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Cuba, championne olympique de solidarité

Cuba, championne olympique de solidarité

Il était une fois un petit pays des Antilles que la plus grosse puissance militaire au monde n’aimait pas, mais pas du tout. Alors, elle le qualifiait de pays voyou, de pays terroriste, elle disait même qu’il représentait une menace pour la paix dans le monde. Depuis plus de soixante ans, elle tentait de l’étouffer, de l’asphyxier jusqu’à ce que mort s’en suive. Elle a donc érigé, autour de cette île, un véritable blocus commercial et économique et elle va même jusqu’à arraisonner les bateaux qui s’en approchent, soit parce qu’ils sont en affaires avec ce pays, soit parce ces bateaux et leurs passagers veulent tout simplement passer quelques heures ou quelques jours sur cette île pour y découvrir ses trésors.

Or, voilà qu’un bateau de croisière, le MS Breamar, propriété d’une entreprise britannique, avec plus de mille personnes à bord — 682 passagers et 381 membres d’équipage —, croisait tout près de Cuba, quelque part dans la mer des Caraïbes. Ce bateau était plus ou moins en perdition car il y avait parmi les vacanciers cinq personnes atteintes du coronavirus Covid-19 et quelques autres en quarantaine. Le capitaine avait frappé à quelques portes des alentours mais personne ne voulait accueillir les pestiférés pour qu’ils puissent regagner leur pays, la Grande-Bretagne, le plus rapidement possible et dans des conditions sécuritaires.  

Sûrement qu’un médecin à bord du bateau errant avait déjà entendu toutes sortes d’histoires à propos de Cuba. Vous savez comment ils sont les médecins, ils se partagent tous les secrets du métier. Or, cette île accueillante s’était taillé une solide réputation en matière d’aide internationale. Plus de 28 000 professionnels cubains de la santé sont à pied d’œuvre dans 34 pays, dont plusieurs ont rapporté des cas de patients atteints du nouveau coronavirus. Un médecin bien informé, quelle que soit sa nationalité, doit savoir que les médecins cubains se sont illustrés dans la lutte à l’Ébola, en Afrique occidentale, en 2014, ou lors du terrible tremblement de terre en Haïti, en 2010, pour ne mentionner que ces deux événements.  

Fort de ces témoignages, si nombreux qu’ils doivent bien renfermer quelque vérité indéniable, le médecin du bord a dû convaincre le capitaine de prendre contact avec les autorités cubaines pour voir si cette opération humanitaire pouvait avoir lieu en sol cubain, ce pays soi-disant voyou qui supporte un autre pays soi-disant voyou, le Venezuela, un autre que l’empire étatsunien a dans sa mire. Et le gouvernement cubain a accepté sans hésiter. Les Cubains, ce sont comme ces bons gars qui sont toujours prêts à donner un coup de main, à aider leur voisin dans le besoin, sans jamais calculer ce qu’il va leur en coûter. Il y en a peu mais ils sont vrais.  

Bien sûr, les plus grandes mesures de sécurité ont été mises en place. L’opération a duré plusieurs heures. J’imagine le casse-tête que cela représentait de déplacer par autobus tout ce monde, du port de Mariel, en banlieue de la Havane, jusqu’à l’aéroport José Marti de La Havane, sans nuire aux activités habituelles de l’aéroport international et sans mettre en péril la santé des autres passagers.  

Entre-temps, l’Angleterre avait envoyé quatre gros porteurs — dont un avion-hôpital —, qui sont finalement partis les uns à la suite des autres, dans la soirée de mercredi à jeudi. Mission accomplie. Ils étaient nombreux les passagers du bateau errant à remercier Cuba en montant l’escalier menant aux aéronefs, posés sur la piste du terminal 5 de l’aéroport de La Havane. Peut-être auront-ils le goût de revenir, un jour, dans ce petit pays « bloqueado », qui, malgré toutes les difficultés et privations, a su faire preuve d’une générosité et d’une solidarité exemplaires ?

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