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Jacobus CAPITEIN (1717-1747) : Esclave devenu pasteur, il déclare l’esclavage conforme au christianisme.

Marie-Noëlle RECOQUE DESFONTAINES
Jacobus CAPITEIN (1717-1747) : Esclave devenu pasteur, il déclare l’esclavage conforme au christianisme.

Jacobus CAPITEIN est né en pays fanti, actuel Ghana. En 1725, il est vendu à un négrier hollandais qui travaille pour la Compagnie des Indes Occidentales. L’enfant est offert à Jacobus Van Goch, un pasteur qui lui donne le nom de Capitein et, en 1728, l’emmène avec lui à La Haye. De nombreux protecteurs et mentors vont se relayer ensuite pour parfaire sa formation d’universitaire et de théologien. Tous lui demandent, à la fin de ses études de retourner en Afrique de l’Ouest. Baptisé en 1735, ordonné pasteur, puis en 1742 déclaré « ministre De l’Evangile », il prononce ses premiers sermons au Pays-Bas avant de s’embarquer sur un bateau négrier en partance pour la Côte de l’Or. Sa mission est double : renforcer la foi chrétienne des Hollandais et évangéliser les Africains. Les premiers n’appartiennent pas pour la plupart à l’église réformée et les seconds ne s’empressent pas de lui confier leurs enfants. Cependant Opoku Ware, un chef ashanti, est impressionné par l’éducation reçue par J. Capitein et décide d’envoyer une quinzaine de jeunes en Hollande. Le pasteur s’éprend d’une femme que ses supérieurs l’empêchent d’épouser car elle n’est pas convertie. Par la suite, il délaisse quelque peu sa mission évangélisatrice pour se lancer dans le commerce, il s’endette et s’adonne à la boisson. Le 1er juillet 1745, il demande à être démis de ses fonctions et il meurt deux années plus tard, à l’âge de trente ans, dans des circonstances non élucidées, semble-t-il.

 

Jacobus E. J. Capitein. en 1743, a soutenu une thèse qui déclare l’esclavage conforme à l’esprit de la religion chrétienne. Citant les auteurs classiques, il y fait l’historique de l’esclavage à travers le temps et dans les différents pays. Selon lui, il aurait commencé à l’époque de Noé et de son fils Cham. Il explique que  si Jésus a bien voulu libérer les hommes c’est uniquement sur le plan spirituel. « Aussi distinguons-nous, dit-il, entre esclavage de conscience et de péché, et esclavage civil ; entre la loi du paradis et celle des tribunaux terrestres ; et enfin entre liberté spirituelle et liberté corporelle : ainsi le Christ parle-t-il de loi divine et d’esclavage spirituel dont nous sommes libérés dans le Nouveau Testament. »

 

En 1989, l’universitaire et sociologue ghanéen KWESI KWAA PRAH, publie, en Afrique du Sud, une étude critique consacrée à Jacobus Capitein (publiée en français chez Présence Africaine). Il y invite à ne pas le juger sans tenir compte du contexte dans lequel cet homme a évolué. En fait son univers est resté circonscrit à celui que lui a octroyé la Compagnie des Indes Occidentales dont il a toujours été dépendant. Fait esclave, arraché à son pays et à son peuple, éduqué dés son plus jeune âge par des Européens soucieux d’en faire le fer de lance d’une mission évangélisatrice parmi les siens, le jeune homme (il a 25 ans quand il soutient la fameuse thèse) a été conditionné. « Très souvent, dit le pasteur dans sa préface, j’ai remarqué que certains chrétiens sont inquiets car à cause du message de liberté que propage l’évangile chrétien l’esclavage dans les plantations institué par des chrétiens pourrait être aboli  entraînant de grandes pertes financières pour les administrateurs de la Compagnie des Indes occidentales. Certains,  oui, certains dans le monde chrétien, en particulier au Pays-Bas, mus par un esprit qui m’est inconnu, avancent que la liberté chrétienne est contraire à l’esclavage. Du fait de ma situation actuelle, il me revient de prouver que cette idée est issue soit d’une ignorance du véritable esprit de l’évangile, soit de la superstition. »

 

Selon l’auteur, le fait que Jacobus Capitein se soit détourné de sa mission pastorale et mis à boire incite à penser qu’il s’est probablement remis en question une fois de retour sur le sol natal. Créature de la Compagnie des Indes Occidentales, il a fini par la décevoir en échappant à son emprise. Par ailleurs, on note que soucieux d’instruire, J. Capitein a ouvert en Afrique une école recevant noirs, mulâtres et blancs mélangés et qu’il a eu l’idée de traduire des textes bibliques en langue fanti.

 

Kwesi Kwaa Prah déconseille à son lecteur de regarder avec trop de condescendance cet Africain au parcours atypique, qui vivait à une époque où l’idée des  droits de l’Homme n’avait pas encore été affirmée clairement. Au passage, il stigmatise les J.Capitein du temps présent, qui eux n’ont pas cette excuse. Il affirme que « l’attitude de certaines élites africaines singeant à l’extrême les occidentaux, permet de relativiser le comportement de Capitein »

 

   Marie-Noëlle RECOQUE DESFONTAINES

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