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EVENEMENTS DE MAI 1802, à MATOUBA, SAINT-CLAUDE, EN GUADELOUPE : L’HABITATION d’ANGLEMONT

Marie-Noëlle RECOQUE-DESFONTAINES
EVENEMENTS  DE 	MAI 1802, à MATOUBA, SAINT-CLAUDE, EN GUADELOUPE : L’HABITATION  d’ANGLEMONT

 Depuis 1948, grâce à une initiative du maire de Saint-Claude, Rémy Nainsouta (1883-1969), une stèle érigée sur le morne Savon, à Matouba, rappelle la mort de Delgrès et de ses hommes, le 28 mai 1802. Mais l’emplacement exact de l’habitation d’Anglemont, dans laquelle ils se sont suicidés au  cri de « Vivre libre ou mourir », n’était pas connu de façon précise avant des fouilles archéologiques entreprises en 2005. Gérard Richard, alors Conservateur du Patrimoine au Conseil Régional, a publié dans le bulletin de la Société d’Histoire de la Guadeloupe (SHG, n°160) un article dans lequel il donne la description de l’habitation d’Anglemont avant sa destruction. Il indique également le résultat des fouilles menées par le service de l’inventaire et de l’archéologie, qu’il dirigeait à l’époque, pour en mettre à jour les restes.

Rappel : le 28 mai 1802, Delgrès et ses hommes refusant de tomber aux mains des soldats de Bonaparte, préférèrent se faire sauter en même temps que la maison où ils s’étaient repliés. Auguste Lacour (1805-1869), premier historien de la Guadeloupe, s’attacha vers 1850 à relater les événements en s’appuyant sur des rapports militaires mais aussi sur des souvenirs de contemporains. Gérard Richard note que « malgré le silence des archives, de nombreux témoignages démontrent que l’intérêt du public s’est porté sur Delgrès tout au long de la première moitié du XIXe siècle. » Mais c’est seulement dans la seconde partie du XXè siècle que le souvenir de ces hauts faits sera ravivé ; l’auteur ne signale qu’un exemple à ce sujet, la pose de la stèle à Matouba par le maire de  Saint-Claude. Il ne le précise donc pas mais les indépendantistes guadeloupéens savent ce que la mise en exergue, la réhabilitation, voire l’exaltation de cet événement historique leur doit.

 

 Les fouilles sur le terrain ont été précédées d’une recherche dans les archives qui a permis de découvrir des renseignements concernant le lieu où s’est déroulée la tragédie. L’habitation portait le nom du second mari de la propriétaire Jeanne Des Illets, veuve Surville. Un inventaire des biens du Comte de Surville avant le remariage de son épouse avec le Comte d’Anglemont indique que cette habitation caféière était une demeure haute-et-basse, le bas en maçonnerie, le haut en bois avec au-dessus des mansardes couvertes d’essentes. L’aménagement des surfaces est précisé (l’intégralité du descriptif est reproduit dans l’article dont il est rendu compte ici). Comme il se devait à l’époque, les esclaves au nombre de 37 (dont 7 jeunes enfants) figuraient dans l’inventaire du mobilier… Leurs cases et jardins occupaient (on ne dit pas où exactement par rapport à la ravine aux écrevisses) des « savanes et terres défectueuses »… L’ensemble des recherches archéologiques permet de penser que l’habitation d’Anglemont se trouvait, en 1802, dans ce qui est, aujourd’hui, une bananeraie appartenant à M. Louis Lignières. Pour le Conservateur du patrimoine, le résultat des fouilles autorisent à penser « qu’il s’agit bien du lieu de refuge de Delgrès ». Gérard Richard termine son article en disant « Confirmation pourrait nous être donnée par une fouille plus étendue qui permettrait de dégager l’ensemble des structures et trouver le lieu d’inhumation des sacrifiés de 1802. » Depuis 2005, aucune fouille n’a, pour l’heure, jamais été effectuée.

 

Le 25 mai 2018, dans le cadre des commémorations des événements de 1802, le LKP (Liyannaj Kont Profitasyon) a adressé à la présidente du Conseil départemental de la Guadeloupe, un courrier exigeant « le rapatriement de la dépouille du général Antoine Richepance » ; c’est lui qui commandait les troupes de répression expédiées par Bonaparte. Grâce à lui, dès juillet 1802, la pratique de l’achat et de la vente d’esclaves reprit,  autrement dit l’esclavage (aboli en 1794)  était rétabli dans les faits. Mort de la fièvre jaune en sept. 1802, Richepance a été enterré dans l’enceinte du fort,  qui a longtemps porté son nom avant de devenir, en 1989, le Fort Delgrès.

Mme Borel Lincertin, présidente du Conseil Départemental, a répondu à cette interpellation, qu’elle a qualifiée de « un peu rude » par une fin de non recevoir. Elle a cependant, sans doute pour tenter de faire bonne mesure, émis l’idée que soient conduites des recherches pour localiser le charnier dans lequel ont été jetés, au lendemain du sacrifice de d’Anglemont, les corps de Delgrès et ceux des combattants qui l’ont accompagné dans la mort ».  Reste à savoir ce qu’il adviendra de cette idée.

Il faut savoir que la commémoration de la tragédie de Matouba s’est déroulée pour la première (et unique) fois, en mai 2012, à l’emplacement exact où elle a eu lieu (voir photo).

 

                  Marie-Noëlle RECOQUE-DESFONTAINES