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Coronavirus : Au Brésil les tribus amazoniennes se disent menacées de "génocide" par les missionnaires chrétiens

Coronavirus : Au Brésil les tribus amazoniennes se disent menacées de "génocide" par les missionnaires chrétiens

Les indigènes brésiliens demandent qu'un groupe de missionnaires, basé en Floride et en étroite relation avec le président d'extrême droite Jair Bolsonaro, se tienne à l'écart de leurs terres.

La récente épidémie de coronavirus a exacerbé des tensions vieilles d’une décennie entre tribus indigènes et missionnaires chrétiens évangéliques. Dans les régions les plus reculées de l’Amazonie brésilienne, les tribus avertissent du potentiel “génocide” que peut engendrer le virus parmi les leurs et militent pour interdire l’accès à leurs terres à des groupes religieux controversés.

Mi-avril, un juge brésilien a accédé à la demande des tribus en interdisant aux missionnaires de pénétrer dans la vallée du Javari, une région reculée située le long de la frontière qui sépare le Brésil du Pérou, et où vivent de nombreuses tribus autochtones – dont au moins 16 groupes isolés n’ayant jamais eu aucun contact avec d’autres communautés.

La décision nomme expressément trois missionnaires, ainsi que l’organisation chrétienne fondamentaliste New Tribes Mission au Brésil, présente depuis 67 ans au Brésil et affiliée à une œuvre missionnaire évangélique de plus grande ampleur aux États-Unis. New Tribes entretient également d’étroites relations avec Jair Bolsonaro. En février dernier, le président d’extrême droite nommait Ricardo Lopes Dias, un ancien missionnaire de New Tribes, à la direction de l’agence censée protéger les populations isolées du Brésil.

Les tribus indigènes de la vallée du Javari et d’ailleurs au Brésil se battent depuis longtemps contre l’intrusion des missionnaires. Leur inquiétude au sujet de New Tribes est allée grandissante en début d’année, comme l’évoquait le Guardian, en raison de l’épidémie de coronavirus et du récent achat par le groupe d’un hélicoptère censé lui permettre d’atteindre des populations qui vivent dans des recoins de la vallée auxquels il n’avait jusqu’ici pas eu accès. L’organisation a pu acheter l’hélicoptère après avoir récolté plus de 2 millions de dollars avec l’aide d’Ethnos360, un groupe missionnaire basé aux États-Unis, jusqu’à récemment connu sous le nom de New Tribes Mission, et auquel le groupe New Tribes Mission au Brésil est affilié.

UNIVAJA, un groupe de tribus indigènes de la vallée du Javari, a fait appel à la justice suite aux révélations du journal brésilien O Globo au sujet de l’activité des missionnaires de New Tribes Mission au Brésil. Ces derniers continuaient d’envoyer leur hélicoptère en mission dans la vallée à la fin du mois de mars, en dépit de la réglementation aérienne et des restrictions du gouvernement, notamment relatives au contact avec les tribus indigènes pendant la pandémie.

New Tribes Mission au Brésil refuse d’admettre que les vols ont continué, et le groupe a déclaré au HuffPost qu’il avait demandé à ses missionnaires de quitter les terres indigènes en mars. Mais le passé de l’organisation au Brésil a engendré une profonde méfiance du côté des leaders indigènes. Ces derniers estiment en effet qu’au vu des dangers que la présence des missionnaires fait courir aux groupes tribaux dans ce contexte de pandémie, l’opinion internationale ne pourra que reconnaître la légitimité de leur opposition à toute intrusion religieuse, et ce même en temps normal.

“Nous dénonçons depuis longtemps ces organisations religieuses qui enfreignent la loi brésilienne et méprisent nos relations internes, nos modes de vie et nos façons de concevoir le monde, a déclaré UNIVAJA suite à la décision. Ces groupes nous exposent désormais physiquement à un virus létal qui ravage l’humanité. […] Nous avons survécu aux précédents fléaux génocidaires. Nous continuerons de dénoncer l’intrusion inopportune des missionnaires, qui font du tort à nos populations et à nos terres.”

Le Brésil compte désormais près de 50.000 cas confirmés de COVID-19, et les chiffres réels sont certainement bien plus élevés. Le virus a atteint l’Amazonie : à Manaus, la plus grande ville de la forêt amazonienne, les hôpitaux arrivent déjà à saturation, et le nombre de cas au sein des populations indigènes a triplé au cours de la dernière semaine. Si le virus continue de se propager dans les régions les plus isolées, comme la vallée du Javari et d’autres zones majoritairement peuplées par des indigènes, ces communautés déjà largement négligées par le gouvernement brésilien seraient exposées à une véritable catastrophe.

