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DE L’INCESTE IDEEL ET REEL, VARIATIONS PRE-EUROPEENNES MAORI ET HAWAIIENNES

par Serge DUNIS (Professeur à l’Université de la Polynésie française)

Pour ces Mélanges en hommage à Jean BERNABE qui fut non seulement mon collègue et mon ami pendant les cinq belles années de mon existence à la Martinique, mais aussi mon témoin de mariage à Fort-de-France, j’ai choisi de disserter sur la magie conjugale et anthropologique des moitiés…

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Pour ces Mélanges en hommage à Jean BERNABE qui fut non seulement mon collègue et mon ami pendant les cinq belles années de mon existence à la Martinique, mais aussi mon témoin de mariage à Fort-de-France, j’ai choisi de disserter sur la magie conjugale et anthropologique des moitiés…

Tout n’était que ténèbres, te Po, au début du monde maori. Rangi le ciel père et Papa la terre mère n’en finissaient pas de s’enlacer. La scène archaïque paraissant interminable, six des soixante-dix fils divins décidèrent de séparer leurs parents. Ce fut le plus incestueux d’entre eux, Tane, qui réussit à repousser le ciel en prenant appui sur la tête ! Et la lumière fut ! La morale de cette histoire orale consiste moins pour nous à reconnaître l’environnement actuel qu’à réfléchir sur cette idée de couper le monde en deux parties égales, le ciel et la terre, deux moitiés, deux jumeaux, devrions-nous dire, puisque les voilà pourvus d’un sexe : le ciel est mâle, la terre femelle. La genèse s’ouvre donc sur un inceste gémellaire.

Libéré de son père, Tane part à la découverte de la terre mère dans l’espoir de rencontrer une partenaire digne de lui. Las, il copule avec moult formes de vie, plantant ainsi le décor de la faune et de la flore, mais ne parvient jamais à trouver sa moitié… Le ciel infirme (Tane lui a sectionné les bras pour desserrer radicalement l’étreinte primordiale), mais non rancunier, souffle alors à son fils de se rendre jusqu’à la plage de te Puke, Mont de Vénus de Papa la terre mère. Tane y façonne la première femme objet : Hine ahu one, sa partenaire de sable qui est aussi sa demi-sœur. Elle lui donne Hine titama et d’autres filles. Tane s’unit à sa fille aînée et obtient d’autres filles encore.

Hine titama comprend qu’elle a été incestuée et décide d’abandonner le monde de la lumière pour se réfugier dans le giron de la terre mère où elle prendra désormais soin des âmes des futurs mortels. La déesse psychopompe s’appellera dès lors Hine nui te Po, grande Dame des ténèbres. Surgit l’espiègle Maui. Prématuré socialement barré par sa naissance de petit dernier, le demi-dieu tourne la hiérarchie en multipliant les exploits. Pêcheur de génie, il hisse l’île Nord de la Nouvelle-Zélande et fait don de sa pirogue : l’île Sud. Grisé par ses aventures, Maui ne veut pas mourir. Mué en petit oiseau, il entend trancher le cœur de la déesse chthonienne en pénétrant par le vagin… Hine nui te Po se réveille en sursaut et étouffe notre héros au moment où il passe la tête dans son intimité…

Le plus prestigieux des demi-dieux vient d’être sexuellement immolé. Le message est clair : Tane peut prendre l’initiative de l’inceste en prélevant une partie du sexe de la terre mère, il peut copuler avec sa créature terrestre, coucher avec sa fille. Rien ne lui arrive. Il est invulnérable. Mieux, sur le mode métaphorique, il poursuit à jamais ses incestes en partageant également son temps entre l’exploration de son père le ciel et de sa mère la terre. Quant à Maui, il rejoint Hine nui te Po dans un même sacrifice chthonien. Ce sont bel et bien deux moitiés, l’une masculine, l’autre féminine, dont la chute souterraine établit un brutal départ entre l’inceste permis aux débuts du monde et l’inceste interdit pour toujours. A ces moitiés dissociées, il convient d’opposer Tane, incarnation de ses parents qu’il a désunis. Créature bivalente, à la fois ciel et terre, homme et femme, il est l’ancêtre des chefs et prêtres qui, à sa suite, pourront seuls se risquer dans l’espace tabou de la levée des prohibitions frappant la très réelle terre mère de la cueillette, de la chasse, de la pêche et de l’agriculture…

