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JE SUIS LE PRESIDENT … JE SUIS LE PRESIDENT … JE SUIS LE PRESIDENT…

Yves-Léopold Monthieux

La récente tribune de Marinette Torpille est de celles qu’on aimerait lire plus souvent sous la plume des hommes et des femmes politiques martiniquais. Sa critique de la politique d’attractivité économique de la région ne manque pas de pertinence, elle atteste d’une bonne connaissance du sujet. Mais le lecteur retiendra l’humour et l’exquise provocation de Mme Torpille à l’égard du président, contenues dans le titre de l’article qui vaut un édito à lui seul : « le Président of Martinique en voyage à l’étranger ».

On est donc aux prémisses de la diplomatie du "tapis rouge", face aux incertitudes de la diplomatie de l’économie qui serait l’objectif du président de la région. La finesse du propos de Marinette Torpille, candidate à la CTM de BA PEYI-A AN CHANS, cache mal un brin de perfidie. Elle s’interroge : « Se laisse-t-il [Serge Letchimy] identifier comme tel dans la logique de sa 3e voie ? » Les sites martiniquais de se sont pas trompés qui, tous, ont repris la tribune. Les commentaires des lecteurs portent presque exclusivement sur le titre à travers lequel on retrouve la préoccupation actuelle de la Martinique : quelles seront les limites des pouvoirs du chef du système politique martiniquais ? Sous couvert de "3ème voie" ou de "74" en devenir, vers  quelle réalité institutionnelle se dirige la Martinique ? La région ne fonctionne-t-elle pas déjà en mode de collectivité unique ? N’est-elle pas la préfiguration de la future CTM. En effet, si on s’accorde à reconnaître que le brouillard ne s’est pas éclairci quant au fonctionnement de la nouvelle institution, un mode de gouvernance politique se dessine qui n’autorise aucune surprise de la part de ceux qui ont contribué à sa mise en oeuvre.

" Je suis le Président …" : c’est l’anaphore prononcée cinq ou six fois par Alfred Marie-Jeanne, lors du discours d’investiture de son second mandat à la présidence du conseil régional, en 2004. Avant lui, il y avait eu des présidents. Il était lui-même le président sortant. Mais le leader indépendantiste  avait voulu signifier avec force devant les caméras de télévision qu’il n’était plus l’élu d’une coalition, mais le seul chef à bord. Letchimy aurait dit "à la barre ". De la Martinique, bien entendu, comme ce dernier l’a récemment signifié à son amie Christiane Taubira. AMJ indiquait ainsi que son autorité ne serait plus partagée, ce qu’allaient confirmer non sans éclats ses déclarations et prises de position. De vraies pépites d’autoritarismes allaient s’ensuivre, en effet, destinées à montrer la nouvelle puissance du chef : "c’est celui qui paie qui décide ", qui remet la coupe aux sportifs, qui met " la presse diapason ", qui dégage les uns " manu militari ",  dicte sa décision au conseil de discipline, etc…  On se souvient de son algarade au sujet de cette conseillère régionale de l’opposition, décédée. Elle n’avait rien fait d’autre que d’être malade…

Pour sa part, le président Serge Letchimy ne donne pas dans le déclaratif et l’ostentation. Pas dans les « démonstrations » comme dirait ma mère, de M. "Je suis le Président". « I ka téré san son’nin », ajouterait-elle.  Il s’est simplement installé dans les habits de chef tout-puissant qu’Alfred Marie-Jeanne avait dessinés pour lui-même. C’est dire qu’on assiste à un monument de tartuferie de la part des membres du Gran Sanblé qui se plaignent du début de totalitarisme que, selon eux, Serge Letchimy s’apprêterait à mettre en place s’il devenait président de la CTM. En réalité si la Martinique devait sombrer dans le totalitarisme annoncé, elle le devrait à l’action commune des deux principaux camps politiques qui se sont toujours entendus pour doter la Martinique d’un statut qui convienne à leurs ambitions idéologiques ou/et personnelles. Jusqu’à ce jour ils ne se sont disputés que sur un seul point, le nom de celui qui sera à la tête de cette république. Alfred Marie-Jeanne, Serge Letchimy et Claude Lise ont été tous les trois à l’origine du petit gouvernement désigné sous le nom de "conseil exécutif". Leur désaccord porte sur une peau de pistache, le taux de la majoration du nombre d’élus de la majorité.  Que ce taux soit de 20% ou moins, les 3 hommes ont soutenu un principe destiné à mettre en place une majorité inexpugnable, chacun pensant à soi et sa chapelle.

