Accueil

ÉTHIOPIE : LES RASTAS DE SHASHAMANE

Les rastas de Shashamane, par Antoine Calvino (Libération, 05 août 2008)

À la fin des années 60, l'empereur d'Éthiopie, Haïlé Sélassié, offrait une terre à des rastas jamaïcains afin qu'ils puissent réaliser leur rêve de retour vers la terre-mère, l'Afrique. Un village vit le jour : Shashamane. Antoine Calvino nous y emmène faire un petit tour dans cet univers étrange où la religiosité et "l'herbe" occupent une place centrale...

{{Il y a un demi-siècle, Haile Selassie offrait une terre à la diaspora afro-américaine souhaitant revenir en Afrique, afin de la remercier de son aide dans son effort de guerre contre les Italiens entre 1935 et 41. Son appel a été principalement entendu par les Jamaïcains, qui y ont fondé une communauté mythique pour les rastas du monde entier.}}

{{Addis Abeba, le 15 juin

Transit}}

Je passe quelques jours à Addis pour écrire quelques textes en retard et faire l’interview du patriarche de l’église d’Ethiopie, histoire de compléter mon papier sur Lalibela, en attendant mes visas kényan et iranien. Comme les choses traînent, j’en profite pour partir à la recherche d’un partenaire de ping pong. Dans l’avion qui m’amenait du Yémen quelques semaines plus tôt, j’ai acheté sa raquette de rechange à un entraîneur djiboutien qui m’assurait que j’arrivais dans un pays passionné par ce sport qui a bercé mon adolescence. Dans un gymnase, je tombe sur un joueur qui est partant pour me retrouver après son entraînement, et nous enchaînons plusieurs après-midis de parties acharnées. En fait, c’est le numéro trois éthiopien. Je prends quelques branlées mémorables, mais quel pied !

Un soir, je retrouve mon pote anglais. Il est en train de s’organiser pour monter un bar de reggae avec quelques ordinateurs pour que les jeunes Ethiopiens puisse apprendre à manier des logiciels de musique. C’est une excellente idée : ici on adore le reggae, mais il n’existe aucun endroit où écouter du son pointu. Il me propose d’y programmer également de la techno… Ca me fait bien envie, mais pour ça il faudrait que je reste en

{{Éthiopie.}}

Pendant ces quelques jours, je rencontre aussi Nicolas, un Chypriote . Ancien conseiller financier, il voyage depuis cinq ans en travaillant comme guide pour les touristes, serveur, professeur de langue, manutentionnaire, bénévole pour des Ong… Nous nous entendons bien et filons ensemble pour Shashamane, où je veux faire un reportage sur une communauté rasta jamaïcaine.

{{Shashamane, le 27 juin

Un mythe rasta}}

Avant d’arriver, j’épluche le Net pour savoir où je mets les pieds. La communauté est installée à Shashamane depuis les années 60, à l’invitation d’Haile Selassie qui voulait remercier la diaspora afro-américaine de l’avoir aidé dans son effort de guerre contre les Italiens entre 1935 et 41. L’appel a été principalement entendu par les rastafariens jamaïcains, qui voyaient en lui le Messie noir et en l’Ethiopie la terre promise. C’est la raison pour laquelle on retrouve le thème de Shashamane dans beaucoup de chansons de roots reggae. C’est une terre mythique que je m’apprête à découvrir.