L’inceste inévitable, l’inceste fondateur, n’a rien à voir avec l’inceste interdit. Nous venons de quitter le monde de la création ex-nihilo propre à Tane pour entrer dans le monde de la reproduction. Trois générations ont suffi pour passer des immortels aux mortels, via la logique transition du demi-dieu. L’imaginaire du mythe de création installe la hiérarchie maori, l’idéel engendre le réel. Qu’en était-il à Hawai’i, autre sommet du triangle polynésien articulé sur son centre de gravité, la Polynésie aujourd’hui française ? C’est en effet du milieu de l’Océan pacifique, tiers liquide du globe, que les maîtres d’astres et de navigation ont jadis poussé leurs pirogues jusqu’à 4000 km au nord, Hawai’i, 4000 km à l’est, Ile de Pâques et 4000 km au sud-ouest, Nouvelle-Zélande. Ils s’aidaient principalement des étoiles, mais aussi des houles, des nuages et des oiseaux.

Or à Hawai’i, comme en Egypte, l’inceste n’était pas seulement fantasmé pour confectionner l’étoffe sociale à la manière du tapa, il était vécu, consommé, recommandé. L’idéal voulait qu’en haut lieu, le frère jumeau épousât sa sœur jumelle. A défaut, le frère épousait sa sœur, ou sa demi-sœur, toute une gradation des incestes établissant la gamme des possibles. Le grand chef ni’aupi’o naissait donc de l’union du frère et de la sœur. Si un ni’aupi’o épousait une ni’aupi’o, l’héritier de leur fils et fille n’était plus humain, mais divin. A Hawai’i, on ne mourait pas d’inceste comme en Nouvelle-Zélande à la suite de Maui, on retrouvait l’éternité par et dans l’inceste ! On renversait le sablier du temps ! D’ailleurs, la scène archaïque du sommet du triangle polynésien n’accouple plus le ciel et la terre maori, couple nécessaire à l’irruption incestueuse, elle apparie le soleil triomphant de midi et la terre déjà débarrassée de son ancien partenaire céleste. Deux variations d’une même culture polynésienne, à 4000 km l’une de l’autre par rapport à leur point d’origine, permettent de passer du fantasme à l’acte ! La gémellité incestueuse se confond avec le début du monde. Unique et fondatrice d’Histoire en Nouvelle-Zélande, elle est multipliée au gré des dynasties à Hawai’i. Il faut et il suffit de reconstituer l’union superlativement égalitaire de deux époux jumeaux pour refaire la totalité du monde d’avant la séparation, la dualité, la reproduction.

Le dieu, c’est l’incestueux qui se dédouble, la totalité devenue duelle, sexuelle. Ancêtre des chefs et prêtres maori, semence primordiale, Tane ne faisait que monopoliser les pouvoirs de reproduction du monde. Le roi hawaiien du Kumulipo, hymne à la création, englobe tout l’univers, de l’infime polype corallien à l’humain migrateur. Il est l’infinité des êtres et leur principe d’union sexuelle. L’inceste qui le produit fonde la dynastie, répétition que Maui entérine à Hawai’i en cessant de périr dans le vagin maternel pour, au contraire, y entrer et en sortir à loisir ! Wakea, l’astre du jour à son zénith, s’unit à Papa la terre mère. Naissent Hawai’i, la Grande Ile éponyme et Maui, l’île de l’espiègle. Wakea trompe son épouse avec leur fille, Pleine Lune, naissent Lana’i et Moloka’i. Papa reconquiert sa place et donne naissance à O’ahu, Kaua’i et Ni’ihau ; l’archipel est complet. Le roi du septentrion maîtrise la terre de jour comme de nuit. Comment pourrait-il perdre son auto-suffisance ? Comment éclipser cet astre incandescent qui ne sortait que la nuit pour ne pas abuser des prosternations de ses sujets ?

