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Et le glas continue de sonner pour un peuple désespéré…!

Par Robert Lodimus

Ces États capitalistes – malgré les reproches que l’on puisse leur adresser – détiennent au niveau de l’organisation prévisionnelle un savoir faire qui dépasse la capacité des pays périphériques. Ils ont les moyens de devancer des catastrophes naturelles, de les prévoir et de s’y préparer en conséquence. Le gouvernement de Justin Trudeau paraissait prêt à faire face à ce déferlement d’immigrants qui ne sont pas tous – précisons-le – de la diaspora haïtienne. Les services d’intelligence des deux pays – la CIA et la GRC – échangent régulièrement entre eux des informations sensibles qui visent à sécuriser les deux territoires limitrophes. Ottawa n’ignorait pas que l’entêtement de Washington à ne pas renouveler la résidence temporaire des expatriés – appelé communément le TPS – allait lui retomber sur la tête comme des nuages chargés de pluie.

Ce serait naïf de penser qu’il n’existe aucune entente préalable entre les États-Unis et le Canada sur une stratégie commune de gestion pertinente des problèmes migratoires actuels.

Les nouveaux migrants qui traversent la frontière savent que le froid s’installera bientôt sur les paysages du Canada. La neige rendra leurs périples encore plus difficiles et incertains. Ils ne sont pas équipés pour faire face à la rigueur de l’hiver québécois. Les individus menacés par les mesures sévères de la Maison Blanche – et qui ne veulent pas retourner dans leur pays d’origine – n’ont pas attendu – comme nous le constatons – la fin de l’automne pour se présenter aux barrières de Montréal. À ce niveau, ils sont bien conseillés par des avocats spécialisés en droits des réfugiés. Certains n’ont pas de passeports en leur possession. Et pas question d’évoquer le Brésil, le Chili ou le Mexique comme des lieux de destination précédant leur entrée aux États-Unis. Cela pourrait compromettre leur chance d’obtenir l’asile. Surtout pour ceux-là qui avaient pu bénéficier d’un statut légal dans l’un de ces pays. Le gouvernement de Dilma Roussef – destitué arbitrairement par le parlement pro-impérialiste – avait permis à des compatriotes de jouir librement de l’hospitalité du peuple brésilien.

Plusieurs rapports de la Minustah indiquent que la situation sociale, politique et économique d’Haïti s’est améliorée après le passage du tremblement de terre du 12 janvier 2010? Sandra Honoré et les ambassadeurs des pays présents à Port-au-Prince n’ont pas mentionné que les rescapés de l’ouragan Matthew forment jusqu’à présent dans le Sud, la Grand-Anse et le Nord-ouest des torrents de désolation et de misère. Bill Clinton et Jean-Max Bellerive ne se sont jamais prononcés sur l’utilisation des fonds alloués au CICR qui devraient servir à secourir et à reloger les sinistrés. Des médias étrangers font même état de détournements des sommes importantes, substantielles. Bon nombre de familles tentent de survivre aujourd’hui encore dans des abris de fortune que les moindres caprices des vents emportent au loin.

Le premier mois de l’année 2018 approche à grands pas. C’est le délai fixé par les autorités de l’immigration des États-Unis pour que les Haïtiens sans papier débarrassent le plancher. Il faut agir vite. Environ 60 000 compatriotes sont touchés par cette décision regrettable. Il est important de rappeler que le moratoire sur le renvoi des ressortissants d’Haïti, en vigueur depuis 2004, avait été levé en décembre 2015. Actuellement entre 1500 et 2000 immigrants haïtiens ont reçu l’ordre formel de quitter immédiatement le pays de Justin Trudeau. Ceux-là qui atteignent le poste frontalier de Saint-Bernard-de-Lacolle ignorent totalement cette réalité. Ils arrivent, alors que d’autres concitoyens qui ont vu rejeter leur demande d’asile sont sommés de déguerpir. La tristesse et la désillusion seront encore au rendez-vous de cette mésaventure.

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