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Indépendantistes : ni dans la rupture réelle ni dans la rupture symbolique

Jean-Laurent ALCIDE

    Nous continuons notre critique douce-amère du camp indépendantiste martiniquais ou qui se présente comme tel, depuis trois ou quatre décennies, toutes tendances confondues : nationalo-fanonistes, marxistes-léninistes, trotskystes, maoïstes, écolos-souverainistes, noiristes etc...etc... pour poser une question d'une effrayante banalité : dans quel domaine particulier ou précis, un seul de nos leader ou de nos partis indépendantistes a-t-il enclenché la moindre rupture avec le système qu'ils dénoncent comme "colonialo-impérialisto-capitaliste" ? Nous ne parlons même pas d'une rupture réelle, mais au moins, oui, au moins, au minimum si l'on préfère, d'une rupture symbolique. Des exemples de ruptures réelle ? Des exemples de ruptures symboliques ?

   Aucun problème !

   Ruptures réelles : refus de découper la Martinique en tranche de 500m2 pour y construire chacun sa propre villa (la plupart du temps sur d'anciennes "Habitations cannières" dont les terres ont été déclassées par des maires qui se foutent royalement des générations futures) ; refus d'acheter, dans un pays minuscule, qui fait 80kms de long sur 30 de large, de grosses cylindrées surpuissantes genre 4/4 ou BMW qui coûtent 40, voire 50.000 euros, dans un pays où la moitié de la population survit avec 700 euros par mois ; refuser d'acheter un appartement à Paris ou ailleurs en France etc...

   Ruptures symboliques : refus de s'exprimer en français dans les médias et usage exclusif du créole, mais alors d'un vrai créole, d'un créole que l'on respecte, pas le charabia des syndicalistes qui confine au petit-nègre ; refus de porter le costume-cravate, y compris quand on est parlementaire (le costume à col mao y est admis !) ; refus d'envoyer sa progéniture étudier dans les universités hexagonales etc...

   Ce serait trop demander à nos chers (es) indépendantistes d'opérer des ruptures réelles. Ne soyons pas trop exigeants ! Mais enfin, bon dieu de bon sang, qu'est-ce qui les empêchent d'opérer au moins des ruptures symboliques ? Ce serait déjà un premier pas, même s'il est modeste. Ce serait une manière de commencer à prouver sa sincérité à Ti Sonson qui en doute fort et à juste titre. Car, enfin,  notre indépendantiste se pose-t-il jamais la question de savoir ce que pense le citoyen ordinaire lorsqu'il voit tel indépendantiste rouler dans telle voiture dernier cri ou qu'il constate que ce même indépendantiste vit dans une grosse villa en béton (parfois avec piscine) construite sur du terrain agricole déclassé ? Ignore-t-il, notre indépendantiste, les vertus de l'exemplarité ? Apparemment oui. A moins qu'il s'en foute. Tou sa pé adan !

   En fait, le verbiage, confinant à la logorrhée du soi-disant indépendantiste, surtout les quadragénaires et quinquagénaires,totalement incultes, qui ne lisent jamais un livre, c'est de la poudre aux yeux et de la posture. De la poudre aux yeux car ce verbiage, aux accents "révolutionnaires", ne répond à aucune des questions concrètes que se pose Ti Sonson quand on lui parle d'indépendance. Aucune ! Eh oui, Ti Sonson ne compte pas vivre de slogans et d'eau fraîche. "Hasta la victoria siempre !", c'est bien joli, mais c'est pas ça qui va garantir le salaire, chaque fin de mois, de l'enseignant, du policier, de l'infirmière ou de l'agent d'administration. Ce n'est pas ce qui viendra au secours de l'agriculteur en cas d'intempéries. Ce n'est pas ce qui permettra d'importer le pétrole qui fait fonctionner l'usine d'électricité de Bellefontaine et rouler nos véhicules ni d'acheter les médicaments qui garnissent les rayons de nos pharmacies. Et des réponses ou des solutions à ses questions, il doit bien y en avoir puisque quand je fais 35mn d'avion pour aller à Barbade, je vois bien que les policiers officient, que les enseignants enseignent ou que les infirmières soignent. Quand je suis sur la côte Sud-Caraïbe (de Sainte-Luce à St-Anne) la nuit, je constate bien qu'il y a une île en face, pas trop éloignée, où brillent des myriades de lumières, ce qui logiquement veut dire qu'on y fabrique de l'électricité, sinon elle serait dans le noir complet.