Par féminisation ! La femme ne représentait-elle pas l’ombre même de l’homme ? L’oblation de la valence féminine faisait perdre toute autonomie ! Les femmes n’étaient d’ailleurs jamais immolées. La redondance eût été rédhibitoire. Le sacrifice humain était toujours masculin. Il s’opérait au luakini, temple de guerre dont le nom évoque le trou, lua, multiple, kini, de la mort vaginale néo-zélandaise de Maui. Encore un passage à l’acte ! L’homme était offert en même temps que ses équivalences : cochons, bananes, noix de coco, autant de nourritures interdites aux femmes, excepté, précisément, à la mort du roi. Que fait Keoua, dernier rival des six royaumes de la Grande Ile, en acceptant l’invitation de Kamehameha, l’unificateur politique inspiré par la venue de Cook ? Son avant-garde vient d’être décimée par une éruption de Pele, déesse des volcans, incarnation de la toute puissance de la terre mère. Il se tranche le prépuce, anticipant ainsi sa propre oblation sur l’autel du dernier temple érigé aux normes pré-européennes par le Napoléon d’Hawai’i. L’œil de l’immolé était consommé, car au nord comme au centre du triangle polynésien, la magie peut toujours ré-associer esprit et corps des trépassés… Or l’œil est la source de cet esprit. Chacun sait que même de nos jours, l’extérieur de toutes les maisons tahitiennes reste éclairé de nuit afin de tenir en respect ces menaçants tupapa’u. Le sacrifice humain était abandonné à la putréfaction, nauséabonde mise en évidence de sa finitude.

Le roi que l’inceste n’avait pas immortalisé sui generis avait droit à l’apothéose dont, par définition, le rituel permettait de transcender la mortalité. La dépouille était ensevelie dans une fosse peu profonde d’une trentaine de centimètres au-dessus de laquelle s’entretenait un brasier dix jours durant. L’opération facilitait le décharnement dont le produit était brûlé ou jeté très loin en mer. Réduite à la portion congrue par cette foudroyante accélération, la corruption n’avait pas le temps d’entamer le monarque dont la partie immortelle, les os, finissait au plus secret de la falaise accore, hors d’atteinte des pilleurs de tombes. Ainsi s’élucide la valeur des plumes rouges du phaéton. Le bel oiseau pélagique ne vient à terre que pour se reproduire dans les cavités inaccessibles des falaises à-pic qui matérialisent si bien le danger encouru à s’approcher du roi. Il se lance alors dans des ballets aériens où ses deux caudales rivalisent avec les ailes pour triompher du vide et parvenir à poser des pattes inadaptées au sol. La reproduction du paille-en-queue, son autre nom, s’effectue en toute promiscuité avec les ossements royaux. Puis l’oiseau hiératique repart hanter les solitudes sub-tropicales où les chairs divines ont été abîmées. Cook eut droit à ce rituel.

Le navigateur anglais s’ennuyait à Greenwich. Porté par les saisissants progrès qu’il venait de faire accomplir à notre connaissance du monde en dressant la carte du Pacifique au cours de ses deux premiers voyages, il repartit. Mais le charme était rompu. A Moorea, il se lança dans des représailles indignes et trouva Kaua’i et Ni’ihau sur sa route vers l’hypothétique détroit d’Anian censé ouvrir un raccourci vers l’Europe par le pôle Nord ! Il buta contre la banquise et descendit sur l’archipel d’Hawai’i dont il avait redécouvert l’ouest à l’aller. Son retour se fit donc par l’est, en conformité avec le sens giratoire du Festival Makahiki. Dédié au dieu de l’agriculture Lono, ce haut-fait social total faisait le départ entre la partie chômée de l’année rythmée par la procession et la partie active régie par le roi. Au retour des pluies, le monarque s’effaçait derrière Lono qui fécondait la terre mère. La noix de coco royale était brisée. La collecte des tributs pouvait commencer. Toutes les divisions foncières étaient ponctionnées par le défilé qui faisait halte à chaque ahupua’a, l’autel limitrophe où s’entassaient les dons. La procession potlatch faisait le tour de l’île dans le sens des aiguilles du chronomètre qui venait de permettre à Cook de conjuguer latitude et longitude.