{{Premier contact difficile}}

Le premier contact, de nuit, est un peu rude. La ville de Shashamane est déprimante, un alignement gris d’hôtels de passe et de gargottes puantes. La rue est plongée dans une semi obscurité mollement combattue par les lumières de quelques bars et les phares des voitures. A notre sortie du bus, des jeunes nous emboîtent le pas et, malgré nos efforts, nous suivent d’hôtel en hôtel pour toucher une commission sur le prix de notre chambre. Un délice, cet endroit. Le lendemain matin, nous nous rendons dans la communauté rasta, installée dans les faubourgs à deux kilomètres de là. De la route, le nouvel arrivant ne distingue pas grand chose : une boutique de souvenirs délavée, une épicerie avec un lion de Juda et un portrait d’Haile Selassie peints sur le mur, un musée fermé, des gamins qui traînent. Finalement, un Trinidadien massif nous emmène au QG des Douze Tribus d’Israël, l’organisation chargée du rapatriement des rastas. Trois minutes plus tard, il nous somme de signer le livre d’or et de faire une donation. Nous refusons de céder au racket mais sommes tout de même présentés à deux vieux Jamaïcains. Quand je leur explique que je veux faire un article, ils me répondent que les informations dont ils sont les dépositaires sont précieuses et ils me demandent 1000 birs (80 euros) ! Je négocie pour la moitié en me demandant si c’est bien raisonnable. Mais comme je ne les sens pas du tout, je réclame une heure d’interview garantie, avec paiement à la fin. Ils prennent la mouche, refusent et nous mettent à la porte. Ça commence bien.

{{Prêtre nyabinghi}}

Quelqu’un nous a parlé d’une église, nous décidons d’aller voir le prêtre pour lui demander de l’aide. Un gamin nous y emmène. C’est une église nyabinghi, dont le culte né dans les années 30 en Jamaïque est un syncrétisme de protestantisme, d’animisme et d’afrocentrisme organisé autour du culte de Ras Tafari, le nom de baptême d’Haile Selassie. Le prêtre, que l’on nous présente sous le nom de Bongo Rocky, est lui aussi un vieux Jamaïcain. En nous voyant, il s’enflamme et part dans une dyatribe contre le monde occidental qui a organisé l’esclavage et pour qui le moment est venu de payer. Puis, encouragé par sa femme (à barbe !), il m’encourage à lancer le mouvement de réparation en versant de l’argent pour ses bonnes oeuvres. Je lui propose un billet de 100, l’équivalent de cinq repas, il me demande si je veux parler de dollars ou d’euros… Il s’échauffe encore un peu et il ne lui faut pas trente secondes pour nous mettre dehors. Et de deux ! Avec Nicolas, on se regarde, abasourdis. Alors c’est ça, le cœur de la communauté rasta ?

{{Lodge rasta}}

Le gamin qui nous a guidés à l’église nous emmène à un lodge tenu par deux Français. Peut-être allons-nous rencontrer quelqu’un qui veut bien nous parler gratuitement ? Gagné. Lui, Alex, est un Antillais de Paris, au look impressionnant avec ses dreads de près de deux mètres et sa tenue éthiopienne traditionnelle, et elle, Sandrine, est une Niçoise blonde et charmante. Leur lodge est splendide : une chaumière comme dans les contes de fées, trois ravissantes cases respectant l’architecture traditionnelle de la région, un grand potager, des chevaux, des poules et trois chiens. Le tout peint aux couleurs rastas, avec, accrochés un peu partout, des portraits de l’empereur, de l’impératrice et de Bob Marley. Un petit paradis rasta. Je décide de revenir m’installer ici le lendemain. Mais il était écrit que la journée serait pénible jusqu’au bout. Sur la route du retour, le gamin qui nous avait montré le chemin nous réclame 200 birs. Le ton monte, il menace de nous casser la figure, fait appel à ses amis qui affluent dans l’obscurité… Finalement on s’en tire pour 20 birs et une bordée de menaces, mais c’était moins une.

{{Explications}}

Le lendemain, les choses se passent mieux. Alex et Sandrine me présentent à leurs amis, qui me présentent aux leurs, ça s’enchaîne. Grâce aux explications des uns et des autres, je comprends un peu mieux la fraîcheur de l’accueil de la veille. Les habitants de Shashamane ont quitté la terre où ils sont nés, en général les Caraïbes, car elle était pour eux synonyme d’esclavage, et ils ont une conscience aigue de la souffrance infligée par les blancs à leurs ancêtres. Certains reprochent en plus aux journalistes passés ici de n’envoyer jamais leurs articles et, surtout, de présenter systématiquement leur communauté sous un mauvais jour. Il est certain que nous devrions donner plus souvent des nouvelles de nos papiers, mais pour la mauvaise presse il faut avouer qu’il y a de quoi être tenté. Car il n’y a pas que l’accueil qui pose souci. Surtout, on a déjà vu mieux comme terre promise. Le village rasta chanté en Jamaïque n’a jamais réellement existé. Le rapatriement a mis trop de temps à s’organiser et, durant la vingtaine d’années qui a suivi le don de la terre par Haile Selassie, les Ethiopiens ont eu tout le temps de prendre possession des lieux. La situation s’est encore aggravée en 1974 quand, après avoir destitué l’empereur, le pouvoir communiste a nationalisé le terrain avant de n’en rendre qu’une infime parcelle à ses propriétaires. Ce n’est donc pas un village rasta, mais une minorité rasta dans un village éthiopien qui se trouve à Shashamane.