   Comment font-ils ces gens des îles d'à côté qui sont indépendants et qui n'ont aucun Papa Blanc pour assurer leurs fins de mois ?

   Apparemment, chercher à le savoir est la dernière des préoccupations de nos chers indépendantistes quadras et surtout quinquas. Tout ce qu'ils connaissent d'un pays comme Barbade, par exemple, qui fête durant toute cette année 2016 le 50è anniversaire de son indépendance, ce sont deux ou trois plages de sable blanc où ils ont eu l'occasion d'aller faire trempette et le cul de la chanteuse RIHANNA. La pire espèce étant ceux qui, un peu plus âgés il est vrai ceux-là, se sont planqués à vie dans des partis autonomistes au sein desquels leur grande gueule en impose à l'honnête militant de base autonomiste. Braillards, mafieux ou maçons, à moitié-incultes, ces autonomo-indépendantistes rêvent en ce moment d'une chose et d'une seule : que les indépendantistes actuellement au pouvoir en Martinique dans une coalition avec la Droite finissent par s'entredéchirer et qu'une fraction d'entre eux vienne grossir les rangs des premiers nommés afin, sans doute, de constituer un nouveau parti prétendument "de gauche". Or, s'il y a pire qu'un soi-disant indépendantiste martiniquais, c'est bien un soi-disant autonomo-indépendantiste ! Ce sont eux qui ont inventé la notion loufoque de "marronnage institutionnel" sans se rendre contre de la contradiction interne que comporte cette expression qui, certes, résonne bien à l'oreille. Car, un marron était un esclave qui fuyait ou qui s'échappait hors de "l'Habitation". Il ne marronnait pas à l'intérieur de cette dernière, sinon il était vite rattrapé et se voyait couper les jarrets, si ce n'est pire. D'où la création, au fin fond des bois, de camps de Marrons dans les petites îles (Guadeloupe, Dominique etc.) et de véritables "républiques de Marrons" dans les grandes îles (Jamaïque, St-Domingue coloniale etc.). Or, nos nègres marrons modernes, eux, cherchent ou veulent marronner à l'intérieur de l'Habitation, dans les institutions françaises, au beau mitan du cadre institutionnel français !!!

   Nous reviendrons sur cette faune que sont les autonomo-indépendantistes (ces Nègres marrants ?) une autre fois. Revenons à nos cabris indépendantistes ! Nos chers quadras et quinquas donnent l'impression d'une intense activité grâce aux dossiers préparés par des administratifs qui, eux, pour la plupart, sont inamovibles et qui, quel que soit le parti en place, font leur boulot au mieux. L'élu indépendantiste cache donc sa nullité ou sa fainéantise derrière ce boulot auquel il ne prend aucune part et vient parader dans les médias, l'administratif, lui, ayant vocation à demeurer dans l'ombre. On dira que dans l'Hexagone, c'est pareil, sauf que là-bas, il est rare que les élus importants soient des nuls. Magouilleurs pour certains, certainement, menteurs pour d'autres, très probablement, démagogues pour la plupart, bien évidemment, mais nuls ou incultes, certainement pas. Ou en tout cas très rarement. Faites un petit test auprès de nos chers élus indépendantistes pour savoir quel est le dernier livre qu'ils ont lu ! Très malhonnêtement, ils vous rétorqueront : "Je ne lis pas de romans !". Comme si le livre se résumait à la littérature ! Comme s'il n'existait pas des livres d'histoire, de sociologie, d'anthropologie, de psychologie, d'économie etc...Tenez, puisqu'on parle d'économie, lequel a lu l'ouvrage de l'économiste français Thomas PIKETTY, "LE CAPITAL AU XXIè SIECLE", qui a été un véritable séisme intellectuel et a été traduit en pas moins de vingt-sept langues ? Là, on n'est pas dans la littérature, on n'est pas dans le roman : on est dans la théorie économique et pas des moindres. Eh bien, vous pouvez être sûr que quasiment aucun de nos quadras et quinquas soi-disant indépendantistes n'a lu ce livre !

