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ÉMIGRATION : UNE CATASTROPHE POUR LES PAYS DU SUD

Par Raphaël Confiant

L’Europe, et singulièrement la France, sont agitées depuis une décennie par un vaste débat sur la question de l’immigration, débat que les débarquements massifs de Sub-sahariens au Sud de l’Espagne et aux Canaries n’ont fait qu’amplifier. Il y a quelques jours, le musée de l’immigration voulu par l’ex-président Chirac a été inauguré en catimini par les sarkozystes lesquels s’emploient à mettre au point, à l’aide de méthodes scientifiques sophistiquées (tests ADN), un moyen de limiter drastiquement l’implantation sur le territoire hexagonal de populations d’extraction non-europénne. Dans ce débat, on n’entend guère les pays du Sud et leurs élites. Ou plutôt quand on les entend, c’est pour tenir un discours unilatéral disant à peu près ceci : ouvrez vos frontières ! les tests ADN sont une insulte à la Déclaration universelle des droits de l’homme ! vous nous avez colonisé pendant des siècles, nous avons donc le droit de venir chez vous à notre tour ! nos pères vous ont servi de chair à canon pendant les différentes guerres « mondiales, ils ont versé leur sang pour sauvegarder l’intégrité de vos pays et de vos peuples ! pendant vos trente glorieuses, du siècle dernier, vous avez importé par charters entiers des ouvriers, des mineurs, des travailleurs agricoles qui ont largement contribué à la richesse actuelle de vos pays et leurs descendants, Beurs ou Blacks, ont donc le droit d’exiger leur part du gâteau et de vivre dans ce qui, de facto, est leur pays, à l’instar de n’importe quel citoyen « de souche » ! etc…etc…

Toutes ces raisons, rituellement invoquées, ne sont pas dénuées de fondement. La France, l’Europe (et les USA) ont une dette envers les peuples du Sud. Une double dette : une dette liée, d’une part, aux siècles d’exploitation coloniale (et impérialiste), d’autre part à l’exploitation de la force de travail de millions d’immigrés à compter des années 60 du XXe siècle. A part les euro-suprémacistes et les racistes, il n’y a plus personne, parmi les élites occidentales, pour nier cette réalité. Mais force est de constater que ce que l’on peut appeler le {{discours de la dette}} est insuffisant à prendre en charge l’énorme problème que constitue la double fuite qui affecte les pays du Sud : fuite des cerveaux d’un côté, fuite des bras de l’autre. Car la vraie question d’aujourd’hui, la seule question qui vaille est, à mon humble avis, la suivante :

{{ « Qu’apporte l’immigration aux pays du Sud ? »}}

En fait, il faut plutôt dire « l’émigration » car vu du Sud, cette double fuite est, en bon français, une émigration. Reformulons la question donc et essayons d’y donner une réponse : qu’apporter l’émigration aux pays du Sud ? Et là, je vais, comme à mon habitude (que d’aucuns jugent fâcheuse), être brutal : rien. {{Strictement rien}}. Ou plus exactement tout un lot de désagréments : dévitalisation, affaiblissement économique, désertification scientifique et culturelle, renforcement de la dépendance envers le Nord, dictatures et j’en passe. Je vois déjà nos chers économistes bondir au plafond : comment pouvez-vous ignorer les milliards d’euros et de dollars que les immigrés envoient dans leurs pays d’origine ? comment ne voyez-vous pas que ces sommes colossales permettent de soulager la misère qui y règne, de creuser des puits, d’ouvrir des routes, de construire des dispensaires et des écoles ? Sans cet argent, les pays du Sud seraient en proie à de véritables guerres civiles, ce qui provoquerait l’effondrement des différents états etc…etc…

