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Bibliothèque de Case-Pilote : un roman dans lequel la réalité dépasse la fiction

Nady Nelzy-Odry
Bibliothèque de Case-Pilote : un roman dans lequel la réalité dépasse la fiction

  Hier  soir  donc, 

 Jeudi 22 mars, le bourg de Case Pilote était en mouvement pour la  soirée littéraire et la présentation de l’ouvrage « Le TALISMAN DE LA PRESIDENTE » de Corinne Mencé-Caster, auteur mais surtout ex-présidente de l’Université des Antilles-Guyane. 

   Alain Logoltha, bibliothécaire de la Ville, avait bien fait les choses. En effet, pour cette manifestation, nous avions su réunir pas moins de 200 personnes, et ne sont pas  comptabilisés ceux qui souhaitaient écouter sans être vus, demeurés loin des fureurs et des mots  parfois difficile à entendre.   

   Une rencontre qui a réuni un public fort nombreux en grands-grecs,  en directeurs des Services de l’Etat, en  enseignants, en fonctionnaires, je ne peux pas ne pas dire qu’il y avait très peu de métropolitains présents, ceux qui en poste pour trois ans  dans les services de l’Etat. En fait, il n’y en avait  pour ainsi dire , pas du tout.

   Cela peut se comprendre, me direz-vous, si vous voulez bien traduire ce vieux dicton : Nou la pou brè let, nou pa la pou konté zé ! Et un autre,  qui cingle   « Konplo Neg sé konplo chien »  

   Monsieur et madame Tout-le-monde de Case-Pilote et des environs étaient présents et en dépit de la grève qui sévissait ce jour là,  les médias et la  presse étaient au rendez-vous, c’est vous dire ! 

   Il était clair que tous souhaitaient cette rencontre avec Madame Corinne Mencé-Caster, une des nôtres, qui en d’autres temps et dans son activité o combien prenante de présidente de l’Université a eu ce courage de résister aux fonctionnements délictueux d’un gourou   et ses disciples, qui depuis trente ans  agissait au sein de l’Université des Antilles,  sans qu’aucune haute autorité liée à l’Université , sans  que l’édilité régionale , et même gouvernementale, ne demandent à ces directeurs de laboratoires, leurs réels motivations au sein de l’UA, ni  leurs  propres engagements d’enseignants.

   Présenter un roman dans lequel la vérité est plus grande que la fiction est une affaire difficile pour l’écrivain qui est aussi celle qui dénonce et  révèle un fonctionnement coupable. Lorsque les auteurs de ces faits sont  ceux-là mêmes en qui la Martinique à toute confiance pour mener à bien l’éducation de notre jeunesse.  

    Beaucoup de ceux qui étaient présents, avaient lu le roman et savaient le fond de l’affaire Céregmia. Cependant, tous demeuraient médusés face à  cette jeune femme et son courage. J’étais à ses côtés, et j’ai pu voir que nous avions en face de nous « une chabine», une de ces femmes de chez nous à  l’apparence si douce et si obéissante, qu’au grand jamais on ne peut imaginer qu’il s’agit d’une femme volcan qui ne fait pas la fête, quand elle a décidé que chaque chose  doit être à sa place.   

    Ce soir là , j’ai vu aussi un public à la fois admiratif devant le courage de la dame Mencé-Caster, mais un peu honteux aussi du système dans lequel notre pays se complait.

    J’ai été  émue de  voir pleurer de déception et d’humiliation, cette ex-syndicaliste de banque de nos régions, une dure à cuire, une  enragée du respect que l’on doit avoir, face à la mission dans laquelle chacun de nous est engagé. Je peux comprendre  la honte  causée par les révélations du livre de CMC, pour  cette battante,  ex-employée de banque et qui  au mois de mars 1995 avait organisé une  grève qui avait duré 55 jours en Martinique. Il s'agissait quand même d'employés qui, jusque-là, étaient vus comme une catégorie sociale à part des autres travailleurs et d’ailleurs, ils s'en persuadaient eux-mêmes.

   Mais  que dit le livre de  Corinne Mencé-Caster ? et qu’est- ce qui a pu, à ce point, émouvoir la dame ? 

  Le livre dit, en substance, qu’au vingt et unième siècle,  la Martinique ne peut se complaire dans la déliquescence dans laquelle se trouvent les services administratifs de l’Ile et de l’Etat et qu’elle, Corinne Mencé-Caster, ne supportant pas la médiocrité,  a pointé du doigt cet attentisme dont beaucoup  d’entre-nous sont mus, et  ce fait, elle  l’a mis à jour, Corinne Mencé-Caster, dans sa présentation nous dit bien qu’il est hors de question qu’elle sacrifie ce qui lui reste de jeunesse, si c’est pour « soutiré » tous ceux qui  par leurs actions professionnelles ou autres, sont incapables d’avoir une pensée politique. Moi-même j’avais un peu honte!

    J’ai eu honte, car ces jours derniers, en négociation pour le montage d’une pièce de théâtre, un responsable de service à la Culture en Martinique m’a fait un peu la morale. Le sieur s’est ému  que l’Université des Antilles n’ait  pas gardé en son sein  cette formation  universitaire de théâtre qui a vu le jour en 1994, par  le professeur Jean Bernabé alors doyen à la faculté des Lettres et par Michèle Césaire, dramaturge. Ce diplôme qui préparait professionnellement et scientifiquement les intermittents du spectacle et tous ceux qui souhaitaient se perfectionner ou se convertir aux métiers liés à la gestion, la production et la diffusion des spectacles. Aurai-je dû lui dire que l’administration de l’Université de cette époque était empêtrée dans des affaires financières du Céregmia et qu’il n’y avait pas d’argent pour des formations liées à la Culture ? 

   Je crois, comme Corinne Mencé-Caster, que l’heure des lamentations est passée et qu’il nous reste à construire notre pays, sans chaînes d’où qu’elles viennent, et particulièrement ces chaînes  qui viennent de nous-mêmes.

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