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Facebook ou le Mur des lamentations-bis

Jean Laurent ALCIDE

   Dans la vieille ville de Jérusalem, en contrebas de la célèbre mosquée Al-Aqsa et son magnifique dôme doré, se trouve le non moins célèbre Mur des lamentations devant lequel, chaque samedi matin, des Juifs pieux viennent prier et déposer des messages écrits sur de petits bouts de papier qu'ils glissent, d'un geste discret, entre les roches après avoir caressé le monument. On ne sait pas si Dieu le Père reçoit cette foultitude de missives ou même s'il prend le temps de les lire, en tout cas, ce rituel existe depuis plus de 2.000 ans et apparemment aucun fidèle ne semble s'être découragé.

   Aujourd'hui, un nouveau Mur des lamentations a vu le jour : Facebook. Il n'est point fait de blocs de pierre assemblés, mais est purement virtuel c'est-à-dire que contrairement aux adeptes de la religion hébraïque, ceux de la religion 2.0 n'ont nul besoin de le toucher. Mieux : ils n'ont même pas à sortir de chez eux pour pouvoir y accéder. Il leur suffit d'ouvrir leur ordinateur ou leur smartphone, de cliquer au bon endroit pour voir, dans les secondes qui suivent, ce Mur des lamentations-bis apparaître devant leurs yeux admiratifs et avides.

   Toutefois, la grosse différence entre les deux murs est que celui de Jérusalem conserve la confidentialité des messages qu'y déposent les fidèles. Personne ne s'aviserait de fourrer sa main entre les roches pour se saisir de l'un d'eux, l'ouvrir et le lire. Chaque fidèle s'adresse personnellement au Très-Haut et nul n'a besoin de savoir le contenu de cet échange. A l'inverse, le mur de Mark Zukenberg, lui, est à la fois un déversoir de frustrations diverses et variées et une plateforme d'exhibitionnisme le plus dévergondé. S'agissant des Antilles, cela va des bonnes femmes, jeunes ou vieilles, qui y déversent des larmes virtuelles sur leurs amours défunts et des tombereaux d'injures contre les "mako", les "salopards" et les "chiens-fer" qui ont brisé leur rêve du grand-amour-pour-la-vie-jusqu'à-la-tombe. Cela continue avec des vidéos dans lesquelles ces mêmes Juliettes sans Roméos, arborant leur "chivé-léta pelo-pelo" sans la moindre vergogne, se défoulent, verbalement cette fois, contre les même ignobles individus. C'en est à mourir de rire le plus souvent et on se dit que si ces chieuses avaient un minimum de jugeote, elle achèterait plutôt un vibro pour pouvoir sécher leurs larmes (de crocodile) au lieu de s'exciter frénétiquement sur un clavier. Il est vrai que de temps à autre un sorte de petit miracle païen se produit et qu'elles nous annoncent en grosses lettres capitales : "EN COUPLE". Qu'est-ce qu'on en à cirer puisque dans six mois, huit au grand maximum, elle vont se remettre à râler ou à chialer à cause du "chien-fer" qui les aura encornaillées avec la première chaudasse venue ?

   Sans compter__et là, c'est moins rigolo__ces vidéos obscènes où l'on peut voir des danseuses soit remuer leur gros cul à la vitesse des pales d'un hélicoptère soit mimer l'acte sexuel avec des danseurs-partenaires qui multiplient les acrobaties dans des tentatives dérisoires de réécrire les cinq premiers chapitres du "KAMA-SUTRA" alors qu'ils sont à peine alphabétisés, ces bonobos. Le plus navrant c'est qu'on ne voit jamais des Chinoises, des Indiennes, des Sud-Américaines, des Arabes, des Polynésiennes, des Amérindiennes ou des Européennes se livrer à ce genre de macaqueries et qu'après, ces mêmes acrobates du "koké" vont pleurnicher (sur le Mur des lamentation Facebook, pardi !) que le monde entier est "raciste" contre eux. Tout moun asou latè rayi Neg dapré yo !