   Mais au fond, quand on n'a comme seule et unique ambition que de devenir ou de rester toute sa vie un petit notable de province française et qu'on n'a aucune intention un jour de diriger un pays indépendant, pourquoi s'emmerder à lire ce genre de bouquins ? Un député de Basse-Normandie ou de Lozère se contente de s'occuper de sa petite région, pourquoi ses homologues martiniquais ne feraient-ils pas pareil ? Sauf qu'il y a un hic. Un gros hic : c'est lorsque ledit élu martiniquais a le culot de se présenter comme indépendantiste. Un élu martiniquais de Droite ou autonomiste a parfaitement le droit de se comporter comme un simple élu provincial français, pas un élu qui affiche l'étiquette indépendantiste. Ou alors ce dernier est dans la fumisterie pure et simple et dans l'escroquerie, on n'ose pas dire "intellectuelle" ce qui serait lui faire trop d'honneur, mais disons, l'escroquerie mentale. Car ce n'est à pas à l'élu de Droite ou autonomiste que Ti Sonson posera la question qui fâche (ou qui tue), mais bien à l'élu indépendantiste :

   "Comment peut-on être indépendant ? On n'a ni pétrole ni gaz naturel ni or ni diamant ni manganèse..."

   Nos chers (es) élus (es) indépendantistes ont-ils pris le temps de peaufiner une réponse sérieuse, c'est-à-dire argumentée et chiffrée à la fois, à cette question tout à fait fondée et sensée. Tout à fait normale en tout cas. Sont-ils capable, au pied levé, face à Ti Sonson, d'établir une comparaison entre l'immense Venezuela (presque deux fois la superficie de la France), bourré de pétrole, et la minusculissime Barbade (trois fois plus petite que la Martinique), qui n'a que des plages de sable blanc et zéro richesses minières ? Etablir, chiffres à l'appui, de tête, la comparaison et démontrer qu'un pays totalement dépourvu de toute ressource minière est tout à fait capable de se défendre mieux et d'assurer une vie meilleure à sa population qu'un pays qui est un "scandale géologique" comme le Venezuela ou le Congo-Kinshasa. "Oui, mais Barbade, c'est tout petit et..." contrattaquera Ti Sonson auquel il faudra répondre du tac-au-tac, "Certes, mais pas le Japon qui, lui aussi, a zéro ressources minières et qui est la 3è puissance économique mondiale". Tiens, en parlant d'inculture et puisqu'on évoque le Japon, je suis prêt à parier que l'élu indépendantiste, "qui ne lit pas de romans", ne sait même pas que 70% du territoire japonais est composé de...forêts. Autrement dit que l'archipel nippon est plus forestier que la totalité des pays d'Afrique noire, y compris le plus forestier  d'entre eux à savoir le Congo-Kinshasa justement (68% de couvert forestier). Il ne sait pas non plus que pour la première fois dans l'histoire, en cette année 2016, la Russie a dépassé, avec 118 millions de tonnes de céréales, la production des Etats-Unis. Cela ne s'était jamais produit ! Au fait, sait-il que ces mêmes Etats-Unis disposent de 800 bases militaires dans le monde répartis sur 70 pays contre à peine une soixantaine pour les Russes dans une douzaine de pays ?