Ces arguments sont bien réels, loin de moi l’idée de les contester, encore que dans le cas spécifique des Antilles, ils sont complètement faux. En effet, n’étant pas à une singularité près, ou plutôt à une bizarrerie près, nos pays sont les seuls fournisseurs d’immigrés qui ne reçoivent pas, et n’ont jamais reçu, un sou de ceux qui sont partis en Europe par le biais du BUMIDOM, puis de l’ANT. On ne connaît, en effet, aucune famille antillaise, au contraire de très nombreuses familles maliennes ou sénégalaises, qui vit, ou survit, grâce aux mandats-Western Union envoyés par les Antillais travaillant à la SNCF, à la RATP ou à la Poste. {{(Entre parenthèses, l’un des gros gagnants de l’émigration massive des populations du Sud vers le Nord est incontestablement la société de transferts de fonds étasunienne Western Union).}} Pire : on connaît même des familles antillaises qui « supportent » leur fils ou leur fille installés en France. L’argent gagné par nos immigrés n’a jamais servi à construire ni route ni école contrairement à ce qui se passe en Afrique ou en Amérique du Sud. Tout au plus sert-il à acheter ou à faire construire une maison au pays, une fois l’âge de la retraite venu, ou de s’acheter une concession au cimetière de sa commune natale. Autant dire presque rien du point de vue économique.

Que l’on comprenne bien mes propos ! Il ne s’agit pas pour moi d‘accabler nos frères et sœurs qui ont été contraints d’émigrer massivement en France à compter des années 60 suite à l’effondrement de l’économie cannière et à son remplacement par une « non-économie », à un système curieux basé sur « l’improduction » comme le dit joliment l’anthropologue Francis Affergan. En effet, même s’ils le voulaient, nos immigrés ne pourraient pas envoyer de mandats au pays et encore moins y investir vu la modestie, l’extrême modestie, des salaires qu’ils touchent dans les postes de la petite fonction publique qu’ils occupent pour la plupart. Je constate simplement que là encore cette émigration n’a servi à rien, n’a pas « enrichi » nos pays, et n’a été utilisée, par le pouvoir français, que comme soupape de sécurité, comme moyen d’éviter des explosions sociales à répétition.

Nos immigrés sont si peu en cause que j’ai régulièrement proposé au cours des trois décennies écoulées aux leaders des partis politiques auxquels il m’est arrivé de faire partie de créer un {{Bureau de réinsertion de l’émigration}}. Ce bureau aurait pour tâche d’identifier tous les Antillais désireux de rentrer au pays, de les aider à monter des projets et surtout à financer ces projets. Mon idée devait être farfelue car je ne l’ai jamais vue discuter dans aucune instance politique locale. Si, quand même ! Une fois, une seule, un homme politique m’a demandé avec quelle ligne budgétaire je financerais cette institution, ce à quoi je lui ai répondu du tac au tac : avec une taxe sur les carburants comme pour le F. I. R. On sait, en effet, que ce Fonds d’Investissement Routier, permet de construire des routes dans nos pays. Or, si je conviens volontiers qu’en 1960-70, il y avait un urgent besoin de désenclaver nos bourgs et nos campagnes, aujourd’hui cela n’a plus guère d’utilité. Je me souviens de l’effarement du sociologue René Dumont, auteur du célèbre et, hélas, prémonitoire, « L’Afrique noire est mal partie », lorsqu’au cours d’une visite en Martinique, il découvrit que {{notre pays dispose, proportionnellement, de davantage de routes asphaltées que…la France.}} Sans compter que ce bitumage « sans-manman » ne fait que conforter le « tout-automobile » et l’amour irraisonné du Martiniquais pour son tas de ferraille monté sur quatre roues, quand bien même il n’a jamais plus de 40kms à parcourir par jour, et cela coincé dans des embouteillages monstres. Je persiste et signe : on peut parfaitement affecter une partie de la taxe récoltée pour construire ou entretenir des routes à la création d’un Bureau de réinsertion de l’émigration. Au lieu de cela, nos politiciens travaillent à la « mobilité » de notre jeunesse, euphémisme inventé par les technocrates du Ministère des Dom-Tom pour pomper nos cerveaux après avoir pompé nos bras pendant près d’un demi-siècle. Cela consister à faire miroiter à nos BTS, titulaires de licences ou de doctorats, ingénieurs et autres la possibilité, mirifique, de devenir cadre à Bordeaux, Bruxelles, Londres, Berlin quand ce n’est pas Singapour ou Abou-Dhabi ! Et pendant que cette jeunesse s’en va conquérir le vaste monde, le « Tout-monde » comme disent certains sans rire, personne ne se pose la question de savoir en quoi cette « mobilité » est bénéfique pour la Martinique ou la Guadeloupe. Ma réponse est claire : à rien. Sauf à se glorifier, de temps à autre, qu’un Antillais ait réussi à devenir gros chef chez IBM à Atlanta ou directeur d’hôtel 5 étoiles aux Maldives…