Selon Joenia Wapichana, première femme indigène élue au congrès brésilien en 2018, “si le coronavirus devait frapper des terres indigènes, ce serait une tragédie. Nous ne disposons d’aucune zone protégée, et l’investissement dans la santé et les équipements de protection pour les indigènes est inexistant.”

À l’origine du conflit, on trouve bien sûr un hélicoptère et une organisation de missionnaires, mais aussi et surtout l’acharnement de Bolsonaro à constamment saccager les infrastructures brésiliennes qui visent à protéger les tribus indigènes et populations isolées. Un acharnement qui ajoute aux craintes bien ancrées de nombreuses tribus indigènes vis-à-vis des groupes de missionnaires et du gouvernement actuel, considérés comme deux ennemis qui se sont encore rapprochés avec la nomination de Lopes Dias au début de l’épidémie de Covid-19 au Brésil.

“Je suis extrêmement inquiète, déclare Beatriz de Almeida Matos, anthropologue à l’Université fédérale de Para, qui a étudié les cultures indigènes dans la vallée du Javari. Nous savons par expérience que ce type de contact est extrêmement dangereux.”

“Ils pensent être investis d’une mission divine, ajoute Matos, qui travaille également pour l’Observatoire des politiques pour les populations indigènes isolées, une organisation à but non lucratif. Ils se moquent de la maladie. Ils se moquent du virus. Ils se moquent de la mort. Ils sont convaincus qu’ils font ce pour quoi Dieu les a envoyés sur terre.”


“Vecteurs de changement culturel extrêmement actifs”


Ethnos360, dont le siège social est situé à Sanford, en Floride, envoie des missionnaires au Brésil et ailleurs dans le monde depuis sa fondation en 1942. L’organisation a pour principale mission d’atteindre les populations de régions où il n’existe aucune traduction de la Bible. Elle cible surtout les indigènes, et se targue d’avoir traduit le Nouveau Testament dans 88 “langues ethniques”.

D’après Ministry Watch, qui récolte des informations sur les associations caritatives chrétiennes, l’organisation affirme être sur le point de fournir une traduction dans 114 langues supplémentaires.

“Les croyances du groupe prennent racine dans une lecture littérale des textes bibliques”, affirme Daniel Everett, linguiste et ancien missionnaire chrétien qui a côtoyé de près New Tribes Mission lors de son séjour en Amazonie brésilienne. “Il s’agit d’un groupe évangélique fondamentaliste extrêmement conservateur, ajoute Everett, désormais athée. Ils sont bien décidés à convertir les tribus du Brésil au christianisme évangélique tel qu’ils le pratiquent aux États-Unis.”

En 2018, BBC Brazil évoquait les efforts méthodiques de l’organisation, qui a fait construire une réplique de village indigène brésilien en Pennsylvanie afin de former les missionnaires. Ces derniers passent des années à essayer d’entrer en contact avec les populations indigènes, apprennent leur langue, traduisent les Évangiles dans cette langue, et convertissent des locaux au christianisme. Ils appâtent souvent de nouveaux membres avec de la nourriture, des médicaments et des outils basiques auxquels les tribus n’auraient autrement pas accès, selon les dires d’Everett.

“Ce sont des vecteurs de changement culturel extrêmement actifs, ajoute-t-il. Et ils ne s’en cachent pas.”

Ethnos360, qui n’a souhaité faire aucun commentaire, est presque entièrement financée par des dons. En 2018, l’organisation américaine a reçu près de 60 millions de dollars en dons, selon Ministry Watch. La branche états-unienne a récemment changé de nom suite à la diffusion très médiatisée d’une enquête au sujet des nombreux cas supposés de pédophilie au sein de ses branches internationales.

D’après Fiona Watson, chercheuse brésilienne chez Survival International, une organisation à but non lucratif qui agit pour la protection des populations isolées, le palmarès d’Ethnos360 en Amérique du Sud est ”édifiant”. Son organisation fait campagne contre New Tribes depuis plusieurs décennies. New Tribes Mission au Brésil est, selon elle, “probablement la plus agressive et la plus extrémiste de toutes les organisations missionnaires évangéliques du pays”. Et son histoire est également entachée de scandales.

 Dans les années 80, des missionnaires de New Tribes sont entrés en contact avec les Zo’é dans le nord du Brésil. D’après Survival International, ils seront finalement expulsés en 1991, suite au décès de près d’un quart des membres de la tribu des suites de différentes épidémies de maladies infectieuses. Un autre représentant de New Tribes au Brésil a par ailleurs été emprisonné pour avoir traité des indigènes comme ses esclaves.