{{Village vert}}

L’endroit est plutôt mignon. C’est un ensemble de lopins de terre cultivés autour de maisons, souvent des chaumières. Dans les allées, je croise des poules en vadrouille avec leurs poussins, des ânes avec une patte pliée par une corde pour les empêcher de partir trop loin, des vaches affreusement maigres et des groupes d’enfants éthiopiens qui me courent après en criant « You ! Money ! ». Un paysage éthiopien traditionnel, en somme. La nuit, mieux vaut éviter de rentrer tard car les hyènes sont de sortie, ce qui fait aboyer les chiens. Il paraît aussi qu’il y a des agressions. Mais le vrai problème, c’est l’absence de vie communautaire. Il manque un marché ou un bar où les rastas puissent se retrouver. L’ambiance est un peu tristoune, je comprends que des journalistes aient parlé de désillusion. Heureusement, le vendredi soir tout le monde, jeunes et vieux, se rassemble pour écouter du son avec une bière et un joint au QG des Douze Tribus, qui est équipé d’un sound system conséquent. Les gens sont là pour kiffer, ils discutent plutôt facilement avec les étrangers, enfin.

{{Chacun sa religion}}

En quelques jours, je remplis tout un cahier d’interviews entre les anciens, la directrice de l’école, les nouveaux arrivants, les enfants, les Ethiopiens… Tous sont très croyants, mais on est loin d’une religion organisée. Les rasta lisent assidûment la Bible, suivant l’adage « un chapitre par jour tient le diable à distance ». Certains respectent également le régime Ital de la secte des Nazaréens, à laquelle aurait appartenu Jésus. C’est-à-dire qu’ils se passent de viande, de poissons, d’œufs, de laitages et d’alcool, même si beaucoup s’arrogent des dérogations. En fait, il s’agit surtout de prendre soin de sa santé en vivant en accord avec la nature. Les légumes cultivés ici sont tous bio, ainsi que les plantes médicinales, qui sont préférées aux médicaments. Ils voient aussi la cigarette d’un très mauvais œil, mais ils s’appuient sur un bricolage de citations bibliques censé démontrer que la consommation de ganja est un sacrement – même si tous ne fument pas.
S’ils vénèrent tous Haile Selassie, ils ne sont pas d’accord sur sa nature. Certains le voient comme le Christ de retour sur Terre, le Messie noir. Ceux-là me racontent d’ailleurs que le Jésus que nous connaissons était noir, tout comme le véritable peuple d’Israël. Le peuple élu serait donc en fait le peuple noir. On me cite la parabole d’une non juive qui demande à Jésus de soigner son fils. Comme il lui rappelle son statut, elle lui répond qu’elle est prête à grignoter sous la table les miettes du repas du peuple élu comme une chienne le fait avec son maître, ce qui ravit Jésus... En conséquence, les blancs devraient accepter de s’humilier pour récupérer les miettes du festin des noirs ! Et c’est une rasta blanche qui me raconte ça. D’autres, moins à bloc, pensent qu’Haile Selassie était simplement un homme éclairé par Dieu.
Le souci, si souci il y a, c’est qu’il n’existe pas de dogme écrit, qu’Haile Selassie n’a jamais reconnu sa divinité et, a fortiori, jamais organisé son culte. Ce qui laisse la voie ouverte à toutes les interprétations. Alex et Sandrine par exemple, qui sont persuadés que Ras Tafari et Jésus ne font qu’un, sont très pieux. Ils lisent la Bible tous les jours, vivent de la façon la plus charitable possible, récitent le benedicite, le Notre Père et le Je vous salue Marie en amarhique avant chaque repas et racontent à leurs enfants que c’est Jah qui les punit lorsqu’ils se cognent contre un meuble après avoir fait une bêtise. J’ai l’impression d’être chez des cathos tradis avec des dreads ! Faute de mieux, le meilleur moyen qu’ils ont trouvé pour emprunter les traces de « Sa Majesté » a été de se faire baptiser par l’Eglise orthodoxe à Lalibela. Ce qui signifie que des prêtres éthiopiens ont accepté de baptiser des gens qui prenaient leur empereur mort pour le Christ ! La suite de l’histoire est plus triste. Quand le prêtre de l’église orthodoxe de Shashamane a vu débarquer ce couple d’étrangers, il a flairé la bonne affaire et leur a demandé 1000 birs (80 euros) pour accepter de les accueillir ! Après qu’ils aient versé l’argent, pas gêné, le prêtre a enchaîné en leur demandant combien ils comptaient donner chaque mois… Du coup, ils restent prier chez eux.

