On sait donc vraisemblablement où me trouver, si besoin réel en était. Aussi si cette manœuvre d’intimidation, j’ai coutume d’appeler un chat un chat, n’était que le fait de la Police subalterne, il n’est pas inutile que vous soyez informé de certains de ces procédés. Il est enseigné à l’Université Svorolovak dans les cours de technique anti-policière, que quand les Polices des pays bourgeois sont surchargées ou inquiètes, elles frappent au hasard, alors qu’en période ordinaire, elles choisissent les objectifs de leurs coups. Peut-être dans cette affaire ce principe classique s’applique-t-il, mais Police inquiète ou non, débordée ou non, je dois chercher à comprendre l’objectif réel de cette manœuvre d’intimidation.

Je me suis d’abord demandé si l’on ne visait pas à me faire quitter le pays en créant autour de moi une atmosphère d’insécurité. Je ne me suis pas arrêté à cette interprétation, car peut-être sait-on que je ne suis pas jusqu’ici accessible à ce sentiment qui s’appelle la peur, ayant sans sourciller plusieurs fois regardé la mort en face. Je n’ai pas non plus retenu l’hypothèse que le mobile de la manœuvre policière en question est de me porter à me mettre à couvert. J’ai en effet également appris dans quelles conditions prendre le maquis est une entreprise rentable pour celui qui le décide ou pour ceux qui le portent à le faire. Il ne restait plus à retenir comme explication que l’intimidation projetée visant à m’amener moi-même à restreindre ma liberté de mouvement. Dans ce cas encore, ce serait mal me connaître.

Tout le monde sait que pour qu’une plante produise à plein rendement, il lui faut les sèves de son terroir natif. Un romancier qui respecte son art ne peut être un homme de nulle part, une véritable création ne peut non plus se concevoir en cabinet, mais en plongeant dans les tréfonds de la vie de son peuple. L’écrivain authentique ne peut se passer du contact journalier des gens aux mains dures – les seuls qui valent d’ailleurs la peine qu’on se donne – c’est de cet univers que procède le grand œuvre, univers sordide peut-être mais tant lumineux et tellement humain que lui seul permet de transcender les humanités ordinaires. Cette connaissance intime des pulasations de la vie quotidienne de notre peuple ne peut s’acquérir sans la plongée directe dans les couches profondes des masses. C’est là la leçon première de la vie et de l’œuvre de Frédéric Marcelin, de Hibbert, de Lhérisson ou de Roumain. Chez eux, les gens simples avaient accès à toute heure comme des amis, de même que ces vrais mainteneurs de l’haïtianité étaient chez eux dans les moindres locatis des quartiers de la plèbe. Mes nombreux amis de par le vaste monde ont beau s’inquiéter des conditions de travail qui me sont faites en Haïti, je ne peux renoncer à ce terroir.
Egalement, en tant que médecin de la douleur, je ne peux pas renoncer à la clientèle populaire, celle des faubourgs et des campagnes, la seule payante au fait, dans ce pays qu’abandonnent presque tous nos bons spécialistes. Enfin, en tant qu’homme et en tant que citoyen, il m’est indispensable de sentir la marche inexorable de la terrible maladie, cette mort lente, qui chaque jour conduit notre peuple au cimetière des nations comme les pachydermes blessés à la nécropole des éléphants. Je connais mon devoir envers la jeunesse de mon pays et envers notre peuple travailleur. Là non plus, je n’abdiquerai pas. Goering disait une fois quand on cite devant lui le mot culture, il tire son révolver ; nous savons où cela a conduit l’Allemagne et l’exode mémorable de la masse des hommes de culture du pays des Niebelungen. Mais nous sommes dans la deuxième moitié du XXème siècle qui sera quoiqu’on fasse le siècle du peuple roi. Je ne peux m’empêcher de rappeler cette parole fameuse du grand patriote qui s’appelle le Sultan Sidi Mohamer Ben Youssef, parole qui illumine les combats libérateurs de ce siècle des nationalités malheureuses. " Nous sommes les enfants de l’avenir !", disait-il de retour de son exil en relevant son pitoyable ennemi, le Pacha de Marrakech effondré à ses pieds. Je crois avoir prouvé que je suis un enfant de l’avenir.

La limitation de mes mouvements, de mes travaux, de mes occupations, de mes démarches ou de mes relations en ville ou à la campagne n’est pas pour moi une perspective acceptable. Je tenais à le dire. C’est ce qui vaut encore cette lettre. J’en ai pris mon parti, car la Police, si elle veut, peut très bien se rendre compte que la politique des candidats ne m’intéresse pas. La désolente et pitoyable vie politicienne qui maintient ce pays dans l’arriération et le conduit à la faillite depuis cent cinquante ans, n’est pas mon fait. J’en ai le plus profond dégoût, ainsi que je l’écrivais, il y a déjà près de trois ans.

