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Aujourd’hui, 13 avril 1993 : le discours de Mandela évite la guerre civile en Afrique du Sud

Aujourd’hui, 13 avril 1993 : le discours de Mandela évite la guerre civile en Afrique du Sud

L’assassinat de Chris Hani survenu le 10 avril 1993 constitue un tournant décisif dans l’histoire de l’Afrique du Sud. Cela d’autant plus qu’il menace d’annihiler tous les efforts consentis pour une transition démocratique déjà enclenchée. Le 13 avril, Nelson Mandela tient un discours apaisant à la télévision nationale en invitant les Sud-Africains à se rendre ensemble aux funérailles de Hani.

Pour mesurer combien la mort de Chris Hani constitue une menace pour la stabilité du pays, il faut d’abord savoir ce que représente l’homme. Grâce à sa trajectoire peu commune, il est considéré comme héros par la frange jeune de la population noire. Pendant 20 ans, Chris Hani a été en exil pour combattre au sein de la branche armée de l’ANC (African national congress). A son retour en Afrique du Sud en 1990, le chef d’Etat-major de l’ANC passe pour la personnalité la plus populaire parmi les militants anti-apartheid. Voilà pourquoi sa mort crée naturellement une onde de choc jamais vécue.

Pour éviter les représailles et la guerre civile, le président de l’ANC Nelson Mandela se voit obligé de s’adresser à la nation entière, toutes sensibilités confondues, pour appeler au calme. Apôtre de la paix, son discours retentit dans les cœurs des jeunes meurtris et décidés à en découdre avec l’extrême droite blanche sud-africaine. Même s’il n’était pas encore président, son allocution revêt une telle solennité que toute la population l’écoute religieusement. Conscient de la gravité de l’heure, Nelson Mandela appelle la jeunesse à la retenue et à continuer le combat dans la discipline. Voilà ci-après quelques extraits de ce discours aussi éloquent que sage :

‘‘Ce soir, je tends la main à tout sud-africain, noir comme blanc, depuis mon fort intérieur. Un blanc, plein de préjudice et de haine, est venu chez nous et a commis un fait si ignoble que toute notre nation vacille au bord du désastre. Une blanche, d’origine Afrikaner, a risqué sa vie pour que nous puissions connaître l’assassin et l’amener en justice. Le meurtre de sang-froid de Chris Hani a envoyé des ondes de choc à travers notre pays et le monde. Il est maintenant temps pour les sud-Africains de s’unir contre ceux qui, de toutes parts, veulent détruire ce pour quoi Chris Hani a donné sa vie : notre liberté à nous tous’’.

A l’endroit de la jeunesse, Nelson Mandela met en garde contre l’usage de la violence malgré l’attitude de la police qui en use à tout bout de champ. S’il a réussi à rétablir la paix, c’est grâce à ces mots qui ont eu comme l’effet d’un antidote chez les révoltés :

‘‘Toute forme de violence, toute forme de coercition, toute forme de harcèlement est contraire à la politique de l’ANC. Je vous invite tous à vous comporter avec la dignité que les membres de l’ANC et d’autres organisations démocratiques du pays méritent. Et j’espère sincèrement que cet appel ne tombera pas dans l’oreille d’un sourd’’. Ainsi donc, grâce à ce discours, le pays n’a pas sombré dans la guerre.

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