Portion découpée dans le gâteau de l’île, le territoire éponyme de son autel ostentatoire voyait s’activer la réciprocité typiquement polynésienne entre le côté mer et le côté montagne. Il était pillé si ses contributions s’avéraient insuffisantes. L’insécurité de tenure était fondamentale : le roi hawaiien disposait de la terre, avait le monopole des généalogies. C’est pour avoir sous-estimé cette éminente dimension économique du Festival Makahiki que Marshall Sahlins et Gananath Obeyesekere se sont affrontés à satiété sur l’interprétation de la mort de Cook. D’un côté Sahlins restait obnubilé par la moindre coïncidence entre le périple de l’explorateur et l’étiquette de la procession (à la manière de Valerio Valeri épuisant le détail rituel du temple), de l’autre Obeyesekere sacrifiait à la facilité iconoclaste de l’homme de couleur dressé contre le maître anthropologue blanc. Les sources du Sri-Lankais n’étaient pourtant pas innocentes : il est notoire que John Charlot, de formation théologienne, a toujours nié que les rois hawaiiens aient pu être considérés comme des dieux, de même que Lynne Withey ne brille point par son exactitude historique.

Revenons-en donc aux faits. James Cook arrive bel et bien à Hawai’i en pleine période Makahiki. Il est à l’ouest de l’archipel début 1778, à l’est en fin d’année et début 1779. Lorsqu’il refuse d’accoster au large de Maui et contourne la Grande Ile jusqu’à la Baie de Kealakekua (sentier des dieux), il offre une véritable réplique marine à la progression terrestre circulaire de Lono dont la suite amasse les richesses insulaires. Le temple d’Hikiau (temps retrouvé) où le navigateur est accueilli est le lieu où se remisent les accessoires du Festival dont la fameuse voilure de tapa mâtée. Certes, l’archipel a déjà connu des unifications politiques qui expliquent que le tour de l’île et pas seulement l’inspection d’un ou plusieurs royaumes ait été possible, mais la ressemblance entre l’idole et un mât européen est frappante. Qui a influencé qui ? Cook, très au fait des réalités polynésiennes depuis une décennie, au point qu’il était pris pour un roi du triangle en débarquant en Mélanésie (Matthew Spriggs), se rend très vite compte que l’afflux des pirogues à Kealakekua est exceptionnel. Il a des références : la flotte de guerre tahitienne l’avait beaucoup impressionné. Pendant quinze jours, les deux bateaux britanniques sont comblés de dons. Leur départ soulage les îliens.

Une tempête de la saison des pluies va alors tenir le rôle principal, comme dans la pièce de Shakespeare… Elle brise le mât de misaine et force Cook à revenir… L’explorateur sait que Kealakekua est exsangue et que la réciprocité belliqueuse rendue célèbre par Marcel Mauss exige de revenir avec des contre-dons égaux ou supérieurs. Sous peine de déclencher ce que masque cette idéologie de l’honneur exacerbé : la guerre ! Les événements se précipitent : par compensation, les Hawaiiens indisposés se sont emparés d’une chaloupe. Non pour ses qualités de navigation nullement enviées par ces piroguiers émérites, mais pour ses ferronneries : les Polynésiens ignoraient les métaux. Cook prend les choses en main, veut garder le grand chef en otage, tactique risquée qui lui a pourtant toujours réussi. Mais il a perdu toute autorité et, dans la foule déchaînée, succombe sous les coups répétés de la dague de fer du contact… Le fils du brassier écossais vient de s’insérer dans le continuum du roi au dieu. Kealakekua n’était pas seulement la demeure de la déité de l’agriculture issue comme Cook de l’espace-temps de Kahiki, Kealakekua était également le lieu du crime passionnel de Lono i ka makahiki, roi qui n’écoutait ni prêtres ni conseillers et rossait sa reine. Poussé par la jalousie, il avait fini par tuer cette dernière et, fou de remords, arpentait Hawai’i, Maui, O’ahu. Il perdit la raison sur Kaua’i, mais, contrairement à Lear, recouvra équilibre et royaume, instaura même le Festival Makahiki en hommage à sa reine.

La mort du capitaine Cook en ce 14 février 1779, allusion surréaliste à la Saint-Valentin, clin d’œil cocasse à notre modeste contribution placée sous le signe de la rencontre amoureuse à la Martinique, illustre à son tour le va-et-vient permanent que nous opérons entre idéel et réel. Selon le bon mot de Bernard Smith, le noble sauvage devient ignoble après ce meurtre prétexte à dépêcher les missionnaires, mais il illustre surtout l’importance capitale du rapport à la terre en Polynésie. Nous conclurons donc sur le sacrifice, non pas solennel, mais prosaïquement territorial du transgresseur maori.