D’aventure, si, comme en décembre dernier, la douane refuse de me livrer un colis – un appareil de projection d’art que m’envoyait l’Union des Ecrivains Chinois et qu’un des nouveaux messieurs a probablement accaparé pour son usage personnel -, j’en sourirai. Si je remarque le visage trop reconnaissable d’un ange gardien veillant à ma porte, j’en sourirai encore. Si un de ces nouveaux messieurs heurte ma voiture et que je doive l’en remercier, j’en sourirai derechef. Toutefois, Monsieur le Président, je tiens à savoir si oui ou non on me refuse le droit de vivre dans mon pays, comme je l’entends. Je suis sûr qu’après cette lettre, j’aurai le moyen de m’en faire une idée. Dans ce cas, je prendrai beaucoup mieux les décisions qui s’imposent à moi à la fois en tant que créateur, médecin, homme et citoyen.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes salutations patriotiques et de mes sentiments distingués.

{ {{Jacques Stephen Alexis}} }

{{P.S}} : Ecrivain de renommée internationale et secrétaire général du Parti de l’Entente Populaire (PEP, marxiste-léniniste), Alexis fut exécuté au Fort Dimanche en 1961 dans des conditions jusqu’ici non élucidées. En compagnie de ses trois camarades, Guy Béliard, Max Monroe et Hubert Dupinouillé, il fut capturé, torturé et mis à mort à la suite d’une tentative d’invasion.

Le groupe était arrivé vers le 17 avril 1961 au Môle Saint-Nicolas (Nord-Ouest) à bord d’un petit bateau en provenance de Cuba.