Et pourtant, New Tribes Mission au Brésil estime ne pas avoir suivi la cadence des mouvements évangéliques (dont un bon nombre sont également soutenus par des groupes américains) qui ont réussi à s’implanter dans les centres urbains brésiliens. Les populations indigènes du pays parlent plus de 180 langues, mais “le Nouveau Testament n’a été traduit que dans 26 d’entre elles” signale à regret une publication sur le site Internet du groupe.

L’hélicoptère était crucial pour accélérer le travail de New Tribes dans la vallée du Javari. Ethnos360 affirmait d’ailleurs sur son site Internet que l’appareil “permettrait à ses missionnaires d’atteindre 10 groupes extrêmement isolés supplémentaires”. Dans une vidéo YouTube faisant la promotion de la collecte de fonds, un missionnaire américain faisait remarquer que la vallée du Javari abritait “le plus grand nombre de populations autarciques au monde”.
“C’est pour ça qu’il nous faut un hélicoptère”, ajoutait alors le missionnaire, qui affirme par ailleurs travailler pour Ethnos360 au Brésil depuis 2006. Le groupe a dépassé son objectif de 2 millions de dollars. Lors d’une collecte de fonds similaire pour sa succursale aux Philippines, Ethnos360 surnommait l’hélicoptère “Barrier Crusher” (le “brise-barrières”).

D’après les leaders tribaux locaux, les missionnaires de New Tribes ont visité au moins un village indigène de la vallée du Javari fin février, peu avant que le Brésil ne fasse état de son premier cas confirmé de Covid-19.

Le 17 mars, alors que l’épidémie de coronavirus se propageait au Brésil, les ministères de la justice et de la santé du pays ont recommandé aux Brésiliens non indigènes d’éviter tout contact avec les tribus, afin de les protéger de l’épidémie. New Tribes Mission au Brésil a cependant continué d’envoyer son hélicoptère dans la vallée du Javari, comme le rapportait O Globo la semaine dernière.

Edward Luz, directeur de New Tribes Mission au Brésil, a dans un premier temps affirmé au journal que tous les missionnaires de l’organisation avaient quitté la région fin février. O Globo a cependant rapporté qu’au moins un missionnaire était resté jusqu’à la mi-mars, poussant Luz à déclarer que le groupe avait dépêché une dernière fois l’hélicoptère pour le ramener le 19 mars. Une fois le rapport d’O Globo publié, Luz en a contesté le contenu dans une déclaration en ligne, dans laquelle il modifiait pourtant encore la date du dernier vol, affirmant que le dernier missionnaire et deux autres qui se trouvaient encore dans la vallée avaient été rapatriés en hélicoptère le 23 mars.

Rapportant les propos d’une source anonyme, O Globo affirme que ce même hélicoptère a effectué au moins trois vols dans la vallée du Javari fin mars et début avril. Un porte-parole de la FUNAI, l’agence gouvernementale chargée de la protection des terres et des droits des indigènes au Brésil, a affirmé au HuffPost qu’elle n’avait autorisé aucun vol à cette période, et qu’elle n’avait pas été informée de ces déplacements.


Bruno Kelly / Reuters
Lors d'un enterrement de victimes du Covid-19 au cimetière Parque Taruma  à Manaus le 23 avril.

Dans un communiqué écrit en réponse aux questions du HuffPost, Eliana Camejo, porte-parole de New Tribes Mission au Brésil, nie que l’hélicoptère ait été en service au cours de cette période. Elle affirme que le vol du 23 mars a été enregistré et approuvé conformément à la réglementation brésilienne. Elle explique par ailleurs que New Tribes Mission au Brésil a appelé ses missionnaires à quitter les terres indigènes le 20 mars, et qu’ils ont tous respecté cet ordre. Faisant écho à Luz, elle fait remarquer que les missionnaires de New Tribes étaient déjà partis lorsque les premiers cas de Covid-19 ont été signalés dans la région.

Selon Camejo, New Tribes n’a “JAMAIS”essayé d’atteindre les populations isolées, et encore moins dans la vallée du Javari. Elle ajoute que les voyages organisés par l’association ont tous été autorisés par les leaders indigènes locaux d’une communauté avec laquelle son organisation travaille depuis 60 ans. Elle affirme enfin que New Tribes avait fourni cette information à O Globo avant que le journal publie son rapport, et que l’organisation a sollicité un droit de réponse dans ses colonnes.

Ethnos360 et New Tribes Mission au Brésil se sont associées pour acheter l’hélicoptère. Mais si les deux groupes sont des “organisations sœurs” qui “partagent des affinités” et les “mêmes objectifs”, Camejo affirme qu’elles sont dirigées et financées de manière indépendante. Elle conclut : “New Tribes Mission au Brésil est une organisation brésilienne, presque entièrement financée par des dons de l’Église évangélique brésilienne”.

