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Communautarisme, Libéralisme, Multiculturalisme : une instrumentalisation politique dangereuse

Lucien PAVILLA
Communautarisme, Libéralisme, Multiculturalisme : une instrumentalisation politique dangereuse

Le « communautarisme » est un principe du « libéralisme » qui exprime la volonté d’attribuer, à des groupes socioculturels, des droits particuliers non reconnus par le système libéral classique. Est-ce à dire que le libéralisme exerce une violence cachée qu’il faut montrer, dénoncer, et donc combattre ?

Par des propos, somme toute, nuancés dans « Politique de reconnaissance » in « Multiculturalisme : Différence et démocratie », le philosophe canadien Charles Taylor dénonce le fait que, sous couvert d’universalité, le libéralisme se refuse à reconnaître les identités particulières en tant qu’expression d’une forme culturelle spécifique.

 

Dès lors, il n’est pas difficile de comprendre pourquoi, et de manière de plus en plus affirmée, nous assistons à l’émergence d’une exigence de reconnaissance des droits spécifiques des communautés dans les grandes démocraties occidentales. De nos jours, il devient d’abord, indispensable de lire et d’interpréter cette doctrine politique, issue d’une réflexion philosophique sur les principes du libéralisme, de façon plus complète. Donc, sans déni dans l’exigence de reconnaissance morale et juridique des communautés pour calmer les esprits. Ensuite attribuer, en tenant compte de toute la réalité, des droits politiques aux communautés pour qu’elles les perçoivent comme une forme de réparation. Le Parlement européen vient de reconnaître l’esclavage comme « Crime contre l’humanité », les communautés l’entendent mais n’y voient rien. Les diverses reconnaissances n’ont pas changé le cours de l’histoire récente et j’en doute que celle-là en fasse mieux. Il faut donc aller plus loin. Car, de la violence politique inavouée du déni de reconnaissance au profit de l’unité républicaine naissent les réactions violentes des communautés, surtout celles, victimes du fait colonial ou de l’esclavage lorsque l’histoire des peuples est inavouée. Chaque communauté a une histoire propre, par conséquent, le fait de vouloir imposer la culture du libéralisme entraîne une forme de violence illégitime à l’égard de la communauté.

 

Dans un système de droit, il est nécessaire de reconnaître l’égale dignité de tous les citoyens tout en reconnaissant les identités culturelles distinctes. Naît alors l’idée de « discrimination positive » qui elle-même a donné naissance au concept « multiculturalisme ». Elle s’appuie sur la coexistence de plusieurs cultures afin de combattre la discrimination ethno-raciale. Malheureusement, cette vision a confiné le concept sur le seul principe de différenciation ethno-raciale, en occultant l’idée de société juste et l’échelle des valeurs.

On aurait pu penser que le multiculturalisme, appliquée rigoureusement dans toute son acception, résoudrait la dichotomie entre « l’égale dignité du libéralisme et la reconnaissance des identités particulières ». Mais, tout en se montrant ouvert à la diversité des cultures, c’est l’esprit jacobin, celui qui prône l’intégration républicaine, qui prédomine dans la sphère publique. Il faut donc répondre aux revendications communautaristes par l’intégration républicaine. On se trompe !

 

Selon qu’on soit sociologue, politique ou philosophe la définition du multiculturalisme diffère.

Le philosophe pense la diversité des cultures sur l’échelle des valeurs et d’une société juste.

Le sociologue le définit du point de vue ethnique, culturelle et religieuse.

Et le politique, en garantissant des droits aux identités particulières afin d’éviter la marginalisation et l’écrasement par la culture majoritaire.

Au regard de ces définitions, le concept pourrait alors fonctionner. Mais son instrumentalisation politique le vide de sens, car le libéralisme, sous couvert d’universalité, exerce une violence inavouée que les communautés dénoncent avec fracas à travers des actions directes aujourd’hui allant jusqu’à déboulonner des statues marquant le fait colonial ou esclavagiste, partie intégrante de leur histoire. Le seul responsable c’est cette instrumentalisation politique, à travers une reconnaissance en trompe-l’œil du communautarisme, qui répond uniquement de façon normative à la diversité des identités et donc des cultures.

Par conséquent, le multiculturalisme conservateur qui est pratiqué en France est ni plus ni moins une idéologie de l’assimilation qui rejette le différentialisme absolu en préconisant une culture commune capable d’intégrer les diversités culturelles. C’est un leurre !

On veut bien faire croire aux communautés que le multiculturalisme pratiqué dans les pays démocratiques est une ouverture, et un enrichissement culturel, un puissant terreau qui favorise l’épanouissement. Ça pourrait l’être ! Mais pour qui ? La culture commune ou les identités particulières ?

Le paradoxe auquel nous assistons, à travers des scènes de protestation de plus en plus violentes pour la reconnaissance des droits, témoigne du degré d’insatisfaction des communautés de cet enrichissement. Les normes établies ne suffisent plus, il convient d’agir politiquement par des actes concrets pour la reconnaissance des identités distinctes, quelle que soit la forme, afin de répondre au déni.

C’est bien de reconnaître que l’esclavage est un crime contre l’humanité, mais il serait tout aussi bien que TOUTE l’histoire de l’esclavage, sa connexion avec l’histoire de France sans oubli volontaire, soit lisible à travers des actes concrets. Elle est là, l’idée de société juste du philosophe !

 

Lucien PAVILLA

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