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Chlordécone : la commission parlementaire Letchimy pointera-t-elle du doigt la responsabilité du lobby béké ?

        Chlordécone : la commission parlementaire Letchimy pointera-t-elle du doigt la responsabilité du lobby béké ?

   Répondons tout de suite à cette question ! Et en créole s'il vous plait : AWA. Les blablateurs parlementaires parleront de tout : nocivité ou pas de ce pesticide ; dossiers prétendument égarés ; passivité de l'Etat etc...

   Mais le mal (le crime ?) étant fait, ne faut-il pas maintenant s'intéresser à ses auteurs ? C'est-à-dire à ceux qui pendant 30 longues années (1972-1992) ont importé massivement le chlordécone et dont tout le monde connaît le nom. Ce dernier figure pourtant noir sur blanc dans l'ouvrage de L. BOUTRIN et R. CONFIANT, "Chronique d'un empoisonnement annoncé", paru en 2007, il y a donc...12 ans, or aucun Béké n'a poursuivi les deux écologistes en justice pour diffamation. D'ailleurs, il suffit de se rendre sur le site-Internet du Sénat, à la date de ce 10 juillet 2019 et à la rubrique "Travaux parlementaires", pour lire ceci :
  "Et comme ce polluant n'est plus produit depuis 1975 (pour les 1 600 tonnes produites aux Etats-Unis) et depuis 1991 (par les 200 tonnes produites pour le compte de la société Vincent de Lagarrigue), il n'est plus recherché et donc plus contrôlé par les Etats".
   Sans commentaires...
  A l'époque, chacun s'en souvient, quand le scandale a éclaté (en 2007 donc), S. LETCHIMY et le PPM traitaient les écologistes d'affabulateurs. Aujourd'hui, il est à la tête de la commission parlementaire visant "à faire toute la lumière sur la question" (interdit de rire !) et proclame urbi et orbi qu'il s'agit d'un "scandale d'Etat" !!! Or, soyons sérieux, avant d'être un "scandale d'Etat", l'empoisonnement de notre pays au chlordécone (20.000 hectares contaminés sans compter les nappes phréatiques, les rivières et une partie du littoral), est un SCANDALE BEKE.
   Pourquoi ?
  D'abord, parce qu'il faut savoir (mais ça la commission LETCHIMY n'en parlera pas) que les Békés ont fait utiliser 4 fois plus de chlordécone par hectare que leurs cousins latifundiaires d'Amérique du sud. Est-ce que le charançon noir martiniquais, que ce pesticide était chargé de combattre, était plus méchant, plus virulent, plus dévastateur que le charançon équatorien, panaméen, colombien ou bélizien? Pire : on n'a pas besoin d'être docteur en agronomie pour savoir qu'il est beaucoup plus difficile de contrôler des plantations immenses (certaines font plus de mille hectares en Amérique du sud) que des plantations modestes de maximum 200 hectares comme celles de la Martinique. Si donc on avait besoin d'utiliser massivement du chlordécone, c'était dans l'immense Amérique du sud et non dans la minuscule Martinique. Certes, les conditions climatiques et pédologiques sont différentes d'un pays à l'autre, mais tout de même !
   La commission LETCHIMY posera-t-elle cette question ? Il est permis d'en douter.
  D'autant, que l'importation exagérée de chlordécone et de tous les autres pesticides (depuis le DDT dans les années 50, puis le perchlordécone, le paraquat etc..., évitable bombardement chimique de plus d'un demi-siècle) est liée à l'obtention de subventions européennes. Les latifundiaires sud-américains, tout riches qu'ils soient, ne bénéficient pas de subventions étatiques contrairement aux Békés et les plantations sud-américaines contrôlées par les compagnies nord-américaines comme la UNITED FRUIT ont cessé très vite d'utiliser le chlordécone puisqu'il fut interdit aux USA, pays où la molécule a été synthétisée, dès...1979. 
 Il n'est pas besoin d'être juriste ou politologue pour savoir quel montant financier à été accordé par l'Europe à telle ou telle plantation martiniquaise : il suffit d'aller sur le site-Internet de la Communauté Européenne. Conclusion : mon cousin béké est importateur de pesticides, moi, planteur également béké, je lui passe commande de quatre fois plus de ce dont ma plantation a besoin grâce à l'argent européen qui coule à flots et le tour est joué. Entre cousins, on peut s'entendre n'est-ce pas ?
   Vive la Famille, quoi !
  Ensuite, l'empoisonnement au chlordécone est d'abord un scandale béké avant d'être un scandale d'Etat car même si c'est ce dernier, plus exactement, les ministres de l'agriculture qui signent les AMM (Autorisation de Mise sur le Marché) pour les pesticides, ils le font sous la pression des lobbys agricoles (céréaliers dans l'Hexagone, bananiers aux Antilles). Lobbys appuyés par les parlementaires des régions concernées ! Békés et parlementaires nègres se rendirent ainsi, année après année, au Ministère de l'Agriculture pour demander des dérogations d'utilisation du chlordécone. Que peut faire un ministre parisien face à des gens qui disent défendre la production économique (les Békés) et l'emploi (les parlementaires nègres) ? RIEN !
   Il ne s'agit pas du tout de dédouaner l'Etat, mais de hiérarchiser les responsabilités.
  En réalité, la commission LETCHIMY finira en eau de boudin et aucun Béké, importateur ou planteur, ne se retrouvera sur la sellette. Tant pis pour les 8.000 ouvriers agricoles de la banane qui ont manipulé (sans protections !) le chlordécone pendant plus de 30 ans ! Tant pis pour nous, Martiniquais, qui avons bu une eau du robinet contaminée au chlordécone pendant 30 ans ! Tant pis pour les fruits et légumes ainsi que les poissons contaminés que nous avons consommé pendant 30 ans ! Tant pis pour l'aquaculture martiniquaise qui commençait à prendre son essor ! Tant pis pour tous ceux qui ont subi cancers de la prostate ou du myélome, maladies d'Alzheimer et de Parkinson, malformations congénitales et autres !
   Zafè tjou-nou !... 
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