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Edena a puisé deux fois plus d'eau qu'autorisé pendant 3 ans

Edena a puisé deux fois plus d'eau qu'autorisé pendant 3 ans

Environnement. Depuis 2015, Edena a consciemment doublé ses prélèvements d'eau dans deux sources de Mafate sans en informer la préfecture. L'entreprise se justifie par l'augmentation de la demande du marché.

Le leader de l'eau en bouteille à La Réunion n'a pas fait dans la dentelle. Depuis 2015, Edena a volontairement puisé deux fois plus d'eau que ce qu'elle est autorisée à le faire dans la source Blanche et la source Denise. Deux sources situées à la sortie du cirque de Mafate, la première à l'aplomb de Dos-d'À‚ne alors que la seconde est située plus en aval, qui permettent de produire notamment l'eau Edena et Bagatelle.

C'est à l'occasion d'un contrôle réalisé au mois de mai dernier que la préfecture s'est aperçue des libertés prises par Edena. Selon l'arrêté préfectoral de 2013, le groupe est autorisé à capter 45 millions de litres par an « pour la somme des eaux souterraines prélevées sur les sources Denise et Blanche ». Mais les inspecteurs ont « constaté que la société Edena prélève depuis 2015 un volume supérieur au double des valeurs limites de prélèvements autorisées », précise l'arrêté de mise en demeure rendu public hier.

Lors de ses échanges avec la préfecture, Edena n'a pas cherché à camoufler la réalité. L'entreprise située à La Possession, à proximité de la rivière des Galets, « avait la pleine connaissance de la situation irrégulière depuis 2015», précise l'arrêté préfectoral. Elle n'a d'ailleurs pas remis en cause « le bien fondé des propositions de l'inspection ».

L'augmentation des prélèvements se superpose avec le rachat par le groupe mauricien Phoenix Beverages Limited. L'opération avait été annoncée en août 2015 puis validée par l'autorité de la concurrence en février 2016.

Contactée, Edena se fait discrète. « La procédure est toujours en cours avec la préfecture », justifie la direction marketing. Celle-ci confirme néanmoins avoir dépassé les seuils autorisés depuis trois ans car les « ventes ont énormément augmenté ». En 2016, le chiffre d'affaires était de 37 millions d'euros et les effectifs s'élevaient à 92 salariés.

Si elle a consciemment dépassé les limites autorisées, Edena n'a jamais cherché à régulariser sa situation. L'entreprise est pourtant certifiée Afaq ISO 14001 pour la qualité de son « management environnemental ». Fait aggravant, même son unité de production n'est pas déclarée correctement. Elle est calibrée pour préparer plus de 20 000 litres de boissons par jour, et, là encore, la préfecture n'était pas informée.

Au-delà des libertés prises par la société pour répondre aux demandes du marché et améliorer ses résultats, les conséquences sur le débit de la rivière des Galets et la vie aquatique seraient mineures. Les prélèvements excédentaires s'élèvent en moyenne à quelques litres par seconde alors que le débit de la rivière est habituellement compris entre 400 et 600 litres seconde. Ils sont également très faibles au regard des 6 millions de mètres cubes puisés chaque année dans cette rivière du Port pour les usages industriels et domestiques.

Edena a 48 heures pour revenir aux seuils de prélèvements autorisés en 2013 et respecter ainsi la mise en demeure préfectorale. Elle devra ensuite déposer un dossier à la préfecture, réaliser une étude d'impact ou d'incidence environnementale, pour obtenir l'autorisation de puiser davantage d'eau dans les sources de Mafate.

