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Elle soutient une thèse en anthropo-médecine: "Souvent, on est malade de son histoire"

Elle soutient une thèse en anthropo-médecine: "Souvent, on est malade de son histoire"

"Souvent, on est malade de son histoire". C'est partant de ce constat que le docteur Alice Ranorojaona Pelerin a soutenu la semaine dernière, à l'Université de La Réunion, une thèse intitulée "Joroterapia - Soigner avec la quête de sens". Une recherche destinée à faire émerger une "discipline frontière" appelée anthropo-médecine, "née de l’atteinte des limites du paradigme biomédical".

Médecin généraliste depuis 28 ans à La Réunion, Alice Ranorojaona Pelerin s'est intéressée aux maladies n'ayant pas trouvé de réponse dans le domaine biomédical, estimant que "le manque de sens ou un sens très péjoratif à la maladie induit un désordre intérieur qui est assimilé au chaos". Ainsi, pour y remettre de l'ordre, la chercheuse revendique un espace où peuvent être entendus "à la fois la culture scientifique et la culture humaine". 

Une dimension symbolique

"L’idée est d’accompagner l’individu à solder tout ce qui est dans la partie symbolique. Il y a tout une dimension qui, sans être psychologique, relève des croyances, dont on ne peut faire fi. Par exemple, certaines personnes sont en difficulté parce qu’elles pensent avoir été ensorcelées. L’idée n’est pas de valider cela mais de s’en préoccuper, sans jugement. D'être d'ans l'écoute de toutes les spécificités, et d’accompagner les gens à regarder dans leur histoire pour faire le deuil de tout ce qui n’est pas fini", explique-t-elle son approche thérapeutique. Soulignant qu'il n'est pas question de remettre en cause l'aspect scientifique, elle tient à préciser : "C'est complémentaire, ça ne s'oppose pas". 

C'est ainsi dans l’histoire du patient, voire dans celle de ses ancêtres, que les causes peuvent être à rechercher, ces dernières étant en lien étroit avec la mort, qualifiée par la scientifique de "plus grand désordre du parcours humain". "Certaines personnes sont psychotraumatisés. Il est important de les dépister et de les accompagner pour éviter que leur réponse ne soit la mort ou la violence", explique d'ailleurs celle qui intervient en milieu carcéral. Un accompagnement ne prenant pas la forme d'un rapport de force, mais plutôt d'une coconstruction, détaille-t-elle. "Le patient a son histoire, le soignant les outils". 
 
Combiner sciences médicales et sciences humaines


D'origine malgache et installée à La Réunion depuis une trentaine d'années, c'est après avoir traversé la Grande Ile à pied, en 2008, que la chercheuse a décidé d’entreprendre un diplôme universitaire d’éthnomédecine à La Réunion, avant de poursuivre avec un doctorat qui la conduira jusqu’à cette thèse. Une ambition intimement liée à son histoire personnelle, et une façon de donner un cadre à cette pratique non reconnue de manière officielle.

Désormais, grâce au fruit de son travail, détaillé sur près de 400 pages, Alice Ranorojaona Pelerin espère concourir à la reconnaissance de cette pratique et à son émergence, avec le souhait qu'elle puisse être enseignée au cours des études de soignants mais aussi aux travailleurs sociaux et au monde associatif.

Déplorant l'absence sur l'île de Département d'anthropologie, "un non-sens" selon elle, Alice Ranojaona Pelerin considère que "La Réunion pourrait être pionnière dans le domaine de l'anthropo-médecine", cette île dont l'histoire et le multiculturalisme en font "un monde en miniature". Un endroit où sciences médicales et sciences humaines "travailleraient main dans la main", conciliant pratiques thérapeutiques traditionnelles et médicales, sans se faire concurrence.

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