Mais laissons de côté les Antilles puisqu’elles constituent, comme souvent, un cas à part, un cas atypique, et revenons aux pays du Sud c’est-à-dire à l’Afrique et à l’Amérique du Sud surtout (l’Asie étant un peu moins affectée par l’émigration). Pendant que bras et cerveaux fuient en Europe et en Amérique du Nord, force est de constater que rien ne va plus dans le Tiers-Monde : états au bord de la banqueroute, guerres civiles à connotation ethnique, corruption, pillage des ressources naturelles, atonie culturelle y sont monnaie courante. Dès lors, ne faudrait-il pas se reposer la question de savoir à quoi sert l’émigration ? Ne faudrait-il pas cesser de demander au Nord d’ouvrir toutes grandes ses frontières dans la mesure où les mandats-Western Union, à part l’achat de bien de consommation courante et le creusement de quelques puits, n’ont jamais permis à aucun pays de se développer ? D’ailleurs, les rares pays du Tiers-Monde qui commencent à émerger, tels l’Inde ou la Chine, sont justement ceux qui n’ont jamais compté sur Western Union pour se développer. Ces pays ont bâti leur développement de l’intérieur, à partir de leurs ressources propres, et ce n’est que depuis une petite dizaine d’années qu’ils s’intéressent à leurs émigrés, que « Chinois d’Outre-mer » et Indiens d’Outre-mer » sont conviés à venir investir au pays de leurs ancêtres. Ces gens d’Outre-mer seront utiles à l’Inde et à la Chine pour conforter leur décollage économique, mais ils n’en ont pas été à l’origine.

Il faut donc chercher à se développer de l’intérieur d’abord. Et pour ce faire, {{il faut stopper et la fuite des bras et la fuite des cerveaux}}. Plus facile à dire qu’à faire, j’en conviens ! Mais pas impossible du tout. La preuve : la semaine dernière un projet de loi a été présenté au Parlement indien visant à imposer aux informaticiens et aux ingénieurs formés dans les universités indiennes à travailler au moins 5 ans dans le pays avant de songer à émigrer. Et pourtant, l’Inde, contrairement au Mali, à Saint-Domingue ou aux Philippines, n’est vraiment pas un pays en manque de techniciens et de scientifiques ! Aussi aliénées et lâches que les élites antillaises, les élites africaines ne font rien pour imiter l’exemple de l’Inde. Bien au contraire ! Elles pleurnichent auprès de l’Europe ou s’indignent que celle-ci ne veuille plus recevoir leurs bras qu’au compte-gouttes. Et pendant que des « french doctors » paternalistes soignent la malaria ou les problèmes oculaires dans la brousse, les docteurs africains squattent les hôpitaux français. Pendant que les coopérants enseignants occidentaux s’emploient à alphabétiser et à éduquer Moussa à Bobo-Dioulasso, des enseignants et des universitaires africains squattent les écoles et les universités de Besançon ou de Boston. Pendant que les compagnies chinoises installées en Afrique sont contraintes de faire venir des milliers d’ouvriers chinois pour y construire des stades, des routes ou des usines, des milliers d’ouvriers qualifiés africains, qui auraient parfaitement pu faire l’affaire, contribuent à construire une Europe qui les exploitent sans vergogne.

Je suis désolé, mais l’avenir d’un jeune Africain n’est pas de devenir Rama Yade ou Djibril Cissé. L’avenir d’un jeune du Sud n’est pas d’aller apporter au Nord, repu et méprisant, la force de ses neurones ou de ses bras. Quant il le fait, c’est toujours au détriment de son pays d’origine. Evidemment, les jeunes qui nourrissent ce rêve n’en sont pas responsables. Les responsables sont les dirigeants et les élites du Sud qui, corrompues ou aliénés jusqu’à la moelle des os, ne font rien, ne mettent aucune politique sérieuse en place pour offrir d’autre perspective à leur jeunesse et qui assistent, confortablement installés dans leurs grosses villas climatisées, devant leur téléviseurs à grand écran, aux tentatives de débarquement désespérées de leurs frères sur les côtes espagnoles ou aux Canaries. L’image des cadavres de ceux qui n’ont pu vaincre les dangers de l’océan et que TF1 ou CNN montrent à longueur de temps ne leur font apparemment ni chaud ni froid. Pas plus qu’aucun dirigeant de République Dominicaine ne s’émeut que son pays soit devenu le plus grand pourvoyeur de putes de la planète. Cela est triste à dire, mais c’est la réalité. Nos bourgeois nègres préfèrent, entre deux verres de whisky, se glorifier que les nègres aient construit les Pyramides ou que l'Université de Tombouctou ait été plus brillante que celle de Salamanque. Comme si ça pouvait être du moindre secours au "boat-people" africain qui tente, sur un rafiot, de fuir l'Afrique pour tenter de gagner le "paradis" européen".

