Accueil

CECI, PAS GRAND MONDE LE SAIT...

Térez Léotin
CECI, PAS GRAND MONDE LE SAIT...

   J’aimerais que l’on fasse un petit tour au sein de la famille de Colette, cette grande dame de la littérature française à qui l’on doit entre autres « Le blé en herbe ». 

   La mère de Colette s’appelait Sidonie Landoy, surnommée Sido . « Elle était issue d’une famille martiniquaise, en partie d’origine africaine qui s’était ensuite établie à Charleville peu avant la Révolution. Son père, Henri Marie Landoy, le grand-père maternel de Sidonie-Gabrielle Colette, dite Colette naît à Charleville, le 23 septembre 1792.  En 1767, Robert, le père de Henri, s'est établi dans la ville de Marseille où transitaient les produits arrivés des Antilles. Il y a ouvert un important commerce d'épicerie, comprenant du cacao et autres denrées provenant des isles. 

   Ainsi que deux autres de ses frères,  ils iront tous les trois vivre et faire fortune en Martinique au dix-septième siècle lorsque les huguenots ont été persécutés.  Il est sans doute mulâtre, on le dit laid mais bien fait et entreprenant. » À vingt-trois ans, « Henri le grand-père est en garnison à Versailles. Il séduit Sophie Châtenay, la fille d'un maître horloger, née à Paris.» 

   Dans ses ouvrages COLETTE navigue assez dans l’autofiction mais ne néglige guère l’autobiographie. Elle dira  dans l’un d’eux que son grand-père ressemble à un singe. Elle parlera « d'une mer qui amena, colorés de sang colonial, le cheveu frisé et l'ongle irisé de mauve comme un coquillage, les récolteurs de cacao» ses ascendants du côté de sa mère…….. Autres citations de Colette : « Elle a l’air d’un singe habillé …. Elle a l’air d’une mulâtresse qui va communier... » Propos plutôt dénigrants, déshonorants, moqueurs. Je dirai  auto-flagellants. L’auteure semble en effet beaucoup plus honteuse ou gênée par l’apparence des siens que profondément raciste. Elle aimait Sido. L’histoire  a retenu que  c’est une famille aux mœurs très libres et dans laquelle les femmes s’affichent comme des féministes avant l’heure.

   Alexandre Dumas écrivain français et ses ancêtres haïtiens, petit fils de Césette Dumas née esclave, on en parle. On lui  attribue cette répartie où il revendique son état : « J’en ai certainement, monsieur, du sang noir ! Mon père était mulâtre, mon grand-père était un nègre, mon arrière-grand-père était un singe. Vous voyez, Monsieur que ma famille commence où la vôtre finit » 

   Contrairement à Alexandre Dumas dont on connaît le berceau, l’origine martiniquaise de Colette, pas grand monde ne la connait. Bel Gazou, le surnom de son unique fille, qui veut dire en provençal « beau gazouillis », ne prendrait-il pas aussi sa source dans la langue créole ? Bel Gazou, Gazou diminutif renvoyant à Gabrielle donnerait Belle Gabrielle en français. D’autre part, en signant Colette Willy – cela correspond en créole à la phrase française, Colette femme de Willy- Colette ne se réappropriait-elle pas ainsi cette façon créole assez rare de nos jours, de nommer une épouse, désigner deux personnes qui vivent ensemble ou leurs enfants, en accolant leurs prénoms ? Mais ce ne sont là que de simples supputations, d’autant plus que Colette dans ses nombreux écrits, n’a jamais ni honoré, ni revendiqué la race noire dont elle était cependant aussi issue. On peut se permettre de conclure que partir à la recherche de cette origine noire serait pour elle du temps perdu, car cela ne semblait pas être une de ses premières préoccupations.

   Térèz Léotin

Pages