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Lamentin

Inauguration de la Médiathèque

Ernest Pépin
Inauguration de la Médiathèque

Monsieur le maire de Lamentin
Mesdames et Messieurs les membres du Conseil Municipal
Mon bel amour
Mes chers parents
Mes chers amis
Vous tous en vos grades et qualités

D’aussi longtemps que je me souvienne, j’entends la voix de ma mère me donnant une dictée. Elle commençait toujours par l’une des saisons du calendrier européen mais elle m’inculquait l’amour inaltérable des mots. C’est comme cela que j’ai appris des vocables comme la gare, l’hiver, le chêne et bien d’autres. Cela a développé chez moi un goût immodéré pour l’imagination, une propension à inventer, un désir d’ailleurs, qui ne m’ont jamais quitté.

A cela s’ajoute, plus tard, la saine curiosité des livres. J’ai toujours été entouré de livres, j’ai toujours baigne dans les livres. Je garde en mémoire ma fièvre à découvrir les journaux «Amis Coop» qui arrivaient à la maison. Ils étaient bien modestes mais en vérité ils étaient des fontaines de savoir. J’y apprenais par exemple que Nicéphore Niepce avait découvert la photographie ou comment et pourquoi l’Angleterre avait créé l’église anglicane en rompant avec le pape. Poursuivant ma route, je me délectais de la revue «L’école des lettres» que ma mère recevait régulièrement. C’est ainsi que j’ai appris que Charles Baudelaire avait écrit un poème inspiré d’une forme de poésie persane qu’on appelait un pantoum. Pour tout vous dire, alors que j’étais à l’école normale de Pointe-à-Pitre, je passais des week-ends à m’exercer à faire des explications de textes tirés de l’école des lettres. Mais déjà, l’amour des livres me gangrenait. Je lisais tout avec un appétit féroce et j’apprenais par cœur des citations qui me sont toujours restées. Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostand, Le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas, je dévorais tout. Cependant, c’est grâce à un ami, Yvon Desjardins, que mon destin a basculé. Un jour, il m’a dit: Toi qui aime lire, lis ça! C’était un tout petit livre intitulé «Et les chiens se taisaient». Une révélation, je venais de découvrir Aimé Césaire! Un monument! Un monde! Je me suis acharné à connaître tous les écrivains négro-africains que je pouvais dénicher qu’ils soient français, américains, africains ou caribéens. Je me régalais! Enfin, je comprenais les contradictions de mon père à la fois gaulliste et profondément anticolonialiste. Armé de ce bagage littéraire, je voulais devenir écrivain. Je les chérissais tous! Je savais que Balzac aimait les cannes, qu’Alfred de Musset affectionnait les lévriers, que Ronsard avait chéri une jeune fille de quinze ans. C’est donc, lesté, chargé, que je me suis jeté, corps et âme dans la littérature sans deviner qu’un jour je serais honoré pour cela.

Monsieur le maire,

C’est un parcours que vous remerciez! Je ne l’aurais jamais réussi seul si je n’avais été guidé par Aimé Césaire, soutenu par Dominique Larifla, épaulé par tous mes amis. Qu’ils viennent de Lamentin, de Saint-François, du lycée Carnot, de l’école normale, de Bordeaux, de la Martinique et de toute la Caraïbe. Je suis bien placé pour rappeler que nul homme n’est une île au-dedans de lui-même. Je ne peux oublier mes parents, ma famille toute entière qui m’a inculqué la confiance en moi-même. Je songe à mon épouse à qui j’avais promis de l’emmener en poésie et à qui aujourd’hui, je dis comme Aragon: Que serais-je sans toi? Qui vins à ma rencontre. Je pense très fortement à mes deux enfants, Aïda et Patrice, qui m’ont réconforté par leur amour. Comment ne pas nommer, en ce jour, l’Association Céréale, qui a été la première à me rendre hommage!

La littérature m’a tout donné! J’ai quasiment fait le tour du monde comme invité. J’ai connu de belles et brillantes amitiés. J’ai reçu de nombreux prix mais le plus prestigieux restera l’honneur que vous me faites avec votre conseil municipal. Ma gratitude est immense car cela n’a pas d’équivalent. Surtout en présence de ma mère.

Avec grande émotion, je vous remercie au nom de ma famille toute entière. Puissent les enfants de Lamentin, de la Guadeloupe et d’ailleurs, s’enrichir à la médiathèque Ernest, Jim, Pépin.

Merci!

Mille fois merci!

Ernest Pépin

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