 Watson affirme qu’étant donné que les tribus indigènes de la vallée du Javari sont majoritairement opposées à la présence des missionnaires, elles seraient probablement au courant de la “poursuite discrète” des efforts de New Tribes pour atteindre des groupes indigènes en dépit des restrictions gouvernementales, avant d’ajouter que ses missionnaires étaient cependant “des experts quand il s’agissait d’agir en sous-marin”.

Ni la FUNAI ni aucune autre organisation extérieure ne savaient que New Tribes avait été en contact avec les Zo’é pendant des années après les avoir rencontrés pour la première fois en 1987. Watson explique qu’elles n’ont découvert les faits qu’une fois la tribu décimée par des épidémies.
En réaction à la décision du juge, Camejo a déclaré que New Tribes répéterait à UNIVAJA et à la cour qu’elle ne travaillait pas avec des peuples isolés et qu’elle avait quitté la région à la date du 23 mars.

Si New Tribes Mission au Brésil évitait réellement de travailler avec des tribus isolées, conformément à la constitution brésilienne, elle se démarquerait de son partenaire américain : Ethnos360, qui publiait un magazine intitulé “Brown Gold” (L’or marron), déclare que son but est d’atteindre “jusqu’à la dernière tribu, où qu’elle se trouve”.


Un gouvernement d’extrême droite toujours plus dangereux

La FUNAI considère traditionnellement les missionnaires étrangers avec scepticisme, mais la protection des indigènes et des tribus isolées dans une région aussi vaste que l’Amazonie et dans un pays aussi grand que le Brésil est une mission difficile, même sous les meilleurs auspices.

Les groupes indigènes craignent que, dans le Brésil de Bolsonaro et Lopes Dias, la FUNAI n’essaie même pas de faire respecter les régulations visant à protéger les tribus indigènes et les populations isolées.

Bolsonaro est connu pour dénigrer les populations indigènes en les affublant de qualificatifs racistes et xénophobes. Se débarrasser des agences et des réglementations qui protègent les Brésiliens indigènes et l’Amazonie est l’un des principaux objectifs de sa présidence.

Des agences comme la FUNAI ont souffert de réductions budgétaires drastiques qui ont limité leur pouvoir exécutoire, et Bolsonaro, qui cherche à livrer l’Amazonie et les terres indigènes aux mineurs et aux agriculteurs, a intégré la FUNAI à un nouveau ministère des droits de l’homme dirigé par Damares Alves, pasteur évangélique conservateur et ancien missionnaire. (Le congrès brésilien a depuis retransféré la FUNAI au ministère de la justice.)

La première année de la présidence de Bolsonaro a été la plus noire de ces deux dernières décennies pour les populations indigènes, et les raids des mineurs, exploitants forestiers et autres industriels les ont exposées encore davantage, ainsi que leurs terres, aux risques de violence et de maladies infectieuses – avant même que la pandémie ne se déclare.

Les dirigeants de New Tribes Mission au Brésil se sont ouvertement réjouis de l’affectation en février de Lopes Dias, qui a été missionnaire pendant 10 ans pour le groupe, contrairement aux organisations et chercheurs tribaux, que la nouvelle a bouleversés.

Lopes Dias a fait des études d’anthropologie, mais selon l’anthropologue Matos, “son activité de missionnaire constitue sa seule expérience de terrain auprès des populations indigènes. Il s’agit d’un domaine extrêmement technique. Il faut impérativement connaître et comprendre les réalités spécifiques de ces populations. Nous n’avons jamais vu personne d’aussi radicalement opposé à la politique de la FUNAI à ce poste. Et le travail de missionnaire est aux antipodes de cette politique.”

Un tel opposant à la FUNAI n’aura aucun scrupule à en saper le travail encore davantage. Selon Matos, il lui suffirait de “fermer les yeux et de ne rien faire. Pour protéger quelqu’un ou quelque chose, vous devez agir. Vous devez interdire. Vous devez surveiller le territoire. Vous devez empêcher ceux qui envahissent ce territoire de le faire. Vous devez agir dans l’intérêt des populations à protéger. Vous devez agir pour protéger les terres.”

Après des années de ferme opposition de la part des tribus indigènes et du gouvernement brésilien, les mineurs, les exploitants forestiers et les industriels sont désormais ouvertement soutenus par Bolsonaro. Et ils en profitent largement : les raids illégaux de mineurs et d’exploitants forestiers, plus courants depuis l’arrivée au pouvoir du président d’extrême droite, ont continué au début de la pandémie. Comme le souligne Marcio Astrini, secrétaire exécutif de l’Observatoire du climat, une organisation environnementale à but non lucratif basée au Brésil, “ceux qui promeuvent la déforestation en Amazonie ne sont pas en quarantaine. Ils savent que le gouvernement et l’État baissent la garde pendant la pandémie.”

