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COUR ROYALE DE TENKODOGO : ENFIN LA FUMÉE BLANCHE !

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Après un séjour de 9 jours (3 au 11 mars) dans la famille des Bagagnan, le nouveau roi de Tenkodogo, Naba Djiguimpolé, puisque c’est ainsi qu’on l’appelle désormais, est officiellement connu. A l’état civil, il s’appelle Charlemagne Sorgho. Pour accéder au trône, la cour des Bagagnan fut un passage obligé pour lui. Pourquoi un tel internement ? Nous avons rencontré El hadj Boukaré Bagagnan, un des patriarches de la famille où le 29e dima de Zoungrantenga a suivi des rituels. Il explique.

Burkina24 (B24) : Quel lien existe-il entre la famille royale et la vôtre ?

El Hadj Boukaré Bagagnan (B.B) : Nos liens remontent il y a longtemps. Dans le temps, quand on nommait un chef, il ne pouvait pas régner pendant longtemps. Dans la famille royale c’était la raison du plus fort. Lorsque le roi est intronisé, un autre membre de la famille l’assassinait et prenait sa place.

En ce temps aussi, nos aïeux en provenance d’ailleurs se sont arrêtés à Ouagadougou. Il a été rapporté au Mogho Naba de l’époque que ces étrangers pourraient être la solution aux problèmes dans le royaume Moagha. En dépit de leur volonté de poursuivre le chemin, le Mogho Naba les en a empêchés en invoquant Dieu et son prophète (ndlr : les Yarsé sont des musulmans) et en leur offrant un lieu pour s’installer.

El Hadj Boukaré Bagagnan

El Hadj Boukaré Bagagnan

C’est ainsi que plus tard, il a demandé à une partie de s’installer à Tenkodogo. Ils ont transité par Yougoulmandé (Zorgho) avant d’arriver à Tenkodogo. A leur arrivée, le royaume n’avait plus de chef. Tout le royaume avait des problèmes. Il y avait la sécheresse et la vie était difficile. En l’absence du roi, c’était les plus anciens qui dirigeaient et ils s’apprêtaient à nommer un nouveau roi.

Nos grands-parents ont promis de résoudre le problème. Ils ont été installés dans un village appelé «Faïré» ou la liberté. Là ils ne cultivaient pas, ne payaient pas l’impôt et n’étaient soumis à aucun travail difficile. C’était les protégés de la famille royale.

A l’intronisation du nouveau roi, les Bagagnan ont demandé à la famille royale, de le faire séjourner chez eux pendant neuf jours au cours desquels ils l’ont soumis à certains rites afin d’éviter que d’autres prétendants ne puissent lui retirer la chefferie comme cela se faisait dans le temps.

Pendant ces jours, les chefs intronisés par le roi venaient faire allégeance et la famille royale venait aussi exécuter ses rites. C’étaient des festivités jusqu’à la fin des neuf jours. A l’issue des neufs jours, des sacrifices sont faits et le roi est remis aux siens.

Avant de rentrer chez lui, il fait escale à Nabasnogho, une cour située non loin de celle royale pour se désaltérer avant de continuer. Trois jours plus tard, nous y retournons.

Pour ce cas-ci, lorsque nous avons été informés, j’ai réuni la famille et nous avons accueilli le roi chez nous. J’ai procédé aux rites très tôt le matin. Nous lui avons conseillé d’être clément, rassembleur, hospitalier, de nourrir à satiété l’étranger et d’avoir de la pitié pour ses sujets car il est incontestable que c’est lui le roi de Tenkodogo.

Nous lui disons également que le roi d’un aussi grand royaume comme Tenkodogo ne doit pas diviser ses populations. C’est un des interdits du royaume. Une femme de la cour royale ne doit pas non plus vendre du Tô (ndlr : pâte de céréales). Une femme qui refuse et le fait va mal finir. Nous lui demandons de suivre nos conseils sinon son règne ne sera pas heureux.

B24 : Qui participe à l’intronisation ?

B.B : Deux autres chefs et le patriarche Bagagnan sont chargés de l’intronisation du roi (le Kiogho Naaba, et Tounguelsé). Chaque matin et soir je suis chargé de faire un rituel jusqu’à la fin de son séjour.

Le roi est intronisé avec une fille appelée Napoaka. Elle subit à peu près les mêmes rites que le roi. Elle ne séjourne pas dans la même cour que le roi mais à Nakomtenga. Pour tout ce que nous faisons, c’est comme si nous étions de la même famille.

Nous nous portons assistance à l’occasion des situations malheureuses et heureuses. Quand le roi retourne dans sa famille, dans les 5 ou 6 mois suivants, il doit nous donner, en retour, une fille en mariage choisie parmi les princesses. Pour cette fille, nous ne sommes pas obligés de faire la cérémonie de demande de main comme le ferait les autres ethnies. Nous l’accueillons chez nous et nous faisons le mariage religieux musulman.

Tous les vendredis, nous sommes tenus d’aller faire des bénédictions au roi et lui rappeler comment régner dans la droiture. Le jour de la tabaski, nous partons dans la cour royale avec des présents (mouton, coq, riz) pour lui souhaiter bonne fête. Il nous donne un bœuf à immoler selon un cérémonial donné.

Quelques parties de l’animal nous reviennent et le roi nous les fait apporter. Outre cela, très souvent, il nous fait apporter de la cola, du riz, du mil ou du maïs et des condiments. Il faut reconnaitre que cela se faisait du temps de nos grands-parents du fait qu’il leur était strictement interdit de cultiver.

C’était le roi qui pourvoyait à leurs besoins en nourriture. Mais le fait que nous devenions de plus en plus nombreux et que les récoltes n’étaient plus abondantes dans la cour royale, il nous a été octroyé un terrain pour la culture et nous produisons tout ce que nous consommons.

J’ai dit que la famille royale et la famille Bagagnan sont devenues une seule famille du fait que s’il n’y avait pas la paix dans une famille et que de par votre action cette famille s’épanouit, vous en devenez un membre.

Les gens de Doubré (famille Zabsonré) sont les guerriers. Au moment où le nouveau roi est chez nous, ce sont eux qui s’organisent pour garder la cour. C’est comme une armée d’aujourd’hui. Pendant les funérailles du roi, un cheval est utilisé pour faire une procession autour de la cour royale et autour du marché.

Ce cheval est remis à la famille Zabsonré pour être immolé. Au décès du chef, nous avons des sacrifices que nous faisons avant qu’on ne fasse ses funérailles. Il est réservé un endroit dans la cour pour les fétiches royaux. Ce sont des fétiches que nous n’avons pas le droit de toucher. C’est le Naam Tiibo ou le fétiche de la royauté.

B24 : La suite après chez vous ?

B.B : Après son séjour dans notre cour, il devient le Dima. Après ici, il va à Nabasnogho où il fait quelques rites avant de rentrer chez lui après avoir accompli encore quelques rites.

Au huitième jour, nous le sortons à la porte et sa famille dans la joie vient le chercher dans ses habits d’apparats.

Propos recueillis par Martin OUEDRAOGO

Correspondant de Burkina24 à Tenkodogo

 

Post-scriptum: 
Le nouveau roi, Naba Djiguimpolé en train d’effectuer des rites

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