Accueil

CHLORDECONE : "LA COMMISSION LETCHIMY POUVAIT-ELLE FAIRE DE LA PEINE A DES AMIS SI CHERS ?" (F. NICOLINO, "CHARLIE-HEBDO")

Fabrice Nicolino '(in "Charlie-Hebdo")
CHLORDECONE : "LA COMMISSION LETCHIMY POUVAIT-ELLE FAIRE DE LA PEINE A DES AMIS SI CHERS ?" (F. NICOLINO, "CHARLIE-HEBDO")

  La commission d'enquête parlementaires (aux pouvoirs tronqués) présidé par S. LETCHIMY se fait étriller par "CHARLIE HEBDO".

  En effet, dans l'article qu'on peut lire ci-après, Fabrice NICOLINO pointe du doigt, non pas "l'Etat" (c'est qui ? il habite où ?) comme l'ont écrit nos chers (ères) parlementaires dans leur rapport, mais 3 ministres français de l'agriculture qui, tour à tour, ont signé l'AMM (Autorisation de Mise sur le Marché) de ce dangereux pesticide et surtout en ont prorogé l'utilisation.Trois ministres socialistes tout comme S. LETCHIMY lequel est "progressiste" en Martinique, mais "socialiste" à l'Assemblée nationale. Il s'agit d'Edith CRESSON, de Louis MERMAZ et de Jean-Pierre SOISSON.
   A noter que ces trois ministres avaient déjà été nommés et dénoncés en page 19 de l'ouvrage Chronique d'un empoisonnement annoncé. Le scandale du chlordécone aux Antilles françaises (1992-2002) publié en 2007 par les écologistes martiniquais Louis BOUTRIN et Raphaël CONFIANT. Il y a donc...13 ans de cela.
 Mais bon, il vaut mieux tard que jamais comme dit l'adage. Lisons donc l'article de CHARLIE-HEBDO...
 
                                                                                   ***
 
   « Foutage de gueule garanti. Une commission d’enquête parlementaire rend l’État responsable de l’épandage massif de chlordécone dans les Antilles françaises de 1981 à 1993. Et oublie comme par hasard de désigner les grands coupables politiques. Par ordre chronologique, Édith Cresson, Henri Nallet, Louis Mermaz, Jean-Pierre Soisson, responsables et coupables.

  EXCLU WEB
 Pour eux, le monde est toujours merveilleux. Eux, les ministres et anciens ministres, qui tous se tiennent gentiment par la barbichette. Une commission d’enquête parlementaire rend, ce mardi 26 novembre, un rapport sur la pollution des Antilles par le chlordécone, pesticide dont la stabilité chimique est telle qu’il restera dans les sols au moins quatre siècles, quand on sera bien vieux. Il a été utilisé légalement dans les bananeraies pour niquer la tête du charançon du bananier.

 Très efficace, et désormais, 92 % des Martiniquais et 95 % des Guadeloupéens en ont dans le corps. Est-ce chiant ? A peine. La Martinique détient le record du monde de cas de cancers de la prostate pour 100 000 habitants, et ainsi que le montrent les travaux du professeur Luc Multigner, le chlordécone est le responsable. Ajoutons par malice qu’il est un perturbateur endocrinien et qu’il provoque diverses maladies neurologiques. Entre autres.

  La commission d’enquête rend l’État responsable de cette pollution géante, ce qui est bien commode, car l’État, de toute éternité, c’est personne. Ou l’autre. Ne t’amuse pas, ami lecteur, à chercher dans ces eaux-là des coupables, car tu n’en trouveras pas. Note qu’on peut prendre l’affaire tout autrement, ainsi que Charlie va te le raconter.

 À NE PAS MANQUER : La si bonne eau du robinet aux trihalométhanes
 Il était une fois…
 En 1975, la petite ville d’Hopewell, en Virginie (États-Unis), est le théâtre d’un désastre sanitaire. Dans une usine qui fabrique des pesticides, des dizaines de prolos sont atteints de symptômes neurologiques graves : pertes de mémoire et d’équilibre, évanouissements, également d’hypertrophie du foie et de baisse de la fertilité masculine. On cherche et on trouve aussitôt, car chacun sait déjà que le chlordécone est une merde. Les premiers signalements datent en effet de 1969.