La nomination de Lopes Dias, que le ministère public fédéral du Brésil a essayé d’annuler en raison de son manque d’expérience, suscite de nombreuses craintes. Les groupes missionnaires ne risquent-ils pas d’estimer qu’ils sont tout aussi légitimes et de chercher à en profiter ? “Je suis persuadée que cela va les décomplexer”, a déclaré Watson.

Face au danger représenté par le coronavirus, les appels à respecter le désir d’isolation des tribus se sont multipliés, dans l’espoir que les missionnaires et ceux qui les financent comprennent le véritable motif de cette isolation : les contacts antérieurs des tribus avec des étrangers ont introduit des maladies qui les ont pratiquement décimées.

Andrew Miller, directeur chargé du plaidoyer chez Amazon Watch, une organisation à but non lucratif qui travaille avec les tribus indigènes du Brésil, le résume ainsi : “Tout le monde applique désormais la distanciation sociale, mais c’est ce que ces populations pratiquent depuis une centaine d’années. Cette distanciation sociale extrême est basée sur une expérience génocidaire.“
Mais même s’ils ont désormais quitté les terres indigènes, il est peu probable que les missionnaires fondamentalistes voient dans l’épidémie de coronavirus une raison d’arrêter leur prosélytisme. Pas pour longtemps en tout cas.
“La Bible les encourage à aller jusqu’aux confins, et les populations autarciques d’Amazonie correspondent plutôt bien à cette notion d’éloignement, explique Everett, l’ancien missionnaire. Ces fondamentalistes pensent que s’ils attendent un peu, beaucoup vont mourir avant qu’ils n’atteignent ces régions, et aller en enfer faute d’avoir été convertis. Les missionnaires estiment qu’il en va de leur devoir de se rendre là-bas pour sauver ces populations et que, s’ils meurent, ou si quelques indigènes meurent, c’est simplement leur destin”.

A voir

 

Dans un communiqué écrit en réponse aux questions du HuffPost, Eliana Camejo, porte-parole de New Tribes Mission au Brésil, nie que l’hélicoptère ait été en service au cours de cette période. Elle affirme que le vol du 23 mars a été enregistré et approuvé conformément à la réglementation brésilienne. Elle explique par ailleurs que New Tribes Mission au Brésil a appelé ses missionnaires à quitter les terres indigènes le 20 mars, et qu’ils ont tous respecté cet ordre. Faisant écho à Luz, elle fait remarquer que les missionnaires de New Tribes étaient déjà partis lorsque les premiers cas de Covid-19 ont été signalés dans la région.


Selon Camejo, New Tribes n’a “JAMAIS”essayé d’atteindre les populations isolées, et encore moins dans la vallée du Javari. Elle ajoute que les voyages organisés par l’association ont tous été autorisés par les leaders indigènes locaux d’une communauté avec laquelle son organisation travaille depuis 60 ans. Elle affirme enfin que New Tribes avait fourni cette information à O Globo avant que le journal publie son rapport, et que l’organisation a sollicité un droit de réponse dans ses colonnes.


Ethnos360 et New Tribes Mission au Brésil se sont associées pour acheter l’hélicoptère. Mais si les deux groupes sont des “organisations sœurs” qui “partagent des affinités” et les “mêmes objectifs”, Camejo affirme qu’elles sont dirigées et financées de manière indépendante. Elle conclut : “New Tribes Mission au Brésil est une organisation brésilienne, presque entièrement financée par des dons de l’Église évangélique brésilienne”.

 
Watson affirme qu’étant donné que les tribus indigènes de la vallée du Javari sont majoritairement opposées à la présence des missionnaires, elles seraient probablement au courant de la “poursuite discrète” des efforts de New Tribes pour atteindre des groupes indigènes en dépit des restrictions gouvernementales, avant d’ajouter que ses missionnaires étaient cependant “des experts quand il s’agissait d’agir en sous-marin”.


Ni la FUNAI ni aucune autre organisation extérieure ne savaient que New Tribes avait été en contact avec les Zo’é pendant des années après les avoir rencontrés pour la première fois en 1987. Watson explique qu’elles n’ont découvert les faits qu’une fois la tribu décimée par des épidémies.
En réaction à la décision du juge, Camejo a déclaré que New Tribes répéterait à UNIVAJA et à la cour qu’elle ne travaillait pas avec des peuples isolés et qu’elle avait quitté la région à la date du 23 mars.