{{Rastas perchés}}

Au fil de mes interviews, je rencontre aussi un paquet d’illuminés. Déjà, la moitié des gens avec qui je passe un peu de temps m’expliquent qu’ils sont persuadés que des sociétés secrètes encadrent Babylone et l’entraînent dans sa chute. Un ancien me cite David Icke, un écrivain américain dont j’ai lu en France un livre où il expliquait que la reine d’Angleterre est un reptile extraterrestre.
Je tombe sur un Antillais hyper mystique qui est venu par la route à partir de l’Egypte après être sorti d’hôpital psychiatrique en France. Il me raconte que sa croisière sur le Nil a été très pénible car, la nuit, il ne supportait pas les prières à Allah des « noirs sauvages qui n’ont pas eu la révélation »… Au Soudan, il s’est fait enfermer quelques jours ou semaines, je n’ai bien compris si c’était pour absence de papiers ou parce que des forces occultes l’avaient poussé à se déshabiller dans le bus. Quoiqu’il en soit, il me raconte qu’il a vu, sur le visage de son codétenu, Georges Bush qui essayait de s’adresser à Haile Selassie, mais qu’heureusement un cobra blanc s’est interposé… Il n’aime pas non plus beaucoup l’eau, il lui arrive régulièrement de préférer se laver en se frottant avec du charbon. Lorsqu’il est un peu chaud, il se met à marmonner des imprécations dans son coin, je me méfie grave.
Je rencontre aussi un autre Antillais torse nu dans sa case, la bouche mangée de croûtes, un végétalien dont on me dit que ses enfants perdent leurs dents pour cause de malnutrition et qu’il y a quelques mois l’un d’eux était tellement faible qu’il est tombé dans le coma. Je ne reste pas longtemps à écouter ses propos sentencieux et incohérents sur les méfaits de Babylone et les avantages du chalice sur les joints avant de trouver une échappatoire.
Il y a aussi ce visiteur chelou qui passe quelques heures au lodge. Comme il me saoûle à tourner autour de moi en me posant des questions suspicieuses sur mon travail, j’en parle à mes hôtes qui m’expliquent qu’il n’a pas toute sa tête. L’an dernier, il a essayé de se tuer en se jetant en pleine nuit dans la rivière en crue à côté. Ils ont dû soigner pendant un mois les blessures occasionnées par les rochers et les barbelés, sans qu’il leur adresse la parole. Lorsqu’il s’est finalement remis à parler, il leur a expliqué qu’il avait déjà tenté le coup en se jetant tête la première dans une piscine vide... Du coup, je m’attends au pire. Heureusement, dans l’après-midi il décide soudain d’annuler sa réservation et disparaît.
Mais le plus fort de tous, le champion des champions, je crois bien que c’est encore un Antillais, un voisin à l’air doux qui m’invite gentiment à dîner. A la fin du repas, très bon d’ailleurs, j’apprends qu’Haile Selassie parlait aux animaux, que les blancs déforment à dessein les planisphères pour grossir les pays du nord et que les dreads des rastas sont des antennes pointées vers le ciel... Ensuite, il m’offre un véritable festival que je prends soin de noter, ce qui l’encourage encore plus. Donc voici le secret du monde : Le drame que nous connaissons aujourd’hui a commencé en Egypte avec Set, un cousin du dieu Horus, qui cherchait à détruire le monde où cohabitaient des hommes noirs et des hommes singes. Comme lui-même était albinos et complexé par sa couleur, il a capturé des hommes singes et les a enfermés dans une caverne pour leur faire subir des expériences, obtenant ainsi des hommes blancs qui se sont infiltrés dans tous les cercles du pouvoir politique et religieux afin d’anéantir la race noire. La Bible n’a pas échappé à ces forces maléfiques, elle a en partie été réécrite et il faut donc savoir la lire entre les lignes. Heureusement, lui se renseigne par le biais de la Bible intertestamentaire, celle qui n’a pas été autorisée par l’Eglise. Il y a appris qu’en réalité, Jésus était un terroriste (noir, bien sûr) qui tendait des embuscades aux Romains et aux Grecs. D’ailleurs, il n’y avait pas qu’un seul Jésus, mais deux qui ont vécu à trente ans d’intervalle. Le deuxième s’appelait Pantera. Et puis à la réflexion, il m’en sort un troisième, Izacarios. Mais à ce moment du monologue, je n’arrive plus à goûter la situation. J’ai trop tiré sur les joints, mon cerveau vasouille et je suis noyé par son flot de paroles. Je profite d’un moment d’interruption pour lui dire qu’il faut que je rentre avant l’arrivée des hyènes et je file.

