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JE COMPRENDS LES DESTRUCTIONS DES STATUES

Raphaël CONSTANT
JE COMPRENDS LES DESTRUCTIONS DES STATUES

Il fut un temps, pas si lointain, où chaque 27 avril, les autorités coloniales avec le personnel politique dont la « gauche » martiniquaise se rendait devant la statue de Schoelcher pour y déposer une gerbe. Même lors de la manifestation traditionnelle du premier mai, le cortège précédé d’une fanfare qui jouait, entre autres, « auprès de ma blonde, qu’il fait bon dormir », s’arrêtait devant ladite statue pour rendre hommage au grand homme.

La question des actes du 22 mai 2020 n’est bien entendu pas celle du parcours (situé à la gauche de la gauche), de la vie, de la lutte de Victor Schoelcher contre l’esclavage (étant quand même rappelé le décret du 27 avril 1848 acte le principe de l'indemnisation des colons) mais bien du « schoelchérisme » et de l’usage que l’on fit de cette image historique.

Après 1848, et pour plus d’un siècle, la « gauche » martiniquaise sous différentes dénominations (républicains, socialistes, communistes etc…) s’est inscrite dans cette démarche essentielle selon laquelle pour lutter contre la caste békée (ou les usiniers) il fallait obtenir l’assimilation politique et sociale ce qui, selon elle, n’était possible qu’avec le soutien de la « généreuse » gauche française.

Cette stratégie politique était fondée sur l’idée que la liberté de 1848 n’avait été (occultant la révolution antiesclavagiste du 22 mai) que le résultat de la « générosité » de cette gauche française représentée et même idéalisée par Schoelcher et que l’avenir de la lutte ne pouvait se concevoir que dans ce cadre.

Or, cette stratégie a montré après 1946 qu’elle était une impasse. Pour lutter contre l’inégalité et le développement économique, il fallait une stratégie propre à la Martinique.

Elle reste pourtant encore présente aujourd’hui puisqu’au cours du demi-siècle qui vient de passer on a pu assister à la lutte idéologique et politique entre ce courant assimilationniste de gauche et le courant « national » puis dit « patriotique » (lui-même de plus en plus protéiforme avec des tactiques diverses).

On peut le regretter mais c’est un fait : en Martinique, il y a ceux qui inscrivent la lutte dans un projet français en espérant l’appui d’une gauche française et il y a ceux qui l’inscrivent dans un projet national s’inscrivant dans la Caraïbe. D’un côté, on attend de l’Autre se situant à 7000 km. De l’autre on compte avant tout sur ses propres forces, même en l’inscrivant dans un projet universel d’émancipation humaine.

Souvenons-nous du dernier vrai acte politique de Césaire en 1981, le moratoire, autrement dit la mise au boisseau de la question nationale du fait de la victoire de Mitterrand en y espérant une résurgence du « schoelchérisme ». Cela montre l’actualité de cette lutte.

C’est la réalité du combat anticolonialiste actuel.

Je ne crois pas que ces actes sont contre la personne de Schoelcher ou son action contre l’esclavage mais bien contre une idéologie coloniale et ses symboles.

Je ne crois pas qu’il s’agisse de « vandalisme » au sens où l’entendent Laguerre et Letchimy avec une certaine forme d’arrogance à l’égard de jeunes militants qu’ils sont incapables de comprendre.

Ce sont de réels actes politiques qu’on peut au choix combattre ou soutenir.

Somme toute, il est normal que le ministre français des « Outres Mer » (autre terme symbolique méprisant) avec des tenants du système actuel condamnent ces actes. Ils sont dans leur logique.

Le combat libérateur est comme une barricade. Il n’y a que deux cotés et je me refuse d’être du coté des oppresseurs qui d’ores et déjà organisent la répression.

Je pense profondément que les actes militants de destruction des deux statues de Schoelcher s’inscrivent dans le cadre d’un combat contre les inégalités, les mensonges et pour la liberté et en cela je les comprends.

Je me réjouis que notre peuple ait en son sein des (jeunes ?) hommes et femmes qui ont le courage d’agir et d’assumer. Cela vaut mieux que la lâcheté ambiante.

 

Raphaël CONSTANT

Avocat et Militant.