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ARMES A FEU OU QUAND NOS ELUS BOTTENT EN TOUCHE

ARMES A FEU OU QUAND NOS ELUS BOTTENT EN TOUCHE

   Depuis qu'il se produit un meurtre par arme à feu en moyenne toutes les trois semaines à la Martinique (on en est à 15 depuis le début de l'année), nos élus de tous bords s'agitent, se rassemblent et parlotent.

   A les entendre, les solutions sont doubles : d'ordre sécuritaire et d'ordre social. Ils et elles vont alors réclamer plus de policiers avec l'éternel refrain, l'antienne éculée du "Que fait l'Etat ?" ; puis, plus d'éducateurs de rue, d'animateurs culturels ou d'assistantes sociales. Nos élus (es) vont donc se fendre de courriers à tout ce que la République Une et Indivisible compte comme sommités, démontrant ainsi au bon peuple qu'ils et elles se préoccupent de son sort. Les élections approchent et il convient que les citoyens qui entendent régulièrement des fusillades dans leurs quartiers, lesquels ne font pas toujours des morts, sachent que très bientôt, incessamment sous peu, grâce à l'aide de l'Amère-patrie, les délinquants se contenteront de frapper les dominos en sirotant une Chanflor dans les débits de la Régie et autres case-à-rhum de leurs quartiers.

   Or, si la délinquance sans col (par opposition à la délinquance en col blanc contre laquelle nos chers (es) édiles et parlementaires ne se mobilisent jamais soit dit en passant) est incontestablement liée à des questions d'insuffisance de personnels policiers d'une part et d'encadrement social de l'autre, la cause première en est...économique. Ce qui signifie que la réponse doit être aussi économique tout autant que policière ou sociale. En effet, la plupart des petits voleurs de mobylette, dealers de drogue et autres trafiquants sont des jeunes (en général de sexe masculin) qui ont soit décroché très tôt de l'institution scolaire soit qui ont décroché un diplôme de niveau CAP ou BEP, voire même BAC et qui ne trouvent pas de travail. Qui n'ont jamais trouvé de travail en fait.

   Alors, pour la plupart, ils se contentent de faire des "djobs", irréguliers et mal payés, survivent sur le compte de leurs familles, finissent par envisager de quitter la Martinique avant, malheureusement, pour certains de tomber dans des trafics (relativement) lucratifs. On les voit alors, grosses chaînes en or autour du cou, chevaucher de rutilantes motos ou conduire des cylindrées qui sont normalement hors de portée du citoyen moyen, lourdement armés, avant fatalement, au bout de quelques mois ou quelques années, de se faire pincer par la police. S'ils ne perdent pas la vie avant cela dans quelque règlement de compte entre délinquants !

   Si une bonne partie d'entre eux s'était vue offrir des perspectives d'emploi, il y aurait beaucoup moins de vols, vente de drogues et autres fusillades. Or, qui a le pouvoir de créer des emplois à la Martinique ? Les Békés et les capitalistes de couleur ! Bénéficiaire d'une "accumulation du capital" tri-séculaire pour les premiers et séculaire pour les seconds, ils possèdent des entreprises de toutes sortes alors que le descendant d'esclave, lui, n'a eu que ses dix doigts pour s'en sortir depuis 1848. Certains ont pu "voir la lumière" grâce au fonctionnariat mais ce dernier ne peut pas à lui tout seul absorber tous ceux qui arrivent sur le marché de l'emploi chaque année.

   Il aurait donc fallu que nos chers (ères) élus (es), au lieu de pointer uniquement du doigt l'insuffisance de moyens policiers et d'encadrement social, mettent AUSSI les capitalistes martiniquais, békés ou non, devant leurs responsabilités. L'actuelle situation économique est responsable du chômage massif qui frappe notre île, en particulier les jeunes, et donc de la délinquance qui en découle. Car avec tous les bénéfices que nos capitalistes tirent de l'économie de comptoir, qu'ils ne nous fassent pas croire qu'ils ne peuvent pas recruter davantage ! Une personne sortie de chômage peut faire vivre trois autres personnes grâce à la solidarité familiale et surtout servir d'exemple aux plus jeunes qui seraient tentés de se livrer à des trafics pour s'en sortir. 

   Si les Békés étaient sincères dans le désir affirmé par certains de se réconcilier avec les Nègres, au lieu de nous bassiner avec de belles paroles "TOUS CREOLES" et de planter le Courbaril de la Réconciliation avec les promoteurs de la Négritude comme cela s'est fait sur l'Habitation Clément, chacun se dirait, au vu de la taille de son entreprise :

   "J'embauche 1 jeune, 2 jeunes ou 4 etc...!"

   Cela ne résoudrait évidemment pas la question du chômage mais contribuerait à en atténuer les effets dévastateurs. Mais nos Békés peuvent dormir sur leurs deux oreilles : aucun élu nègre n'exigera d'eux qu'ils mettent des actes derrière leurs (belles) paroles...