Commentaires

mo1mo1 | 08/10/2007 - 15:55 :
SOYONS A LA HAUTEUR DE SON SACRIFICE Il est impératif de cultiver la mèmoire de personnalités comme ce Révolutionnare Hatïen,JACQUES-STEPHEN ALEXIS AMI ,CAMARADE DE NOS COMPATRIOTES LE docteur à la retraite Claude blonccourt FONDATEUR D'UNE CLINIQUE à Anthony(92) Où officie encore aujourd'hui notre compatriote BERTHELOTet le Globetrotter GERALD BLONCOURT l'homme qui participa à la révolte de 1946 à PORT AU PRINCE,COMDAMNE A MORT ET EXILE EN FRANCE APRES AVOIR ETE SECOURU PAR LE ROMANCIER MARTINIQUAIS PLUS TARD SIGNATAIRE DE LETTRE DES 121 EN SOUTIEN A LA LUTTE DU PEUPLE ALGERIEN GILBERT GRATIANT,il est aussi un temoin du MASSACRE au métro Charonne en 1961 comme photographe,il réside à Paris ,il peut encore témoigner sur son cammarade ,il sera à PORT AU PRINCE EN NOVEMBRE 2007 POUR COMMEMORER JACQUES ROUMAIN . Avec JACQUES STEPHEN ALEXIS LE SENTIMENT NATIONAL ,LA CONSCIENCE NATIONALE n'étaient pas des valeurs vénales ,négociables sur l'autel de la trahison,il avait une vision de l'Honneur à la Cause Nationale qui fait tristement défaut dans notre triste GUADELOUPE ,"insensible "à la fuite de près de huit mille de nos jeunes vers l'Europe .IL ETAIT ENTIER HOMME TOTAL DANS LUTTE CONTRE L'OPPRESSION. TANDIS NOS ELITES EN GUADELOUPE FONT "DES AFFAIRES "SE VENDENT AU SYSTEME ,ILS CHERCHENT A OCCUPER DES POSTES DE SERVITEURS BOURRIQUES DU SYSTEME NEO COLONIAL A SE FAIRE DECORER DE LA LEGION D'HONNEUR FRANCAISE EN ECHANGE ILS LAISSENT LE MARCHE ET UNE PARTIE DE NOS TERRES AUX MAINS D'ALLOGENES QUI MONOPOLISENT,COMMUNAUTARISENT LES SECTEURS INDUSTRIEL,COMMERCIAL,ECONOMIQUE,FINANCIER CULTURELS PAR LES MEDIAS,NOS COMPATRIOTES GUADELOUPEENS SE RALLIENT EN DOUCE DANS LES BRAS DE DU PRESIDENT NICOLAS SARKOZY APOTRE DE L'ELITISME FORCENE, DU STATUT QUO . Rappelons que le grand FIDEL CASTRO A ACCEUILLI PRES DE CINQ CENT MILLE HAITIENS et qu'il n'a jamais utilisé cette communauté comme moyen de pression contre le sinistre DUVALIER,au contraire il a aidé les forces PATRIOTIQUES HAITIENNES A CONQUERIR LEUR DIGNITE PAR LA LUTTE TOTALE . COMMEMORER LE COMBATTANT JACQUES STEPHEN ALEXIS C'est entreprendre au mois trois actions à court terme: -Se battre pour le retour au Pays des deux cent cinquante Antillais ,parmi Eux les quatre DEPUTES DE LA PREMIERE REPUBLIQUE en 1794 qui se trouvent toujours en CORSE et qui ont été ESCLAVAGISES PAR LE SINISRE NAPOLEON dans le but de construire une route entre AJACCIO ET CORTE ,LE TPI DOIT JUGER CETTE AFFAIRE,LES PAYS DE LA caraibe doivent être officiellemeznt se porter au moins partie civile! -Se mobiliser pour effacer tous les noms des bourreaux de nos peuples:LES TAINOS ET LES ESCLAVES AFRICAINS ET LES HINDOUX VICTIMES DE LA MAIMISE DES COLONIALISTES SUR LEUR TERRITOIRE A PARTIR 1850 EN INDES .PAR EXEMPLE EXIGER QUE LE FORT NAPOLEON AUX SAINTES SOIT DEBAPTISER IMMEDIATEMENT,TOUT RETARD SERAIT CONSIDERE COMME UN GAGE AU SYSTEME COLONIAL....... -Exiger une reconnaissance que la TERRE DE GUADELOUPE A ETE VOLE ET QUE SES HABITANTS ONT ETE EXTERMINES PAR LE SINISTRE BELAIN D'ESNAMBUC ET D'AUTRES DONT LE BUSTE NE DOIT PLUS NARGUER LA CARAIBE A FORT- DE -FRANCE. LA FRANCE OFFICIELLE NE PEUT EXHIBER DE FACTURE D'achat,ni de LOCATION ,ni de BAILLE CONCERNANT LES ANTILLES ,jamais nos PARENTS TAINOS n'ont accompli cette vente comme elle a put l'obtenir du gouvernement de GENES en 1756 pour la CORSE.NOUS EIGEONS AUSSI UN REXAMEN DES COMPOSANTES DE NOTRE POPULATION .IL manque le dénombrement des TAINOS,la science grâce l'ADN nous permet d'accéder à la Vérité avec contrôle de toutes les organisations TAINOS DE LA REGION. -UN Musé DOIT EXISTER DANS CHAQUE TERRITOIRE DE GUADELOUPE, MARTINIQUE REUNION ,NOUVELLE CALEDONIEetc POUR HONORER LA PARTICIPATION EN CHAIR ET OS DE NOS PARENTS AUX DEUX GUERRE MONDIALES,dans le but d'HONNORER LEUR MEMOIRE,les monuments aux morts doivent avoir les NOMS de ces combattants de 1940-1945.UNE ENQUETE CONCERNANT L'ASSASSINAT DU CAPITAINE MARCEL LEROT A SON RETOUR AU FRONT PAR DES SENEGALAIS EN 1944 ALORS QU'IL ETAIT SENSER ETRE PROTEGER PAR LA REPUBLIQUE NOUS N'ADMETTONS PAS CE LONG SILENCE QUI PLONGE SA FAMILLE DANS LE DESSARROI. LE SERVICE STATISTIQUE DOIT ETRE REMANIE ON EST DANS LE BROUILLAR DES ENTREES ET DES DEPARTS AU PAYS,LA GESTION DE CE SERVICE DOIT SUBIR DES CONTROLES DE NOTRE PART . Nous devons tout faire pour sortir de prison de FRESNE NOTRE COMPATRIOTE POINTOIS BRIGITTE MEME SI NOUS PARTAGEONS PAS SA CONCEPTION DE CET ISLAM .IL EST INJUSTEMENT CONDAMNE PAR LA JUSTICE FRANCAISE ALORS QUE LES AUTORITES AUSTRALIENNE NE L'ONT PAS DEMANDEES.L'ISLAMAPHOBIE REGNE DANS LES PALAIS JUSTICE EN FRANCE. -LES GRANDES ENTREPRISES DOIVENT FOURNIR UN RAPPORT CIRCONSTANCIE DE LEURS ACTIVITES. DANS UN PAYS DEMOCRATIQUE DE DROIT DE L'HOMME ON DOIT CULTIVER LA TRANSPARENCE. LES DIRIGEANTS DE SES ENTREPRISES QUI SE DEPLACENT DANS LA CARAIBE POUR SIGNER DES CONTRATS AU NOM DU PEUPLE GUADELOUPEEN DOIVENT SE FAIRE CONNAITRE. NOUS CROYONS A LA FRATERNITE CARAIBEENNE COMME JACQUE STEPHEN LE PRATIQUAIT A SAVOIR PAR LA CREATION DE STRUCTURES LIBREMENT DECIDE PAR LES PARTIES EN PRESENCE,VIVRE DOS A DOS EST UNE FAUTE . REGARDONS-NOUS LES YEUX DANS LES YEUX et marchons d'un pas ferme vers notre Conquête sur Nous Même. Rinaldo maurice 0690868293

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