Accueil

Brin d' amour, de Raphaël Confiant

internetrapide.com
Brin d' amour, de Raphaël Confiant

"Lysiane Augusta est une liseuse ! Pire, une écriveuse !", telle est la terrible nouvelle qui se répand sur les ondes de "Radio-bois-patate" en septembre 1959 dans le village de Grand-Anse, petit bourg du Lorrain situé en bordure d'une mer déchaînée au Nord de la Martinique.

S'agit-il de "menteries, mensongeries et autres mentaisons" colportées par les "amies-ma-cocotte" de la mère jalouse de la deuxième déesse de Grand Anse, la belle mûlatresse Amélie Losfeld ? Non, il faut bien se rendre à l'évidence, la magnifique négresse Lysiane Augusta, "d'un noir immaculé", est bien une liseuse et une écriveuse … Cela a l'effet immédiat de refroidir bon nombre de ses prétendants, parmi ceux qui n'avaient pas déjà été inquiétés par le fait que, contrairement à tous les autres Grand-Ansois, elle ne craint pas la mer.

C'est dans ce contexte passionnel que deux hommes parmi les irréductibles amoureux de Lysiane sont retrouvés sauvagement assassinés à quelques jours d'intervalle : Nestorin Bachour, le bâtard Syrien, et Milo Deschamps, prédicateur de l'Eglise de la Rédemption universelle.

Structurée en sept cercles, l'histoire est celle des tours et détours de l'enquête menée par le détective privé Amédien et Romule Casoar, fondateur-rédacteur-distributeur "du plus illustrissime hebdomadaire en langue française des Amériques", venus de Fort de France.

Ecrit dans "un français libéré de ses chaînes", le récit plein de verve de Confiant illustre la vie d'un bourg de la Martinique à la fin des années 50, souligne le poids des "convenances socio-épidermiques", et livre des portraits redoutables de certains types sociaux : le père Stegel, prêtre alsacien qui s'est "prit les pieds dans sa soutane et glissa tout droit dans la luxure, pire, dans la paillardise" ; Wadi Bachour, le Syrien qui tient le magasin de quincaille et de toilerie de la rue principale, le Grand Blanc Chénier de Surville qui tient sa fille à l'écart de la négraillle, René-Coulis, le prêtre Indien craint de tous à cause de ses pouvoirs magiques …

"Mon imaginaire s'arrête au milieu des années 60, quand les usines à sucre ont fermé une à une, concurrencées par la betterave. Quand on a commencé à arracher la canne …" reconnaît Raphaël Confiant. Mais son œuvre, et cet ouvrage contribue encore à le démontrer, n'est pas construite pour s'inventer un monde imaginaire, mais bien pour se réapproprier le monde Martiniquais, en se réappropriant la langue des anciens maîtres, en violant ses règles, sa musique, pour la métisser avec la langue créole dénigrée par le colonisateur.
"(...)Je dois donc lutter avec chaque mot avant de le tracer sur la feuille, comme pour le purger de ses miasmes. Comme pour le purifier.(...)", écrit Lysia. L'engament littéraire de Raphaël Confiant est semblable, et cette lutte ardente avec les mots fait de cet auteur l'une des figures majeures de la littérature française.

Parions qu'il rejoindra bientôt dans le panthéon de l'histoire littéraire française Rabelais et Céline, autres lutteurs armés de plume à ne pas classer dans la catégorie poids-plume.

 

Source : http://www.internetrapide.com/2006/01/brin_d_amour_de-1.html

Pages