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COGNE LA MER SUR LA GRÈVE DE BASSE-POINTE

Thierry Caille

À Aimé Césaire

(20 juin 1913- 17avril 2008)

Cogne, cogne la mer, sur la grève de Basse-Pointe
avec ses palpitations, ses murmures et ses tumultes
Cogne, cogne l'oubli sur les falaises crayeuses
de nos mémoires volatiles, anophèles vibrionnants
Le temps a passé, flux et reflux dans nos vies dérisoires
Et le temps a tressé des fleurs d''héliotropes sur ta tombe de granite
gisant qui demeure
Et le soleil se rie de ton ultime chartreuse
envahie de cabouya et de soumaké
Mais tu as rejoint ton destin stellaire
Au bord de l'univers, loin des constellations
tu brilles, astre mort, d'un feu rageur et inextinguible
par les nuits sans lune, par les nuits sans espoir.
O peuples nègres, vous les sans-voix
O peuples blancs, vous les sans-voix
qui arasait les mornes des Indes d'Amérique
qui défiait tout le ciel et les génuflexions et les flagellations.

Cogne, cogne la mer, sur la grève de Basse-Pointe
avec ses rythmes syncopés et ses langueurs
Cogne, cogne l'oubli sur les laisses de nos errances mémorielles
Sur les vivats et les hommages, il y a peu tu es passé
Toutes ces cohortes, ces légions,
Ces agenouillements, ces rampements, ces accroupissements
Tu les a balayés, déchiquenaillés
héraut de  toutes les souffrances, toutes les arrogances
l'indignité des peuples à genoux
La liberté de ton peuple c'est pour demain ou après demain
Ce peuple a préféré le fouet d'or au fouet de cuir
Peut-on le lui reprocher. Ce peuple qui a vécu  des siècles dans dénantissement
La liberté est rude et les peurs sont grandes

Cogne la mer sur  la grève de Basse-Pointe
avec son tohu-bohu et ses vagues assourdissantes
Cogne, cogne l'oubli des limons laissé sur le sable, ta parole
Mais ta parole pour les damnés de la terre
a été gravé dans le marbre.
Elle éclatera en des jours meilleurs
quand des hommes et des femmes-debout
brandiront l'étendard
de l'indépendance

 

 

17 Avril 2012

 

Thierry Caille

Photo du logo : Aimé Césaire

 

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