Si New Tribes Mission au Brésil évitait réellement de travailler avec des tribus isolées, conformément à la constitution brésilienne, elle se démarquerait de son partenaire américain : Ethnos360, qui publiait un magazine intitulé “Brown Gold” (L’or marron), déclare que son but est d’atteindre “jusqu’à la dernière tribu, où qu’elle se trouve”.


Un gouvernement d’extrême droite toujours plus dangereux


La FUNAI considère traditionnellement les missionnaires étrangers avec scepticisme, mais la protection des indigènes et des tribus isolées dans une région aussi vaste que l’Amazonie et dans un pays aussi grand que le Brésil est une mission difficile, même sous les meilleurs auspices.


Les groupes indigènes craignent que, dans le Brésil de Bolsonaro et Lopes Dias, la FUNAI n’essaie même pas de faire respecter les régulations visant à protéger les tribus indigènes et les populations isolées.


Bolsonaro est connu pour dénigrer les populations indigènes en les affublant de qualificatifs racistes et xénophobes. Se débarrasser des agences et des réglementations qui protègent les Brésiliens indigènes et l’Amazonie est l’un des principaux objectifs de sa présidence.


Des agences comme la FUNAI ont souffert de réductions budgétaires drastiques qui ont limité leur pouvoir exécutoire, et Bolsonaro, qui cherche à livrer l’Amazonie et les terres indigènes aux mineurs et aux agriculteurs, a intégré la FUNAI à un nouveau ministère des droits de l’homme dirigé par Damares Alves, pasteur évangélique conservateur et ancien missionnaire. (Le congrès brésilien a depuis retransféré la FUNAI au ministère de la justice.)


La première année de la présidence de Bolsonaro a été la plus noire de ces deux dernières décennies pour les populations indigènes, et les raids des mineurs, exploitants forestiers et autres industriels les ont exposées encore davantage, ainsi que leurs terres, aux risques de violence et de maladies infectieuses – avant même que la pandémie ne se déclare.


Les dirigeants de New Tribes Mission au Brésil se sont ouvertement réjouis de l’affectation en février de Lopes Dias, qui a été missionnaire pendant 10 ans pour le groupe, contrairement aux organisations et chercheurs tribaux, que la nouvelle a bouleversés.


Lopes Dias a fait des études d’anthropologie, mais selon l’anthropologue Matos, “son activité de missionnaire constitue sa seule expérience de terrain auprès des populations indigènes. Il s’agit d’un domaine extrêmement technique. Il faut impérativement connaître et comprendre les réalités spécifiques de ces populations. Nous n’avons jamais vu personne d’aussi radicalement opposé à la politique de la FUNAI à ce poste. Et le travail de missionnaire est aux antipodes de cette politique.”


Un tel opposant à la FUNAI n’aura aucun scrupule à en saper le travail encore davantage. Selon Matos, il lui suffirait de “fermer les yeux et de ne rien faire. Pour protéger quelqu’un ou quelque chose, vous devez agir. Vous devez interdire. Vous devez surveiller le territoire. Vous devez empêcher ceux qui envahissent ce territoire de le faire. Vous devez agir dans l’intérêt des populations à protéger. Vous devez agir pour protéger les terres.”


Après des années de ferme opposition de la part des tribus indigènes et du gouvernement brésilien, les mineurs, les exploitants forestiers et les industriels sont désormais ouvertement soutenus par Bolsonaro. Et ils en profitent largement : les raids illégaux de mineurs et d’exploitants forestiers, plus courants depuis l’arrivée au pouvoir du président d’extrême droite, ont continué au début de la pandémie. Comme le souligne Marcio Astrini, secrétaire exécutif de l’Observatoire du climat, une organisation environnementale à but non lucratif basée au Brésil, “ceux qui promeuvent la déforestation en Amazonie ne sont pas en quarantaine. Ils savent que le gouvernement et l’État baissent la garde pendant la pandémie.”


La nomination de Lopes Dias, que le ministère public fédéral du Brésil a essayé d’annuler en raison de son manque d’expérience, suscite de nombreuses craintes. Les groupes missionnaires ne risquent-ils pas d’estimer qu’ils sont tout aussi légitimes et de chercher à en profiter ? “Je suis persuadée que cela va les décomplexer”, a déclaré Watson.


Face au danger représenté par le coronavirus, les appels à respecter le désir d’isolation des tribus se sont multipliés, dans l’espoir que les missionnaires et ceux qui les financent comprennent le véritable motif de cette isolation : les contacts antérieurs des tribus avec des étrangers ont introduit des maladies qui les ont pratiquement décimées.