   Et ne parlons même pas de ces nanas qui, tous les jours que le Bon Dieu fait, mettent un selfie sur leur mur, certaines pour faire saliver le chaland se vêtant de manière suggestive, voire provocante, tout en nous gonflant avec leurs posts débiles ou leurs citations à la con de philosophes de supermarché comme Paolo Coelho (alias Paul Lapin, pour celles qui ne causent pas le portugo-brésilien). Au bout d'un moment, c'est-à-dire de mois et de mois à supporter quotidiennement leurs tronches en long, en large et en travers sur le Mur des lamentations 2.0, on a envie de leur dire : "Montrez-nous votre chatte et qu'on en finisse, bordel de merde !".

   Autrement, on ne compte plus les chieuses qui nous bassinent avec leurs prières à Jésus-Christ, à son père, à son beau-père, à son cousin, à la Vierge Marie, nous recommandant de confier à ces blanches et donc pures divinités nos vies d'indigènes couleur anthracite, cacao ou caramel. "L'ETERNEL EST MON BERGER, JE NE MANQUERAI DE RIEN" écrit unetelle sur sa page. Mais oui, ma pauvre brebis, il te fournira ta ration de foin ! En réalité, il s'agit là d'une manière déguisée pour ces dames de mettre leurs détresses intimes sur la place publique ou plutôt sur le Mur des lamentations-version Zukenberg, histoire de nous obliger à compatir à celles-ci alors qu'on s'en fout comme de notre première chaussette. Cet exhibitionnisme larmoyant, voire pleurnichard est, fort heureusement, et comme déjà souligné à mourir de rire dans certains cas. Pourquoi Jackie et Michel n'ouvrent-ils pas une succursale aux Antilles ? Ca soulagera bien des détresses...

   Sinon, le mur de Zukenberg, affiche aussi les tronches hirsutes et les "têtes-chadron" de toute une bande de conards qui se présentent comme des "artis" et qui maltraitent qui un tambour qui une guitare au lieu d'aller prendre un "madjoumbé" pour fouiller une fosse de dachines (ce qui leur aurait évité d'aller sans arrêt dans le supermarché du Béké pour acheter des pommes de terre). Eux aussi font dans la vidéo et se déhanchent dans des soirées ou des clubs devant des flopées nanas en transe qui parfois se collent indécemment à eux et se mettent à leur caresser le bas du dos et le devant du pantalon, histoire de trouver à nouveau, entre effervescence et turgescence, le grand amour de leur vie. Là, on passe de l'homo erectus à l'homo erectionus...Un petit pas pour l'homme, un grand pas pour la lubricité, comme dirait TI SONSON.  Heu, pardon, pour l'humanité...

   A côté de cette horde d'indécents, d'exhibitionnistes et de semi-dépressifs, on trouve tout un lot de militants-de-toutes-les-causes-du-monde à commencer par la leur. Si l'on peut tout à fait comprendre que des Facebookiens arabo-musulmans se livrent à des intifadas 2.0 contre "l'ennemi sioniste", que des militants négro-africains opposés l'abominable franc CFA y trouvent un lieu d'expression, que des syndicalistes français, allemands ou étasuniens y dénoncent les pratiques scélérates du "capitalisme financier", que des écologistes du monde entier mettent en garde contre la fonte des glaciers, le réchauffement climatique ou l'élargissement de la couche d'ozone, on ne peut que ressentir un profond agacement devant les récriminations permanentes de ceux qu'Aimé CESAIRE qualifiait, peu charitablement, de "mendiants arrogants".

   Ces derniers passent le plus clair de leur temps à pousser des récriminations contre "l'Etat-français-raciste-colonialiste-complice-des-Békés", mais à chaque élection__ et il y en a plus souvent que rarement dans ces "versions absurdemment ratées du Paradis" (A. CESAIRE)__votent comme un seul homme pour le maintien, du drapeau bleu-blanc-rouge ad vita aeternam sur leurs territoires supposément colonisés. Et si le dit Etat, dans sa scélératesse congénitale, leur propose une poussière d'autonomie (pas d'indépendance, d'autonomie !) pour commencer à gérer un tant soit peu leurs affaires, ils et elles battent en retraite tels des "crabes-c'est-ma-faute" et votent à plus de 70% "NON". Et quand un cyclone s'abat sur eux, faut les voir hurler contre ledit Etat, l'accabler de tous les maux de la terre, s'indigner qu'il n'accoure pas pour sauver ses enfants naturellement bronzés dans le quart d'heure qui suit le passage du mauvais temps. En ces moments-là, le Mur des lamentations-Facebook fonctionne à plein régime.