   L'élu indépendantiste n'a aucune connaissance géopolitique car il n'a jamais sérieusement imaginé qu'un jour, il serait amené à diriger une Martinique indépendante. Il n'a donc pas besoin de savoir tout ça. Il ne parle d'ailleurs pas de langue étrangère et sur ses blogs ou sites-web, on n'écrit qu'en français (avec parfois des titres d'articles en créole, mal orthographié, pour faire joli) et il n'y a quasiment jamais d'articles sur le vaste monde comme si la mondialisation n'existait pas !!!  Donc pour en revenir à la question posée au tout début de cet article, comment imaginer que ce notable provincial français et satisfait de l'être puisse opérer la moindre rupture, réelle ou symbolique, avec le système français en vigueur dans ce que la vulgate indépendantiste nomme "les dernières colonies" ? Soyons honnêtes : il y a eu de très rares indépendantistes à avoir enclenché des ruptures. Il y a eu un élu qui, à l'époque où cela n'était pas légal, avait lancé une télévision privée. Immédiatement : injonctions de fermeture émanant du Préfet ; attaque des forces de l'ordre ; destruction de l'antenne et du matériel de cette télé ; molestation du leader indépendantiste et de ses proches le jour de l'intervention gendarmesque. C'est qu'enclencher une rupture avec le système entraîne automatiquement une riposte de ce même système lequel n'est pas idiot et sait proportionner ses ripostes. Vous faites une rupture réelle en lançant une télé-pirate, il l'a détruit. Vous faites une rupture symbolique en mettant un drapeau nationaliste au balcon de votre mairie, il vous traîne devant la justice. L'Etat colonial ne reste jamais les bras croisés devant une tentative de rupture, que cette dernière soit réelle ou symbolique.

   Simplement enclencher des ruptures n'est pas du tout payant électoralement et ceux qui s'y risquent le paient très cher lors des élections. Mais n'est-ce pas le prix à payer si on est un authentique indépendantiste et non un indépendantiste en paroles ? Car un élu indépendantiste n'a pas vocation à gérer ad vitam aeternam les institutions françaises. Les élus de Droite et autonomistes s'en chargent très bien-merci. A un moment ou un autre, un élu indépendantiste se soit de se différencier de ces derniers ou alors il doit changer d'étiquette politique par simple honnêteté. Les Vieux de la vieille (les 60 ans et plus) qui ont fondé nos différents partis politiques au siècle dernier se sont employés à faire le vide autour d'eux et à ne surtout pas accueillir des gens qui pourraient leur porter la contestation. Ils ont préféré s'entourer soit de bénis-oui-oui soit d'opportunistes dénués de toute assise idéologique et ce sont ces fameux quadras et quinquas qui, horloge biologique oblige, s'apprêtent avec une impatience croissante à reprendre les rênes de ces différents partis. C'est que dans le camp indépendantiste, toutes tendances confondues, on hait le débat, on déteste la controverse intellectuelle, on se méfie comme de la peste des idées non-convenues. L'intellectuel est tenu en haute suspicion et d'ailleurs ce genre d'article que vous êtes présentement en train de lire, ils n'en liront que les premières lignes et s'écrieront, avant de passer à autre chose :

   "Tchip ! Kouyonnad misié ka ékri la !"

   Heureusement que ces gens, macoutes en puissance, n'auront jamais de vrai pouvoir, notamment celui d'emprisonner les opposants puisqu'ils n'ont aucune intention, puisqu'ils n'ont jamais eu l'intention plus exactement, de diriger un pays indépendant un jour. Mais tout cela est bien triste pour la Martinique car elle a beau avoir depuis des lustres un nombre conséquent d'élus indépendantistes, de toutes tendances, elle n'a pas, par rapport à la Guadeloupe et la Guyane qui n'ont aucun élu indépendantiste, avancé ne serait-ce que d'un demi-mètre sur le chemin de la souveraineté nationale.

   D'où la question : à quoi ça sert alors d'élire des indépendantistes ? Réponse méchante : à être indépendant fooballistiquement en intégrant la FIFA tout en demeurant français politiquement, français économiquement, français socialement, français éducativement, français linguistiquement....

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