Andrew Miller, directeur chargé du plaidoyer chez Amazon Watch, une organisation à but non lucratif qui travaille avec les tribus indigènes du Brésil, le résume ainsi : “Tout le monde applique désormais la distanciation sociale, mais c’est ce que ces populations pratiquent depuis une centaine d’années. Cette distanciation sociale extrême est basée sur une expérience génocidaire.“
Mais même s’ils ont désormais quitté les terres indigènes, il est peu probable que les missionnaires fondamentalistes voient dans l’épidémie de coronavirus une raison d’arrêter leur prosélytisme. Pas pour longtemps en tout cas.
“La Bible les encourage à aller jusqu’aux confins, et les populations autarciques d’Amazonie correspondent plutôt bien à cette notion d’éloignement, explique Everett, l’ancien missionnaire. Ces fondamentalistes pensent que s’ils attendent un peu, beaucoup vont mourir avant qu’ils n’atteignent ces régions, et aller en enfer faute d’avoir été convertis. Les missionnaires estiment qu’il en va de leur devoir de se rendre là-bas pour sauver ces populations et que, s’ils meurent, ou si quelques indigènes meurent, c’est simplement leur destin”.

A voir

 

 

Dans un communiqué écrit en réponse aux questions du HuffPost, Eliana Camejo, porte-parole de New Tribes Mission au Brésil, nie que l’hélicoptère ait été en service au cours de cette période. Elle affirme que le vol du 23 mars a été enregistré et approuvé conformément à la réglementation brésilienne. Elle explique par ailleurs que New Tribes Mission au Brésil a appelé ses missionnaires à quitter les terres indigènes le 20 mars, et qu’ils ont tous respecté cet ordre. Faisant écho à Luz, elle fait remarquer que les missionnaires de New Tribes étaient déjà partis lorsque les premiers cas de Covid-19 ont été signalés dans la région.


Selon Camejo, New Tribes n’a “JAMAIS”essayé d’atteindre les populations isolées, et encore moins dans la vallée du Javari. Elle ajoute que les voyages organisés par l’association ont tous été autorisés par les leaders indigènes locaux d’une communauté avec laquelle son organisation travaille depuis 60 ans. Elle affirme enfin que New Tribes avait fourni cette information à O Globo avant que le journal publie son rapport, et que l’organisation a sollicité un droit de réponse dans ses colonnes.


Ethnos360 et New Tribes Mission au Brésil se sont associées pour acheter l’hélicoptère. Mais si les deux groupes sont des “organisations sœurs” qui “partagent des affinités” et les “mêmes objectifs”, Camejo affirme qu’elles sont dirigées et financées de manière indépendante. Elle conclut : “New Tribes Mission au Brésil est une organisation brésilienne, presque entièrement financée par des dons de l’Église évangélique brésilienne”.

 
Watson affirme qu’étant donné que les tribus indigènes de la vallée du Javari sont majoritairement opposées à la présence des missionnaires, elles seraient probablement au courant de la “poursuite discrète” des efforts de New Tribes pour atteindre des groupes indigènes en dépit des restrictions gouvernementales, avant d’ajouter que ses missionnaires étaient cependant “des experts quand il s’agissait d’agir en sous-marin”.


Ni la FUNAI ni aucune autre organisation extérieure ne savaient que New Tribes avait été en contact avec les Zo’é pendant des années après les avoir rencontrés pour la première fois en 1987. Watson explique qu’elles n’ont découvert les faits qu’une fois la tribu décimée par des épidémies.
En réaction à la décision du juge, Camejo a déclaré que New Tribes répéterait à UNIVAJA et à la cour qu’elle ne travaillait pas avec des peuples isolés et qu’elle avait quitté la région à la date du 23 mars.


Si New Tribes Mission au Brésil évitait réellement de travailler avec des tribus isolées, conformément à la constitution brésilienne, elle se démarquerait de son partenaire américain : Ethnos360, qui publiait un magazine intitulé “Brown Gold” (L’or marron), déclare que son but est d’atteindre “jusqu’à la dernière tribu, où qu’elle se trouve”.


Un gouvernement d’extrême droite toujours plus dangereux


La FUNAI considère traditionnellement les missionnaires étrangers avec scepticisme, mais la protection des indigènes et des tribus isolées dans une région aussi vaste que l’Amazonie et dans un pays aussi grand que le Brésil est une mission difficile, même sous les meilleurs auspices.


Les groupes indigènes craignent que, dans le Brésil de Bolsonaro et Lopes Dias, la FUNAI n’essaie même pas de faire respecter les régulations visant à protéger les tribus indigènes et les populations isolées.


Bolsonaro est connu pour dénigrer les populations indigènes en les affublant de qualificatifs racistes et xénophobes. Se débarrasser des agences et des réglementations qui protègent les Brésiliens indigènes et l’Amazonie est l’un des principaux objectifs de sa présidence.


