Bondié ki fè lanfè pa ni vwazinaj ! »

Nady NELZY-ODRY
Bondié ki fè lanfè pa ni vwazinaj ! »

Je vous le dis , la Martinique va soufer

 

Aux lendemains des jours gras,en bonne croyante, je me suis donnée comme pénitence, de tenter de comprendre le sens de certaines de nos réalités locales. De celles, qui me flagellent chaque jour à grands coups d'absurdités et de couleuvres servies sur des plateaux d'argent.

Si nous voulons prendre une direction qui nous mènerait vers la liberté de penser, plutôt que l'adoption de la réflexion des autres, le dénigrement de nous mêmes, est ce qui me paraît le plus dangereux.

La vie est faite pour être simplement vécue et non pour être hypocritement  déclarée comme étant ce qu'elle n'est pas et ne sera jamais. Ainsi parle Eboussi Boulaga et sa philosophie du Muntu , dans le dénigrement de l'homme  et le refus de la réalité

En écrivant ceci, j'entends encore cette petite phrase qui déclencha une avalanche de moqueries en tous genres. De Fonds Zombis à la Jambette, des Quatre vents à la voie Bois-Patate, on a chanté ,  Je vous le dis la Martinique va soufer , parole créole, plus poétique que blasphématoire, et  si je n'avais pas été atteinte par les rires et les quolibets, j'aurais pu répondre  la mépriza'y vaut mieux que la réponda'y, mais curieusement je me suis sentie blessée, car c'est de ma langue dont il était question. Dans la débilité de ces vidés de carnaval, ma langue a été plus vilipendée  que le Bwabwa  national du pays Martinique dans ses gauloiseries.

Les scientifiques disent que dans la langue créole , il n'y a pas de mots neutres. Ainsi donc, elle est plus qu'un simple outil de communication, elle représente en fait la réalité de celui qui l'utilise. Se refermer sur nous-mêmes, rire de nous mêmes, continuer à subir l'aliénation de la colonisation est à mon sens le summum de la ringardise. C'est lui qui a plongé notre carnaval 2017 dans ce qu'il est convenu de dire après un Certain, «Nous sommes le jouet sombre du carnaval des autres »

Dans le contexte de francisation dans lequel nous nous trouvons, face à la méfiance que nous conservons pour notre langue maternelle, le créole, nier nos créolismes, c'est nier ce que nous sommes. Mais ne sommes-nous pas fatigués de porter des masques? L'ère du vingt et unième siècle et sa modernité devait nous défaire des affres de l’arriération, mais il n'en est rien. On a l'impression que pour que nous soyons admis dans le monde des élus, il est absolument nécessaire de détruire ce que nous sommes.

Les scientifiques disent aussi que l'éducation n'est pas seulement la préparation à l'entrée dans une culture, elle est une des incarnations majeures du mode de vie de cette culture. Si nous voulons donner une chance d'exister à notre descendance, il semble urgent et primordial, afin de refléter la société dans laquelle nous vivons, de repenser l'éducation comme entrée dans la culture. Ils disent encore, qu'il est impossible de comprendre l'activité mentale si l'on ne prend pas en compte l'environnement culturel et les ressources qu'il propose. Ce sont ces détails qui donnent à l'esprit sa force et sa portée ;

La résignation n'étant pas une de mes vertus, aucune circonstance ne me fera accepter l'indigence de notre situation. Je continuerai autant que faire se peut à crier au monde, comme l'ont fait mes aïeux « Bondié ki fè lanfè pa ni vwazinaj ! »

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