   Exemples capturés sur la page de ces protestataires virtuels    : 

    "Que les BÉKÉS de Martinique prennent bien l'avertissement que leur adresse l'Univers au travers de ce que la situation actuelle de Saint Martin nous révèle...
Un coup de vent suffira pour faire table rase des normes et conventions sociales qui les maintiennent artificiellement au sommet de la pyramide".   
(Sûrement un pousseur de caddy du samedi après-midi. Pff !)

 

    . "Saint-Martin nous rappelle que les situations extrêmes ont tendance à révélé l'impensé et le refoulé de notre quotidien".  (Wouaaaw, le mec ! Il a trouvé sans tout seul, sans Freud ni Bourdieu.)

 

   . "J'en ai ma claque d'entendre les journalistes parler d'îles paradisiaques devenu l'enfer. Paradis pour qui ? Enfer pour qui ?"      (Viva la Revolucion, companero Fidel !)

 

   . "Comme la réactivité n'est pas forcément pour nous, il est temps que les Afro-descendant deviennent des Afro-ascendant"  (Celui-là ne connaît apparemment pas le pluriel, en plus de prendre l'existence pour un ascenseur)

 

   . "Trop fâché pour trouver le sommeil. L'OM sa va pa duré vos conneries j'espère" (Ben, non, peuchère ! Fann de chichoune !)

 

   . "Dieu est le plus grand"  (Ouais-ouas, on sait ! Allak ou-Akbar, quoi !)

 

   . "Gwada deviendra comme la Corse un jour"   (Sans blague ! On y fabriquera du fromage de chèvre aussi ?)

 

   . "Prophétesse, j'ai découvert Dieu"    (Sauf que lui, ça fait très longtemps qu'il connaît tes culbutes, ma vieille !)

 

   . "Facebook n'est pas un site de rencontre. Allé sur Meetic ! PTDR Bande de nazes" (Si t'arrêtais un peu de mettre ta tronche de givrée tous les jours sur Fessebouc, on ne te demanderait pas à voir ta chatte !)

 

   . "J'invite TT les habitants de St-Martin et St-Barthélémy à donnés leur dos physiquement au président Macron lors de sa visite"    (donner virtuellement son dos est tout de même plus facile, non ?)

 

   . "Le travail éloigne de nous trois grands maux : l'ennui, le vice et le besoin"   (T'as oublié le 4è : Fessebouc)

 

   . "Une personne qui t'apprécie et t'adore vraiment ne se mettra jamais dans une position pour te perdre"  (Hé merde ! Même pas en levrette alors ?)

 

   . "Beaucoup de mecs optent pour la carrosserie...alors qu'ils devraient s'intéresser au moteur !!!"  (N'importe quoi ! Tu voudraient qu'on achète des "chats dans des sacs" ?)

 

   Mais des fois, on trouve des trucs à la fois marrants et décapants. C'est rare mais ça arrive. Toujours à propos du cyclone IRMA :

 

   . "C'était quand même plus facile pour les Noirs de prendre le bateau au XVIIe siècle. Je trouve qu'on régresse."

 

   Et à propos du franc CFA :

 

   . "Je voudrais savoir si c'est vrai que si on brûle un billet de 5.000 francs CFA on t'envoie en France".

 

   Mais hélas, dix-mille fois hélas, les trois-quarts du temps quel torrent de conneries, toutes ces lamentations !...

 

NB. En fait, la grande victime de tout ça, c'est l'aurthograffe du français. C'était bien la peine qu'en 1635, Richelieu ait créée l'Académie française et intimé l'ordre à ses membres de créer une orthographe fixe pour la langue "françoise" !

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