Accueil

Et si on en parlait

Térèz Léotin
Et si on en parlait

En fin d’année 2018, une grande librairie de la place que l’on sollicite souvent pour donner son point de vue sur nos lectures, a vanté les titres qui ont eu le plus de suffrages. L’année d’avant, en 2017, lors de la semaine du créole, une représentante de cette même librairie à qui l’on avait demandé quels étaient les livres en créole les plus lus de la Librairie, avait répondu que le livre créole le plus vendu c’est « Vini vann » de l’auteure Arlette Pujar. Cette personne l’avait-elle lu, ou même feuilleté ?

Quelques expressions ou mots créoles y figurent, certes, mais est-ce suffisant d’écrire le titre en créole, pour que le livre soit écrit en créole ? Est-ce là, raison valable et nécessaire pour classer l’ouvrage avec les livres écrits en créole ? Chacun écrit dans la langue qu’il a choisie, créole ou français ou  langue intermédiaire (mésolecte ou interlecte), mais ne confondons pas.

Cette année encore, si l’on s’en tient au propos de ces professionnels du livre, aucun d’entre eux, en créole n’ont retenu l’attention des lecteurs. À croire qu’il n’y en avait pas ou que les livres de ces auteurs ne sont pas du tout lus. On pourrait peut-être parler du nombre de livres  vendus pour le français et pour le créole afin que l’on sache, qu’il existe des auteurs en langue créole.

Je ne veux pas penser qu’une librairie ne serait avant tout qu’un lieu de passage,  qu’un haut lieu commercial que l’on traverse ou encore que l’on fréquente comme lorsque l’on va à la boutique acheter des sachets poubelles.

Il faut un tant soit peu que le vendeur soit aussi en mesure de conseiller le client  et ce correctement. Pourquoi n’a-t-on pas, on le fait souvent chez les disquaires, (notamment après la mort de Halliday, celle de Aznavour), une exposition en vitrine montrant des livres d’auteurs qui viennent de décéder ? Georges Mauvois par exemple. Il était pourtant de grande notoriété. Cela aurait permis aux lecteurs de se familiariser un peu plus avec Ovendo, Agénor Cacoul, Château Aubéry, Henri Lémery ou encore, le Merisier, sa dernière pièce de théâtre. Et si on en parlait.

Dans cet ouvrage écrit en français, Éros est aussi présent que Thanatos. Mauvois nous y montre, un peu de la mer qu’il aperçoit de sa chambre. Avec le sac et ressac nous savons qu’elle symbolise les naissances et renaissances perpétuelles. Il y est fait aussi état du volcan bien présent. L’auteur le voit de son balcon. Il nous rappelle par quelques mots que nous avons sous nos yeux la nature dans toute sa magnificence, sa puissance et que parfois aussi nous pouvons être tributaire de sa colère. Il nous fait comprendre très subtilement qu’en face d’elle nous ne sommes que de simples objets. Le Merisier, sous lequel on prenait « le temps de vivre » permet de donner vie à la mémoire, tout en symbolisant l’abondance.

Le coq, aperçu furtivement, et qui n’est autre que le symbole incarnant la vigilance et l'activité, l’âne la monture des sages, puisqu’il fut l’instrument de service et de paix, lorsqu’il conduisit Jésus triomphalement vers Jérusalem, y sont présents, avec les futilités du temps qui passe, les difficultés d’obéir aux caprices des maladies, aux injonctions de l’âge, à son corps récalcitrant malgré soi, ainsi qu’aux particularités des mobiliers inadaptés aux handicaps.

Voici donc en un seul acte, le dernier ouvrage de Georges Éleuthère Mauvois, Le merisier, Théâtre, suivi de « Les entretiens du Temps de vivre » K. EDITIONS, mars 2018.

 

 Térèz  Léotin

Membre de KM2

Krey Matjè Kréyol Matinik

Pages