 La presse américaine – le fameux magazine télé 60 minutes de Dan Rather – transforme l’affaire en scandale planétaire. Planétaire, le mot est important. À Paris règne depuis l’après-guerre un puissant lobby des pesticides qui regroupe l’industrie bien sûr, la haute direction de l’INRA, et les dirigeants de l’agriculture industrielle. Son centre de gravité est logé dans une entité prestigieuse du ministère de l’Agriculture, le Service de protection des végétaux (SPV). C’est là, dans ces bureaux-là que se concoctent les Autorisations de mise sur le marché (AMM), Sésame qui permet le commerce.

 Aucun de ces braves gens ne peut ignorer l’extrême toxicité du chlordécone, et en bonne logique, après l’interdiction du produit aux États-Unis, en 1976, on ne devrait plus jamais parler du chlordécone. Mais commence alors une séquence simplement déshonorante pour la France, et au passage pour la gauche socialiste de Mitterrand. La commission d’enquête, présidée par le député socialiste Serge Letchimy, pouvait-elle faire de la peine à des amis si chers ?

 Quand il arrive au pouvoir en mai 1981, Mitterrand nomme Édith Cresson au ministère de l’Agriculture. Qui fait la loi des pesticides ? Le lobby installé au SPV. Qui l’applique ? Cresson. Elle accorde une criminelle Autorisation de mise sur le marché (AMM) pour le chlordécone. En juin 1990, Henri Nallet, alors ministre de l’Agriculture – il sera ministre de la Justice en octobre – accorde un rab de deux ans pour le chlordécone, malgré un retrait d’AMM de pacotille le 1er février. Nallet est un gars intéressant. Il a commencé sa carrière comme chargé de mission à la FNSEA, « syndicat » agricole propesticides. Il en est sorti à 30 ans, a fait socialo, est devenu conseiller du grand maître Mitterrand à l’Élysée, puis ministre. A la sortie, il s’est enfilé des millions d’euros sur vingt ans en devenant lobbyiste-en-chef des labos Servier, ceux qui vendaient le médicament mortel Médiator.

 En mars 1992, un troisième ministre socialiste de l’Agriculture, Louis Mermaz, accorde une nouvelle dérogation d’un an. Et en mars 1993, le ministre de l’Agriculture du dernier gouvernement Bérégovoy, Jean-Pierre Soisson, accorde une dernière fois une grâce de six mois. L’horreur aura duré de 1981 à 1993, par la grâce d’un gouvernement de gauche, ce qui donne à penser.

 ON VOUS RECOMMANDE : Comment on démoustique les poumons
 Un procès ou un crachat ?
 La morale ? Ne cherchons pas ce qui n’existe pas. Et ne cherchons pas davantage les documents de la Commission de toxicité – la ComTox – qui permettraient d’y voir plus clair. Car c’est dans ces réunions hautement discrètes que tout a été décidé pour le profit de quelques-uns. Or ces docs ont disparu, les petits chéris, et sur toute la période décisive 1972–1989. Qui le dit ? La Direction générale de l’alimentation (DGAL), administration centrale du ministère de l’Agriculture qui abrite les vétérans du Service de protection des végétaux. Autrement dit, nib. On ne saura rien.

 Dans une République qui ne serait pas bananière – attention, humour -, tout cela finirait par un procès pénal pour les quatre vertueux que sont Cresson, Nallet, Mermaz et Soisson. Car ils sont vivants, les bougres. Plus vivants que les cancéreux antillais et les millions d’êtres vivants – oiseaux, insectes, mammifères – que le chlordécone a tués.

 On ne leur souhaite même pas la taule, bien que des gens infiniment moins coupables y croupissent depuis des années. Juste un crachat. Pleine gueule.

    Fabrice NICOLINO ("Charlie-HEbdo")

Pages