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Fêtes patronales, tour cycliste, 14 juillet, tour des yoles : le terrible marathon des politiques

    Nos politiques de tous bords, de toutes obédiences, de droite, de gauche, de demi-droite, de demi-gauche, d'extrême-demi-gauche, d'extrême-centre et consorts adorent les mois de juillet et août pendant lesquels la pluie, ou plutôt l'hivernage, joue pourtant des tours pendables à Ti Sonson qui doit rentrer vite fait son fait-tout de "diri-pois rouge-vianne-cochon-salé" qu'il avait préparé pour passer la journée au bord de la  Grande bleue, les baffles (mis à fond) de sa voiture pas trop loin pour pouvoir assurer un son (cacophonique) permanent. Il paraît qu'en dialecte local ça s'appelle "lavi bò kay"...

   Il y a donc d'abord les fêtes patronales au cours desquelles il faut être en bonne place sur l'estrade et pour les plus chanceux se voir offrir la présidence de l'événement. Alors là, on sort son plus beau costume-cravate naphtaliné, son pantalon en tergal escampé et ses godillots noirs comme avant-hier soir pour pouvoir défiler dans la rue principale du bled juste derrière misié li-mè et son conseil sous les applaudissements et les félicitances d'une populace acquise au ras-cou. Mais le plus beau coup est de se faire inviter dans plusieurs fêtes patronales, ce qui garantit d'avoir sa caboche bien en vue sur les photos du quotidien-qui-ne-ment-jamais et dans les télés de proximité lesquelles confondent d'ailleurs souvent cette dernière avec la promiscuité.
   Vient ensuite le tour cycliste de Madinina et ses mornes abrupts, ses étapes de 110kms qui exigent pour ce faire de tourner en rond (on est bien dans un tour, non , alors nous les cassez pas, ok ?) puisque de la Table du Diable au Cap Salomon, il n'y a très exactement que 89, 975kms. Là, il faut être dans une bonne voiture suiveuse c'est-à-dire pas une de celles qui font du sur place au même rythme que les tocards de la pédale qui attendent la voiture-balai. Et la bonne voiture suiveuse c'est le 4/4 décapotable qui file en tête de course pas trop loin du maillot jaune et vu que ce dernier est forcément applaudi par monsieur et madame Sonson, eh bien, nous aussi les zélus de la République Une et Indivisible, on récolte un peu de cette approbation bord de routière. Mais don d'ubiquité oblige (mais ça, c'est pas le plus difficile vu que la devise du politicien moyen dans l'île aux fleurs c'est ou wè'y, ou pa wè'y !), il faut aussi s'arranger pour être là à l'arrivée. Sur la ligne d'arrivée plus exactement car c'est là que la chaleur populaire atteint son maximum de Celsius. Il faut d'abord avoir été choisi par les organisateurs du Grand Rond Cycliste de la Martinique pour remettre l'un des maillots. Le jaune c'est le top, mais faut quand même pas exagérer : il est réservé au top des boss.  Mais il reste le rouge, le vert, le à-pois etc. et là faut se coller au "cyclisse" et le prendre par le cou, si on est un élu du sexe dit fort et lui faire un "gwo bo" si on est du sexe dit faible. Clic-clac! C'est bon, on est sur la photo. 

   Y'a enfin le Grand Rond des Yoles de Martinique et là, finis les robes sousoun-kléré, les talons de 22cm ou les costumes-cravate ! Fini Ti Sonson ! On est en mode ras-la-touffe pour ces dames et gwo-koko et biscottos pour ces messieurs. Vaut mieux avoir quand même fait un régime un peu avant pour qu'on ne voit pas les replis de votre "boudin" ou la cellulite de vos "katjé". Toutefois, vu le nombre de nanas canons au mètre carré sur les bateaux suiveurs et celui des Apollons basanés, l'homo politicus martinicensis devra jouer sérieusement des coudes pour parvenir à se faire une "tite" place au soleil estival des photographes amateurs et professionnels. Sans compter qu'il faut avoir un tant soit peu le pied marin car la période n'est guère propice aux mers d'huile et aux vents caressants. Le mieux est de louer un gros engin genre catamaran qui bougeotte le moins possible et qui a suffisamment d'espace pour que le vulgum pecus et la vulgaire chagatte, qui zigzaguent autour sur des scooters de merde, puissent vous zieuter et donc remarquer votre éminentissime présence. Bon, c'est pas de tout repos, faut avouer ! Vagues qui vous mouillent jusqu'à l'os, embruns qui vous embrument les bronches, passagers qui dégueulent à deux pas de vos pieds, journalistes enquiquineurs qui cherchent à avoir vos impressions quittent à vous faire une gorge profonde avec leur micro. Ah la-la ! Qu'est-ce qui faut pas faire pour montrer qu'on est proche du peuple !

   Ah oui, y'a aussi le 14 juillet. Là, par contre, c'est un peu guindé de chez godiche mais sans godemichet même si, Oh my god !, le soleil de onze heures du mat' devant un monument aux morts pour l'amère patrie, les godelureaux un peu trop gominés ils goûtent pas trop. Mais bon, faut quand même prévoir d'être assis au troisième ou quatrième rang derrière les z'autorités préfectorales, territoriales et théologales car le bon peuple veille au grain (tout en ne sachant jamais séparer le bon grain de l'ivresse vu qu'il consomme trop de tafia à 55° ce jour-là).

   Bon, tout ça, c'est ce qu'en dialecte local, on appelle "lapolitik bò kay". Pas très glorieux, mais gloire à toi, Saigneur des Agneaux ! Ils ne savent pas ce qu'ils font au fond des urnes...

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