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Avril 1968 : quand les étudiants caribéens de l'Université Sir George Williams (aujourd'hui "Concordia") se révoltaient

Avril 1968 : quand les étudiants caribéens de l'Université Sir George Williams (aujourd'hui "Concordia") se révoltaient

   Un mois avant ce qui deviendra le fameux "Mai 1968" français, six étudiants  caribéens de l'université Sir George Williams, université anglophone de Montréal (Québec), inscrits en zoologie réalisent qu'un de leurs professeurs fait preuve de racisme à leurs endroits.

     Ils sont, en effet, systématiquement sous-notés.

   Avec l'appui de certains camarades étudiants blancs, ils piègent ces racistes en faisant les premiers endosser plusieurs de leurs devoirs qui, comme par hasard, obtiennent d'excellentes notes. Les étudiants caribéens alertent la gouvernance de l'université laquelle multiplie les manoeuvres dilatoires avant de botter en touche en créant un comité de conciliation. Ceux-ci décident alors d'occuper le Centre informatique de l'université. Deux semaines durant, des centaines d'étudiants, tant caribéens que québécois, participent aux négociations qui vont échouer, ce qui entraînera l'intervention des forces de police et l'arrestation des leaders étudiants caribéens. Des dégâts considérables se produiront, suite notamment à un incendie dont l'origine est demeurée inconnue, dégâts largement dus à la brutalité de l'intervention policière.

    Parmi ces étudiants caribéens dont certains seront expulsés manu militari, il y avait Rosie DOUGLAS (aujourd'hui décédé), qui deviendra premier ministre de l'île de la Dominique, et le fils de Cheddi JAGAN (premier ministre du Guyana qu'un coup d'état fomenté par la CIA). Ce fut le plus grand mouvement de révolte qui ce soit jamais produit au sein d'une université québécoise jusqu'aux années 90. C'est cet événement que cette université qui a changé de nom et s'appelle aujourd'hui, The University of Concordia, que des enseignants notamment Nahali MOHABIR et Océane JASOR, ont voulu commémorer dans le cadre du "MOIS DE L'HISTOIRE DES NOIRS".

   Devant un nombreux public étudiant et enseignant, Raphaël CONFIANT (Martinique) et Nigel THOMAS (Saint-Vincent), tous deux écrivains et universitaires, ont débattu de la question de la décolonisation culturelle dans la Caraïbe francophone et anglophone. Le tournant des années 60 et la fin de la société de Plantation ont été au centre des débats ainsi que celle des langues, notamment des créoles, dans la construction d'une identité caribéenne débarrassée des pesanteurs du passé colonial ou néo-colonial. Le débat qui s'en est suivi a été vif, des membres du public demandant des réponses à l'impasse actuelle dans laquelle se débattent nombre de pays caribéens.

  De telles réponses ne pourraient être apportées, sans doute, que par la création d'un département de "Caribean Studies" ou de "Black Studies" au sein de l'Université de Concordia...

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