Des agences comme la FUNAI ont souffert de réductions budgétaires drastiques qui ont limité leur pouvoir exécutoire, et Bolsonaro, qui cherche à livrer l’Amazonie et les terres indigènes aux mineurs et aux agriculteurs, a intégré la FUNAI à un nouveau ministère des droits de l’homme dirigé par Damares Alves, pasteur évangélique conservateur et ancien missionnaire. (Le congrès brésilien a depuis retransféré la FUNAI au ministère de la justice.)


La première année de la présidence de Bolsonaro a été la plus noire de ces deux dernières décennies pour les populations indigènes, et les raids des mineurs, exploitants forestiers et autres industriels les ont exposées encore davantage, ainsi que leurs terres, aux risques de violence et de maladies infectieuses – avant même que la pandémie ne se déclare.


Les dirigeants de New Tribes Mission au Brésil se sont ouvertement réjouis de l’affectation en février de Lopes Dias, qui a été missionnaire pendant 10 ans pour le groupe, contrairement aux organisations et chercheurs tribaux, que la nouvelle a bouleversés.


Lopes Dias a fait des études d’anthropologie, mais selon l’anthropologue Matos, “son activité de missionnaire constitue sa seule expérience de terrain auprès des populations indigènes. Il s’agit d’un domaine extrêmement technique. Il faut impérativement connaître et comprendre les réalités spécifiques de ces populations. Nous n’avons jamais vu personne d’aussi radicalement opposé à la politique de la FUNAI à ce poste. Et le travail de missionnaire est aux antipodes de cette politique.”


Un tel opposant à la FUNAI n’aura aucun scrupule à en saper le travail encore davantage. Selon Matos, il lui suffirait de “fermer les yeux et de ne rien faire. Pour protéger quelqu’un ou quelque chose, vous devez agir. Vous devez interdire. Vous devez surveiller le territoire. Vous devez empêcher ceux qui envahissent ce territoire de le faire. Vous devez agir dans l’intérêt des populations à protéger. Vous devez agir pour protéger les terres.”


Après des années de ferme opposition de la part des tribus indigènes et du gouvernement brésilien, les mineurs, les exploitants forestiers et les industriels sont désormais ouvertement soutenus par Bolsonaro. Et ils en profitent largement : les raids illégaux de mineurs et d’exploitants forestiers, plus courants depuis l’arrivée au pouvoir du président d’extrême droite, ont continué au début de la pandémie. Comme le souligne Marcio Astrini, secrétaire exécutif de l’Observatoire du climat, une organisation environnementale à but non lucratif basée au Brésil, “ceux qui promeuvent la déforestation en Amazonie ne sont pas en quarantaine. Ils savent que le gouvernement et l’État baissent la garde pendant la pandémie.”


La nomination de Lopes Dias, que le ministère public fédéral du Brésil a essayé d’annuler en raison de son manque d’expérience, suscite de nombreuses craintes. Les groupes missionnaires ne risquent-ils pas d’estimer qu’ils sont tout aussi légitimes et de chercher à en profiter ? “Je suis persuadée que cela va les décomplexer”, a déclaré Watson.


Face au danger représenté par le coronavirus, les appels à respecter le désir d’isolation des tribus se sont multipliés, dans l’espoir que les missionnaires et ceux qui les financent comprennent le véritable motif de cette isolation : les contacts antérieurs des tribus avec des étrangers ont introduit des maladies qui les ont pratiquement décimées.


Andrew Miller, directeur chargé du plaidoyer chez Amazon Watch, une organisation à but non lucratif qui travaille avec les tribus indigènes du Brésil, le résume ainsi : “Tout le monde applique désormais la distanciation sociale, mais c’est ce que ces populations pratiquent depuis une centaine d’années. Cette distanciation sociale extrême est basée sur une expérience génocidaire.“
Mais même s’ils ont désormais quitté les terres indigènes, il est peu probable que les missionnaires fondamentalistes voient dans l’épidémie de coronavirus une raison d’arrêter leur prosélytisme. Pas pour longtemps en tout cas.
“La Bible les encourage à aller jusqu’aux confins, et les populations autarciques d’Amazonie correspondent plutôt bien à cette notion d’éloignement, explique Everett, l’ancien missionnaire. Ces fondamentalistes pensent que s’ils attendent un peu, beaucoup vont mourir avant qu’ils n’atteignent ces régions, et aller en enfer faute d’avoir été convertis. Les missionnaires estiment qu’il en va de leur devoir de se rendre là-bas pour sauver ces populations et que, s’ils meurent, ou si quelques indigènes meurent, c’est simplement leur destin”.