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Il faut réunir les Assises de l'Université de la Martinique !

Francis CAROLE
Il faut réunir les Assises de l'Université de la Martinique !

UNIVERSITÉ : REPENSER L’AVENIR DU PÔLE MARTINIQUE

La question du fonctionnement de l’université des Antilles ne cesse de faire débat. Ainsi, lors de la plénière du mercredi 28 novembre, les conseillers de l’Assemblée de Martinique ont, à l’unanimité, adopté une motion réitérant « leur volonté de défendre avec la plus grande fermeté la pérennité et le développement du Pôle de Martinique et d’assurer aux étudiants les meilleures conditions d’enseignement. »

S’il convient de saluer cet engagement politique fort et l’appel à un «véritable dialogue entre pôles » prenant en compte « les perspectives de développement de chacun des territoires de la Guadeloupe et de la Martinique », il s’avère urgent d’aller au-delà des déclarations et de doter la Martinique d’une véritable stratégie de développement de son université et de la recherche.

Que voulons-nous pour notre université ? Comment l’inscrivons-nous dans une ambition globale pour le développement et le rayonnement de la Martinique ?

L’essentiel est là. Au-delà des actes de protestation, c’est la question posée et à résoudre.

Pendant des décennies, nous avons, collectivement, tenté de construire une université pour maintenir sur place les étudiants de Guadeloupe, de Guyane et de Martinique. De Centre Universitaire nous sommes devenus une université de plein exercice. Ce fut le résultat des luttes des étudiants de l’époque (AGELAG, AEDSEM, puis ONEM et UNEEG) et d’une concertation intelligente entre Martiniquais, Guyanais et Guadeloupéens pour amener le pouvoir central à céder.

Certes, il y eut des erreurs dans la gestion du Centre Universitaire puis de l’université de plein exercice, mais la posture des différents présidents qui se sont succédés a été, pour l’essentiel, une posture décoloniale, fondée sur la défense des intérêts de nos peuples contre un pouvoir parisien jacobin.

Force est d’admettre que la caractéristique de la période actuelle est le repliement sur soi de nos territoires. Pire ! Désormais, le frère est le colon et le colon le protecteur.

Les « dysfonctionnements » entre les pôles de Guadeloupe et de Martinique de l’UA ne font qu’illustrer la volonté forcenée du président de l’UA d’asphyxier le pôle Martinique au profit de celui de la Guadeloupe et de le réduire à l’état d’appendice de seconde zone.

Comment en effet accepter qu’interdiction soit faite à la présidente du pôle Martinique -pourtant autonome- de procéder à des engagements supérieurs à 5000 euros, sans l’autorisation préalable du pôle Guadeloupe ?

Comment tolérer qu’une « clef de répartition », taillée sur mesure (ou sur démesure) au profit du pôle Guadeloupe, accorde à ce dernier 66,36% du budget et seulement 33, 64% à la Martinique ?

Point n’est besoin d’être « grangrek » pour imaginer le rôle que le pôle Guadeloupe prétend réserver à celui de la Martinique. Même le plus ingénu de nos lecteurs aura compris que la fameuse « clef de répartition » reflète, très objectivement, une volonté hégémonique qui porte atteinte non seulement à l’avenir de l’entité du campus de Schoelcher mais aussi aux intérêts fondamentaux de la Martinique.

Cela n’est pas acceptable. Les élus martiniquais doivent réagir à la hauteur de la menace et des enjeux désormais posés. En effet, l’université et la recherche sont au cœur du développement de notre pays. Notre rayonnement, l’attractivité de notre territoire, l’innovation économique, l’avenir de notre jeunesse passent par l’université et la recherche.

La « classe politique martiniquaise » serait irresponsable de ne pas le comprendre et de ne pas prendre les décisions qui s’imposent maintenant.

J’ai été de celles et de ceux à avoir pensé, sur le modèle de l’université des West Indies qui rassemble pas moins de dix-sept États anglophones de la Caraïbe, qu’une collaboration intelligente et profitable à nos différents pays pouvait s’instaurer. Selon toute vraisemblance, cette position de bon sens mérite désormais d’être rangée au rayon « contes de fées politiques ».

C’est toujours triste, surtout à la veille des fêtes de Noël, d’en arriver à de telles conclusions. Mais, après tout, les histoires fabuleuses n’engagent que ceux qui y croient. Il semble en tout état de cause que nous n’ayons d’autre alternative qu’une redéfinition urgente de nos orientations si nous voulons éviter que le conte de fées ne se termine en histoire, bien réelle, de naïfs.

Je considère pour ma part, que nous devons penser la création d’une université martiniquaise de plein exercice. Pas demain. Mais aujourd’hui. Certes, un certain nombre de conditions doivent être réunies, un projet doit être pensé, la concertation doit s’organiser.

À cet effet, il est urgent de réunir les Assises de l’Université de Martinique et de la Recherche afin d’élaborer une véritable stratégie dans ces domaines pour les décennies à venir. La CTM a le devoir d’y jouer le rôle clef avec le pôle universitaire martiniquais.

L’université de Martinique n’est dans mon esprit ni un enfermement, ni un nombrilisme, ni un chauvinisme, mais un outil de développement de notre pays et une possibilité d’envisager -dans un cadre débarrassé de ressentiments multiples et persistants- des relations plus saines entre nos différents pays. Malgré les vicissitudes du présent, il nous faut garder intacts les idéaux fondamentaux de coopération et de fraternité entre tous les peuples de notre Caraïbe.

Francis CAROLE

MARTINIQUE

Lundi 17 décembre 2018

 

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