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CÉSAIRE, LE CENTENAIRE…

Patrick Mathelié-Guinlet
CÉSAIRE, LE CENTENAIRE…

.... à propos de la récupération éhontée du poète Aimé Césaire par des politiques peu scrupuleux qui souvent ne l'ont même pas vraiment lu et encore moins compris.

I. ABOIEMENT (Aux abois, citoyens !)

 

Négritude !

La nègre attitude

ou l’aigritude

du nègre et sa lassitude

sous ces latitudes ?

Îlienne solitude…

Césaire devenu l’habitude,

le constat est rude

et le combat ouvrier, oublié

depuis le cinq février

car il s’est fourvoyé,

noyé dans le champagne acheté

au supermarché du béké…

Tous créoles,

ça c’est la parole

et c’est l’idée

mais on continue à vous voler

votre sueur, votre fric et votre pensée !

Le Rebelle est récupéré,

immolé sur l’autel du Balisier

et les chiens ont cessé de se taire.

Ils ont été abusés

par les mauvaises manières

de ceux qui brandissent Césaire

comme une politique bannière.

Qui abusé, aux abois, aboiera !

Mais pourquoi ne mordent-ils pas ?

“Un pas, un autre pas, encore un autre pas et tenir gagné chaque pas !”

C’est pour l’éternité, Césaire,

et pas rien qu’aux jours anniversaires,

qu’on doit chanter ces airs-là !...

 

II. URUBU-ROI

 

Il est mort,

le vieux lion de la Négritude

avec sa blanche crinière

et dans la Savane où repose le corps

de son Roi,

ils sont tous là,

pilleurs de charognes

sans vergogne,

urubus, vautours et marabouts

se battant becs et ongles

et force battements d’ailes,

tendant désespérément au bout

de cous pelés leur laide tête chauve

pour récupérer, pleins de zèle,

sur la dépouille encore chaude

un petit bout

de rouge chair

et quelques vers

d’Aimé Césaire

avant (et même après) qu’on l’enterre,

sans doute dans le vain espoir

d’acquérir un peu de la force du vieux lion

consacré par l’Histoire

comme l’incarnation

de la fierté du peuple noir…

 

III. POUR LE CENTENAIRE…

 

J’ai l’esclavage en héritage

et j’ai voulu tourner la page,

emmener mon âme en voyage…

Mais ça m’irrite davantage

et même ça me met en rage

quand on prend les morts en otage !

 

Césaire, on trahit ta mémoire !

Toi, la Parole du peuple noir,

fier guerrier de la Négritude,

on fait de toi une habitude

ou, pire, une simple attitude

qu’à tout prix il leur faut avoir…

 

Ta référence est la posture

qu’on doit afficher sans mesure

alors que c’est pure imposture !

Marchands du Temple, un cauchemar !

Car tu n’appartiens à personne

ou bien, plutôt, à tous les hommes…

 

Le Poète, nul n’emprisonne

quand au cœur de ses mots résonne

un goût de Liberté en somme

qu’on peut croquer comme une pomme…

Comme à Adam, le premier homme,

la Connaissance, avec l’espoir

 

en même temps son fruit redonne

sa dignité à l’homme noir

qui ne souhaite voir apparaître,

comme n’importe quel autre être,

ni dieu, ni maître à sa fenêtre

mais encore moins des grands-prêtres !...

 

Patrick MATHELIÉ-GUINLET

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