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« Et Dieu seul sait comment je dors. » d’Alain MABANCKOU

Marie-Noëlle RECOQUE DESFONTAINES
« Et Dieu seul sait comment je dors. » d’Alain MABANCKOU

En 1996, Alain Mabanckou  séjourne à Vieux-Habitants. En feuilletant l’annuaire de la Guadeloupe, il constate que certains noms de famille ont une consonance africaine et l’idée lui vient d’écrire une fiction où Africains et Antillais mêleraient leurs existences. Le titre lui apparaît, dit-il, comme une évidence, peint sur la carrosserie d’un transport en commun.  Et Dieu seul sait comment je dors  paraîtra, en 2001, aux Editions Présence Africaine. Le texte et la langue n’ont pas encore la maturité et le ton caustique qui seront ceux des ouvrages à venir dont African Psycho ou Verre Cassé. En 2015, Petit Piment est un bestseller sur la liste du Prix Goncourt mais on retiendra qu’Alain Mabanckou (Lauréat du Prix Renaudot, en 2006, pour « Mémoires du porc-épic ») a écrit un de ses premiers romans grâce à la Guadeloupe qui l’a inspiré.

 

C’est l’histoire d’Auguste-Victor qui vit à Vieux-Habitants, près de la Grande-Rivière. D’affreuses rumeurs courent sur son compte, l’une d’entre elles dit vrai. Son passé le hante. Dans ses rêves, il voit une femme indienne très belle et un enfant qui pleure dans son berceau. Dans ses cauchemars il entend les imprécations d’une vieille femme démoniaque. Mais le lecteur devra attendre pour que lui soit révélée toute l’affaire.

 

Cet homme mystérieux vient de Saint-Sauveur près de Capesterre. Les événements l’ont fait s’échouer à Vieux-Habitants comme une épave sur une plage après un cyclone. Tout de blanc vêtu, il a surgi un dimanche matin à l’orée de l’église. Très grand, très laid, affublé d’un pantalon « janbé-rivyè », d’un chapeau enfoncé sur les oreilles et d’une veste étriquée, il a produit une forte impression : « Cet homme en blanc ne pouvait être qu’un diable... » Cette apparition rappelle alors celle identique d’un certain Moloki, un Africain aux pouvoirs maléfiques, meurtrier aux sept coups de couteau, qui errait en Guadeloupe comme une âme en peine, disait-on, longtemps après sa mort.

 

L’homme en blanc prétend un jour entrer dans la maison de dieu. Bousculades et chuchotements. L’église est un lieu central du roman. Le père Moupolo, un Guyanais, est adoré par les chrétiens d’une commune voisine. Ces derniers le préfèrent au curé de leur propre localité qu’ils ont vu « grandir, jouer aux billes, flirter dans sa jeunesse et danser le zouk chiré ».  A sa sortie de la messe, l’étranger s’éloigne en direction de la Grande Rivière ; un personnage au dos bossu lui emboîte le pas, c’est le vieux Makabana.

 

Makabana porte le nom de son village natal en Afrique. Nourrisson, il a été  adopté par des Français qui venaient en villégiature chaque année à Vieux-Habitants, près de la plage de Rocroy. Pour cette terre de la Côte-sous-le-Vent, il a eu le coup de foudre. Adulte, il s’y est installé dans une case construite près du terrain de football. C’est dans une cabane la jouxtant qu’il hébergera l’inconnu au costume blanc. Les deux hommes se lient d’amitié.

 

A Saint-Sauveur, la vie d’Auguste-Victor n’avait pas été un long fleuve tranquille. Une jeunesse difficile, l’errance, la mort tragique d’êtres chers, le désespoir,  l’acte odieux commis, irréparable, le tribunal, l’incarcération et à nouveau l’errance, puis à Vieux-Habitants la rédemption grâce à l’amitié d’un vieil homme infirme et la confiance accordée par un commerçant syrien. Mais pour finir le passé qui resurgit et la rumeur allant de pair avec la trahison …

 

   Marie-Noëlle RECOQUE DESFONTAINES

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