{{Nyabinghi et Bobo Shanti}}

Pour me faire une idée plus précise de la foi rasta, je retourne au Tabernacle, l’église nyabinghi dont je m’étais fait jeter le premier jour. De l’extérieur, elle évoque les églises orthodoxes rondes éthiopiennes, mais son aménagement intérieur en diffère totalement. C’est une grande pièce ouverte avec de grands portraits d’Haile Selassie couronné ou en train de terrasser un dragon, une grosse Bible ouverte à la page du jour, un tambour barré des deux sabres symboles du pouvoir impérial et de petites percussions. Je retente ma chance au presbytère, cette fois-ci auprès de la femme à barbe du prêtre, mais en fait elle est gâteuse et ses explications ne valent pas tripette. Malgré tout, il lui reste assez de vivacité pour me jeter dehors quand elle se rend compte que je ne mets que 25 birs dans son tronc. J’essaie aussi l’église bobo shanti, un bâtiment plus discret et reculé, dans le bas du village. Ce courant a été fondé par Prince Emmanuel, un dissident de l’église nyabinghi. Comme me l’explique « Prophète Gabriel », le jeune homme qui me reçoit, leur religion est organisée autour d’une Trinité très particulière constituée du roi, du prêtre et du prophète, chacun de ces personnages se réincarnant régulièrement dans le temps. Le roi est ainsi Dieu, Abraham et Ras Tafari, le prêtre est Isaac, Jésus Christ et Prince Emmanuel lui-même (tant qu’à faire), tandis que le prophète est Isaac, Saint Jean-Baptiste et Marcus Garvey. Les bobo shanti sont les plus rigoureux de tous les rastas. Ils respectent à la lettre le régime Ital, jeûnent deux fois par semaine et quarante jours avant Pâques, et consacrent intégralement le jour du sabat à la messe et à la prière. Depuis quelques années, ce seraient eux qui auraient le vent en poupe en Jamaïque.

Cela fait quinze jours que je suis arrivé. Shashamane est un endroit passionnant, mais un peu pesant sur la fin. Au fond, les rastas sont des gens terriblement sérieux. Au petit matin, je prends le bus, direction les fameuses tribus de la vallée de l’Omo, parmi les dernières en Afrique dont le mode de vie n’a pas changé depuis des siècles. Changement d’ambiance en vue.

[Une version abondamment illustrée de ce blog->http://lestribulationsdantoine.blogspot.com/2000/01/16-les-rastas-de-sha...