La prohibition de l’inceste gérait en effet la répartition des populations néo-zélandaises pré-européennes. Il était interdit à Ego, l’individu de référence de tous les diagrammes de parenté, d’épouser sa sœur, sa première et sa deuxième cousine. Pourquoi ? Les Maori vivaient en familles étendues groupant trois générations sur un même territoire. Ego considérait que ses oncles et tantes étaient des pères et mères au même titre que ses géniteurs. Premières et deuxièmes cousines étaient donc des consanguines partageant avec lui les mêmes ressources foncières. Pareil inceste était impensable ! Il convenait de mettre en valeur toutes les aires de cueillette, de chasse, de pêche et d’agriculture. Un groupe vaincu qui parvenait à prendre le maquis maintenait d’ailleurs ses feux, préservait son lien organique avec la terre. Pouvoir prendre épouse à partir de la troisième cousine signifiait donc qu’Ego était voué à l’exogamie, devait sortir du moule familial et territorial afin d’éviter toute pression démographique et incestueuse. Cognatique, le système de parenté polynésien reconnaissait aussi bien la lignée maternelle que la lignée paternelle. Ego avait donc intérêt à ne pas se priver d’un choix qui assurait une efficace ventilation des populations, mobilité que parachevait l’adoption dans un système où trois générations vivaient en parfaite homogénéité. D’où l’engouement contemporain pour adopter les petits Tahitiens disponibles.

Ainsi s’achève notre méditation sur l’inceste permis et l’inceste interdit qu’il ne faut ni confondre ni idéaliser, car le Maori qui s’aventurait en dehors de ses terres subissait le sort non pas idéel, mais réel de Maui : il était immolé dans un trou figurant le vagin denté de la terre mère, au pied d’un poteau phallique. Il subissait ainsi le même sort que le premier homme sacrifié au pied de l’arbre dans lequel allait être sculptée l’idole principale du temple de guerre hawaiien, il subissait le même sort que le deuxième homme sacrifié dans le trou de fondation de l’idole fichée au lieu le plus sacré du temple… En s’écroulant, l’arbre indiquait les terres à conquérir, à ferrer comme le poisson de Maui, le poisson réel ou humain de l’oblation. En succombant par féminisation, l’immolé préfigurait le sort du roi à vaincre, du dieu à priver de sa bivalence, car on ne peut jamais faire les choses à moitié, à moins d’être un simple humain…

{{BIBLIOGRAPHIE}}

{Serge DUNIS, Sans Tabou Ni Totem, inceste et pouvoir politique chez les Maori de Nouvelle-Zélande, Paris, Fayard, 1984, 460 p.

Serge DUNIS, Ethnologie d’Hawai’i, homme de la petite eau, femme de la grande eau, Paris, Presses Universitaires Créoles-L’Harmattan, 1990, 379 p.

Serge DUNIS, dir., Le Pacifique ou l’odyssée de l’espèce, bilan civilisationniste du grand Océan, Paris, Klincksieck, 1996, 431 p.

Serge DUNIS, dir., D’Ile en Ile Pacifique, Paris, Klincksieck, 1999, 422 p.

Marcel MAUSS, Essai sur le Don, forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques, pp. 143-279, in Sociologie et Anthropologie, Paris, P.U.F., 1973, 482 p.

Gananath OBEYESEKERE, The Apotheosis of Captain Cook, European Mythmaking in the Pacific, with a new afterword by the author, Princeton University Press, Bishop Museum Press, 1997, 313 p.

Marshall SAHLINS, Historical Metaphors and Mythical Realities, Structure in the Early History of the Sandwich Islands Kingdom, 1981, Association for Social Anthropology in Oceania, The University of Michigan Press, 84 p.

Marshall SAHLINS, Islands of History, Chicago and London, The University of Chicago Press, 1985, 180 p.

Bernard SMITH, European Vision and the South Pacific, New Haven and London, Yale University Press, second edition 1988, 370 p.

Matthew SPRIGGS, The Island Melanesians, Oxford, U.K., Cambridge, U.S.A., Blackwell Publishers, 1997, 326 p.

Valerio VALERI, Kingship and Sacrifice, ritual and society in ancient Hawaii, Chicago and London, The University of Chicago Press, 1985, 446 p.}