L’émigration ne sert à rien aux Antilles. Elle ne sert à rien à l’Afrique. Elle ne sert à rien à l’Amérique du Sud et à l’Asie du Sud-est. A rien. Si elle contribue à renforcer l’omnipotence du Nord, elle ne sert qu’à dévitaliser le Sud. Alors, je vois déjà venir les bonnes âmes qui m’accuseront de vouloir interdire aux gens de quitter leur pays, de chercher à établir des frontières à une époque ou la mondialisation est la règle. Je serai accusé d’être borné, ultranationaliste, extrémiste, voire raciste. Je serai accusé de vouloir revenir aux vieilles lunes du Tiers-mondisme alors que l’époque du Che, de Nasser, de Gandhi ou de N’Krumah est définitivement révolue. Je veux bien, mais à ces bonnes âmes, je ne poserai qu’une question, une seule, question que j’ai déjà posée dix fois, vingt fois, sans obtenir la moindre réponse :

{{ « Croyez-vous sincèrement que ce seront les toubabs qui développeront vos pays à votre place ? Croyez-vous que pendant que vous êtes installés à Paris, Londres, New-York ou Montréal, de généreux Occidentaux vont s’échiner à mettre sur pied dans vos pays une économie qui tienne la route ? »}}

Si vous y croyez, excusez-moi, mais vous nagez dans une naïveté sans nom. Pour ma part, je préfère suivre l’exhortation de Frantz Fanon à la fin des « Damnés de la terre ». Que disait-elle déjà ? Ah oui ! Voilà : « Quittons cette Europe qui n’en finit pas de… ».

(Pour la suite de la phrase, prière de se reporter à l’ouvrage).

Commentaires

mo1mo1 | 14/10/2007 - 18:14 :
Analyse juste que je partage. Seule une organisation qui reprouperait toutes les forces vives des pays de notre zône avec l'aide multiformes des pays émergents(INDE BRESIL VENEZUELA ARGENTINE CUBA ...) nous permettra de mettre en pratique la Rupture totale avec ce modèle Diabolique qui a déjà fait ses preuves par le VOL DES TERRES ET L'EXTERMINATION EN PARTIE DE NOS PARENTS TAINOS! LA DEPROGRAMMATION DE L'ETRE AFRICAIN QUI A TOUT PERDU DE SES ORIGINES:LANGUE ,CULTURE ,FAMILLE IMPLOSEE.Une culture de la corruption est érigée en SYSTEME pour les descendants de notre peuple.Rare sont ceux qui échapent à ces valeurs dévalorisantes de la dignité humaine POUR LA CHINE LA RUSSIE LA FRANCE EST UN MODELE DE LA MISE AU PAS DE REGION TELLE LA GUYANES LES ANTILLES LA REUNION LA NOUVELLE CALEDONIE TAITI etc.la france dans ces contrées est la maîtreese implacable du jeu,elle exerce sans partage le pouvoir,elle se permet de naviguer dans la CARAIBE COMME UN CHEF! LA CREATION D'une bibliotheque virtuelle gratuite ,militante ,contribuerait à élever le niveau de connaissance de notre population tant aux pays qu'en france dans tous les domaines. C'est le ministère de l'INTERIEUR FRANCAIS QUI EXERCE le pouvoir à travers M.A.M .LE PREFET DE LA MARTINIQUE ANGE MANCINI EST ANCIEN DE L'ANTIGANG d'origine CORSE Où LES OSSUAIRES DE CENTAINES D'ANTILLAIS ATTENDENT depuis 1802 LEUR RETOUR AUX PAYS,CE DOSSIER EST URGENT A RESOUDRE AINSI QUE le retour DES DEPORTES MARTINIQUAIS EN NOUVELLE CALEDONIE! LA CREATION D'UNE OLAS EST UNE URGENCE DE NOTRE EPOQUE! RINALDO MAURICE

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