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BANDE DESSINEE : LES AVENTURES DE SAVITA BAHBI

par le Black de Trois-Rivières

Si le Kama-Sutra date de 2.000 ans, les Indiens d'aujourd'hui n'en continuent pas moins d'adapter au goût du jour les mille et une recettes de l'art amoureux comme en témoigne la bande dessinée ci-contre qui fait fureur en Inde. Son héroïne, Savita Bahbi, femme mariée qui 'corne' son conjoint à la moindre occasion, n'est guère éloignée de certaines de ses congénères de nos contrées insulaires.

Savita Bhabhi est une femme mariée. Elle porte le sari traditionnel, le sindur (vermillon à la racine des cheveux, signe des femmes mariées), le bindi (point rouge sur le front) et le mangalsutra (pendentif en or, équivalent de l'alliance). Ses longs cheveux noirs, ses yeux de biche, sa peau claire et sa poitrine opulente en font le stéréotype parfait du fantasme indien. {{"What a hot bhabhi !"}} ne manque pas de remarquer le vendeur de soutien gorge rencontré dans le premier épisode.

Le mari de Savita est souvent absent et la pauvre femme s'ennuie. Heureusement, Savita aime tuer le temps dans les bras d'hommes de passage, comme ce fameux vendeur de soutien gorge. Jour de chance pour le colporteur, Savita se révèle être une véritable déesse du sexe. Pas besoin de faire un dessin, laissons-en le soin aux auteurs qui excellent en la matière…

La BD est disponible en anglais ainsi que dans six langues indiennes. Une page est publiée chaque jour ; un épisode chaque mois. Le site appartient au groupe Indian Porn Empire, qui refuse de divulguer l'identité des patrons... L'auteur utilise donc un pseudonyme, Deshmukh, tandis que les deux dessinateurs se font appeler Dexstar et Madman. Anonymat de rigueur dans un pays où le sexe reste un sujet tabou. Les auteurs d'initiatives comme celle-ci s'exposent en effet à des représailles violentes de la part les traditionalistes de tout bord. Certains ont été contraints à l'exil pour moins que ça. Le "Picasso indien" M.F. Hussain, notamment, qui avait osé peindre des déesses nues.

Dans ce contexte, quel statut accorder à Savita Bhabhi ? Éloge de l'irrévérence et de l'ironie, comme l'affirme l'hebdomadaire Tehelka, ou entreprise à fins commerciales, qui profite d'une frustration accumulée de la gente masculine ?

Le premier épisode –Savita et le vendeur de soutien gorge- à ce mérite d'être vraiment drôle et sociologiquement intéressant. Notamment le choix de la bhabhi, terme honorifique pour designer la belle sœur : dans l'imaginaire collectif indien, celle-ci est souvent représentée comme la femme aux mœurs légères. Imaginaire qui se nourrit de faits réels : Rabindranath Tagore, entre autres, entretenait une relation avec sa belle sœur. Selon la sociologue Patricia Oberoi, qui travaille pour le Centre d'Études des Société en Développement, {{"le site annonce l'arrivée de l'âge de la pornographie en Inde, car ce travail n'utilise que des expressions indiennes"}}.

En revanche, le deuxième épisode – Savita Bhabhi et les joueurs de cricket - perd en originalité, et surtout en humour. Une bande dessinée porno, certes. Mais rien de plus que les milliers d'ouvrages du genre publiés chaque année dans le monde. L'afflux de visiteurs (4 000 dès le premier mois) semble avoir transformé la bonne idée en filon commercial. Impression renforcée par les liens porno "classiques" en bas de page. Et malheureusement le troisième épisode, où Savita rencontre des collègues de son mari, ne retrouve toujours pas la saveur du premier. Mais laissons lui le bénéfice du doute, il reste encore une trentaine de page à découvrir.

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