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Sujets des épreuves d’admissibilité

CONCOURS EXTERNEDE RECRUTEMENT DE PROFESSEURS CERTIFIÉS ET CONCOURS D'ACCÈS À DES LISTES D'APTITUDE (CAFEP)

SECTION : Créole

{{Dissertation en créole}}
_ Mars 2009
_ L’usage de tout ouvrage de référence, de tout dictionnaire et de tout matériel électronique est rigoureusement interdit.

Durée: 4 heures

Vous commenterez sous forme de dissertation en l'appliquant au proverbe créole le point de vue suivant :

{«Le proverbe [...] est un énoncé fini, une phrase complète, dont le, contenu résiste et garde une efficacité propre et intentionnelle. Il énonce, sous forme de citation non référenciée, un jugement, une observation ou une argumentation. De plus, il véhicule de façon prescriptive et répétitive un savoir étroitement lié à la mentalité de ses créateurs et premiers utilisateurs, c'est-à-dire une vision du monde délibérément fixiste. L'expérience humaine y est jugée assez stable, définitive pour être mise en formules susceptibles de répondre à toutes les occurrences de la communication linguistique. Le proverbe semble ainsi voué, d'entrée, à l'archaïsme culturel [ ...]. Les proverbes tirent leur origine de l'observation du monde sensible et de l'expérience humaine. Il est possible, à partir de cette constatation, de déterminer des catégories sociales stables et cohérentes (monde vivant, bestiaire, monde du travail, relations, échanges...) ordonnées dans une sorte de parcours anthropologique englobant tout le champ de l'expérience humaine».}

Extrait du Dictionnaire Robert de Proverbes et dictons, Présentation de François Suzzoni, pp 4-5

{{Épreuve de traduction}}
_ Mars 2009

L'usage de tout ouvrage de référence, de tout dictionnaire et de tout matériel électronique est rigoureusement interdit.

Durée: 4 heures

{La nuit était très avancée; la campagne sans maisons de ce côté-la, et sans personne qui y passa de près ou de loin. C'était autour d'elle un infini de solitude et de silence. Elle se hâtait parce qu'elle était seule, mais elle n'avait ni peur de ce silence ni de cette solitude. Elle avait toute la tranquillité de son esprit, qui ressemblait à sa conscience. Le matin, elle avait communié, et cette circonstance coulait et étendait dans son âme un calme divin. La lune, levée depuis longtemps mettait de son côté son calme, divin aussi, dans la nature, comme l'hostie du matin l'avait mis dans l'âme de cette chrétienne, et ces deux calmes se regardaient face à face, dans cette nuit placide. Tout à coup, dans ces chemins de traverse qui se resserrent à quelques endroits, la route que suivait Agathe n'eut guère plus que la largeur d'un sentier, et c'est à l'instant où ce chemin changeait qu'elle aperçut, encore assez loin d'elle, dans le reflet bleuissant de la lune, quelque chose de blanchâtre qu'elle prit pour un brouillard qui commençait de se lever de terre, -de cette terre toujours un peu humide en ces parages de Normandie. Mais, en avançant, elle vit nettement que ce qu'elle prenait pour du brouillard, c'était un cercueil placé en travers de la route et qui la barrait... Dans les traditions et dans les croyances anciennes du pays, ce cercueil mystérieux, sans personne auprès, et qui semblait abandonné, comme si les gens qui le portaient se fussent enfuis, était quand on le rencontrait par les nuits claires, un signe certain de mort prochaine, et pour en conjurer le mauvais présage, il fallait, disait-on, avoir le courage de le soulever et de le retourner bout pour bout. D'aucuns, dans les récits qu'on avait faits autrefois à Agathe, méprisant cette apparence comme une illusion de leurs sens, avaient eu la témérité de passer outre, enjambant irrévérencieusement ce cercueil comme si c'était un échalier, mais au jour levant on les avait retrouvés sans connaissance à la même place, et toujours, dans l'année, on les avait vus blêmir misérablement et mourir. De nature, Agathe était courageuse et trop religieuse pour avoir grand-peur de la mort, mais ce ne fut pas à la sienne qu'elle pensa, ce fut à celle de Lasthénie. Malgré sa religion et son courage, elle resta donc figée un instant devant ce cercueil, qui, à chaque pas qu'elle avait fait en s'approchant, lui avait paru plus net, plus distinct, plus palpable aux yeux et à la main. La lune, ce pâle soleil des fantômes, le dessinait, et en faisait bomber la blancheur sur l'ombre noire du sentier, entre ses deux haies.

«Ah! se dit-elle, si c'était pour moi, peut-être que je n'aurais pas la force de le retourner, mais c'est pour elle!» Et après s'être agenouillée dans le chemin creux et avoir récité une dizaine de chapelets, -elle s'appuyait sur la prière pour ne pas défaillir - elle fit un signe de croix encore et enfin, osa!...

Mais le cercueil pesait trop pour être soulevé par sa main, et ceci la frappa au cœur! Car le sort et la mort qu'il prédisait n'étaient conjurés que si on avait la force de le retourner, et elle ne l'avait pas... Il était trop lourd.}

Jules BARBEY D'AUREVILLY, Une histoire sans nom, 1882, éd. Flammarion