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HAÏTI-FRANCE-CINÉMA: FRANKÉTIENNE ENTRE DÉSORMAIS DANS LE CINÉMA CONTEMPORAIN

Le film, Une Étrange Cathédrale dans la Graisse des Ténèbres, du cinéaste français Charles Najman, projeté récemment à la Fokal, Port-au-Prince, et au Villate, Pétion-Ville, a connu un vif succès auprès du public haïtien, découvrant un Frankétienne tellurique et satirique.

Tourné en Haïti en novembre 2010, dans le contexte de la célébration de la Fête des morts dans les cimetières, le film (production de La Huit, en co-production avec Fanal et Trace TV) s’articule autour d’un monument patrimonial, la Basilique Notre-Dame, démantibulé lors du séisme du 12 janvier 2010. Une cathédrale devenue fantomatique dans la zone du Bel-Air, ancien fief de Frank.
 
Les deux interprètes de la pièce Melovivi ou Le Piège, le dramaturge Frankétienne et son complice de scène Garnel Innocent, investissent le site religieux ainsi que la ronde des enfants et des dévotes du quartier de la paroisse Cathédrale. Outre son métier d’acteur, Innocent a produit un ouvrage sur Frank intitulé Leksife, clé lexicale pour dominer les néologies de forme et de sens du patriarche nobélisable.

Le film en question établit une relation entre la mise à mort d’une ville, Port-au-Prince, et la mise en scène de la mort incinératrice du plus grand poète de cette capitale meurtrie,  Frankétienne.

Le documentaire-fiction de Charles Najman représente  la radiographie post-séisme de l’une des plus monstrueuses villes de la Caraïbe, où la mort, la vie et le sexe forment un implacable triangle équilatéral.

Les personnages secondaires du film, le chanteur soliste charismatique, le grand- prêtre vaudou, la mambo du psychodrame mortuaire du cimetière extérieur de Port-au-Prince, et bien d’autres personnages tourmentés de cette fiction-documentaire, soutiennent bien le propos cinématographique de Najman.

Film de conjuration et d’interprétation de la mort en milieu urbain haïtien, Une Etrange Cathédrale dans la Graisse des Ténèbres (titre de l’une des spirales de Frankétienne) se veut une investigation du traumatisme post-séisme, auquel seule la voix de l’enfance ou l’écho des anciens peut résister jusqu’au bout.

D’autres films mémoriels comme Chronique d’une catastrophe annoncée, d’Arnold Antonin, et Élégie de Port-au-Prince, d’Aïda Maigre-Touchet, inspiré du poème éponyme de Dominique Batraville, ont cerné également, dans ses différents aspects, le désastre du 12 janvier 2010. Tout comme l’ont fait avec attention et talent, différents écrivains : Dany Laférrirère dans Tout bouge autour de moi, Marvin Victor dans Corps mêlés, Yanick Lahens dans Failles, et tant d’autres encore à travers le numéro spécial de la revue Riveneuve Continents, consacré au drame sismique de l’an dernier.  Littérature, cinéma, peinture et musique  questionnent le séisme. Il faut donc mentionner aussi les peintures post-séisme de Frantz Zéphyrin, Levoy Exil, Préfète Duffaut. Et surtout, le requiem du compositeur Jean-Jean Pierre!

La mémoire oublieuse a trop souvent gêné le bourgeonnement de l’espérance des lendemains de promesses. Le dernier film de Najman aura survécu au naufrage de la mémoire. Tant par son côté rieur. Tant par son ambiance syncrétique.

Et Najman a ainsi consolidé sa filmographie haïtienne, qui compte déjà des films comme Royal Bonbon; Les Illuminations de Madame Nerval; Haïti: est-ce la fin des chimères?

Une étrange cathédrale dans la graisse des ténèbres, de Charles Najman, a été projeté le mercredi 29 juin 2011 à 19 heures précises, au centre culturel La Souvenance, c’est-à-dire chez Simone Schwarz-Bart à Goyave (Guadeloupe).

Le personnage-culte Frankétienne entre désormais dans le cinéma contemporain! Oyé!

Dominique Batraville

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