Edena et le mythe de la pureté

La conscience tranquille. Depuis trois ans, Edena capte - sans pompage - deux fois plus d'eau qu'elle ne le devrait dans la source mafataise, quitte à épuiser Denise. Pour l'enseigne rachetée par le groupe mauricien Phœnix Beverages Limited en 2015 au groupe Marbour, cela coule de source. Si le groupe reconnaît l'entorse faite à la réglementation, il juge l'impact sur la ressource suffisamment minime pour continuer ses pratiques illégales au regard du code de l'environnement. Mais tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se brise sur le mur de la légalité. La préfecture a sommé vertement l'entreprise de corriger le tir.  C'est le minimum que l'on puisse attendre d'une entreprise qui s'est implantée sur le marché péi en 1972 en misant sur sa “pureté et sa qualité”, “source d'énergie vitale des Réunionnais”. L'entreprise, installée aux abords de la rivière des Galets, avait même été reconnue et certifiée, au début des années 2000, pour ses pratiques respectueuses de l'environnement. Edena fut la première entreprise réunionnaise doublement certifiée ISO 9001 (exigence de la qualité et la démarche d’amélioration continue de la société) et ISO 14001. Son engagement a également été reconnu et récompensé par le Prix Qualité, décerné en 1999 par la DRIRE (actuelle DEAL). L'éthique managériale aurait-elle changé depuis le rachat ? D'aucuns l'auraient laissé entendre... On baignait alors en plein régionalisme économique.

ENVIRONNEMENT : EDENA RÉPOND AU JIR

Retour aux sources

Suite à l’article paru dans notre édition du mardi 21 août, l'entreprise Edena a souhaité, a posteriori, apporter les précisions suivantes en faisant valoir l'article 13 de la loi de 1881 sur la liberté de la presse, leur octroyant un droit de réponse qui ne remet pas en cause nos informations. En voici le contenu.

"À ce jour, les ressources qu’Edena utilise ne représentent pas plus de 5 % de la capacité des sources Denise et Blanche. Sur ces 2 dernières années, l’entreprise a répondu aux besoins croissants des Réunionnais, notamment lors des épisodes cycloniques où elle a constitué un stock de sécurité important dans une logique d’intérêt publique. De plus, Edena est un support et un complément au réseau public qui, dans certaines communes, connaît des problématiques lors des épisodes pluvieux, même hors période cyclonique. Consciente des besoins croissants de la population, la société Edena a prospecté en amont pour diversifier ses ressources. À ce titre, un projet de nouvelle ressource a été initié en 2011 et est en cours de finalisation après plusieurs années de démarches administratives, habituelles sur ce type de dossier. L’exploitation d’une nouvelle source permettra à Edena de pouvoir répondre aux besoins de la population, sans pour autant impacter son environnement. De plus, dès mars 2016 lors du rachat d’Edena par Phœnix Beverages, l’entreprise a amorcé le processus de régularisation en contractant un bureau d’études indépendant pour l’accompagner dans cette démarche via une demande d’autorisation auprès de la préfecture. En parallèle de ces démarches administratives, Edena a toujours été soucieuse de la protection de son environnement et à ce titre, s’est toujours attachée à réduire au maximum ses ratios de consommation d’eau. Pour ce faire, depuis le rachat d’Edena par Phœnix Beverages en 2016, l’entreprise a réduit de 31 % son ratio de litres captés par litres de produits finis fabriqués. Edena met tout en œuvre pour compléter sa mise en conformité, dans les plus brefs délais."

Chargeur d'lo

Le droit de réponse accordé à Edena n'enlève rien aux informations parues mardi. Edena a bien capté deux fois plus d'eau dans les sources mafataises, Denise et Blanche, qu'elle n'y était autorisée. Et ce, pendant trois ans. Quand bien même le volume global capté ne représente pas plus de 5 % de la capacité des sources, l'infraction est constituée au regard du code de l'environnement. Contactée hier, Edena a d'ailleurs reconnu les faits en déclarant simplement que "les ventes ont énormément augmenté" (37 millions de chiffre d'affaires en 2016). Sommée par la préfecture de corriger le tir, l'entreprise devra adopter une conduite tenant davantage compte de la ressource que de la courbe des ventes. Outre cette régularisation, Edena devra aussi déclarer correctement son unité de production calibrée pour préparer plus de 20 000 litres de boissons par jour. L'article en question mentionnait que l'impact sur la ressource semblait mineur. Edena devra toutefois en rapporter la preuve en menant une étude d'impact. Ses capacités à renforcer le réseau public en cas d'épisode cyclonique et à répondre aux besoins des Réunionnais sont nullement remises en cause. Le pic de sécheresse approche dans l'ouest. Chaque année, la commune de la Possession est amenée à prendre un arrêté pour appeler la population à cesser d'arroser les jardins et laver les voitures. Qu'elle soit dans les nappes phréatiques ou en bouteille, l'eau est plus que jamais un bien précieux à préserver. Cela vaut pour les particuliers comme pour les entreprises.

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