Letchimy et Marie-Jeanne se distinguent finalement par les méthodes utilisées pour prendre le pouvoir. Le premier avance seul avec dans ses bagages la ville de Fort-de-France qui totalise le quart de l’électorat martiniquais : un atout considérable. Tandis que le député du sud puis du centre atlantique ne peut compter que sur le seul avantage, immatériel, de sa popularité. Il a eu besoin de la complicité de Claude Lise, président du conseil général et sénateur, qui s’est laissé faire. Non sans maestria politique, Serge Letchimy a obtenu l’éviction de ces deux fonctions et réussi à faire « oublier» le conseil général. L’effacement de cette institution a déjà, de fait, installé la Martinique en mode de collectivité unique post-départementale. C’est un fait politique incontestable : de l’étranger comme de Paris Serge Letchimy est considéré comme  LE Président de Martinique.

Laisse-t-il dire ? Laisse-t-il faire ? Laisse-t-il volontiers se faire appeler Président of ou de Martinique ? La réponse, en forme de "sé pa mwen ki di" est contenue dans ses rendez-vous et discours de chef d’Etat, ainsi que dans certaines décisions qu’on pourrait qualifier de "marie-jeanniennes".A cet égard, je me réfère au sentiment de jouissance qu’avait ostensiblement manifesté Alfred Marie-Jeanne au cours d’une confrontation à la télévision. A celui qui l’accusait d’être, par sa façon de diriger la région, le "roi de Plateau-Roy", il n’a pas caché sa satisfaction d’une telle comparaison. J’en oublie les termes (ATV, mars 2007). Par sa culture idéologique à laquelle son prédécesseur n’a que faire, Serge Letchimy serait moins satisfait de l’expression mais certainement pas sa signification en contenu de pouvoirs.

C’est dire l’énorme tartuferie qui consiste, les uns et les autres, à s’accuser mutuellement de préparer la dictature. N’est-ce pas la meilleure façon pour les deux camps d’indiquer, eux-mêmes, aux autres candidas de la CTM les dangers possibles du système qu’ensemble, à Paris, ils ont mis en place avec Sarkozy ? Les objectifs catastrophiques qu’ils prévoient, l’un pour l’autre, se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Ils n’ont d’égal que le bilan catastrophe qu’ils partagent en termes de pertes d’emplois, de fuite des cerveaux, d’effondrement du tourisme, de recul en tous genres de la Martinique. Cela conduit les deux camps à se tenir par la barbichette et à ne pas se reprocher grand-chose de concret,finalement. Ils ne parviennent pas à convaincre de leurs différences, ne réussissant qu’à se renvoyer des affaires au visage. Apparemment pas pour longtemps s’il est vrai que la justice, qui aime toujours jouer sa partition pendant ces périodes, semble avoir voulu les tenir à égalité. Dès lors on peut penser que d’autres affaires resteront en sommeil, dans l’attente du jugement du suffrage universel et de l’arrivée de celui qui dira enfin, non plus "Je suis le Président" mais, dans toutes les langues : "Je suis le Président of Martinique".

Yves-Léopold Monthieux, le 20 août 2015

Commentaires

Daniel Boukman | 22/08/2015 - 11:59 :
Voici le commentaire que m'inspire ce long fleuve charriant boue, fiel et venin : en créole, pa janmen mété mangous an kaloj poul en français, il ne faut pas introduire le loup dans la bergerie
yvleo | 25/08/2015 - 09:38 :
« Venin », « serpent », « boue », « fiel ». Faut-il que ce monsieur soit incapable de développer une critique calme et raisonnée pour que systématiquement il donne ainsi dans l’insulte, l’injure et succombe à son penchant pour la censure ? Heureusement que la radio d'Etat où il s'exprime avec gourmandise ne lui renvoie pas son image. Siw pè pa pè ! Il ne faut pas avoir peur de la confrontation des idées. Je veux bien être du côté de la mangouste plutôt que du sien.
Lydie GILBERT | 27/08/2015 - 06:07 :
Alors là, messieurs les intellectuels, vous m'épatez avec cette petite algarade "folklorique" ! En tous les cas, je puis vous assurer d'une seule chose :"Dans votre diversité intellectuelle et de pensée, vous êtes tous les deux des Martiniquais ! Si la Martinique devient un jour indépendantante, elle aura besoin de toutes ses forces vives et de toute son ingénierie - Et puis... revenons à la réalité, il n'y a pas encore de -president of Martinique- ! Les Martiniquais étant du point de vue du -Droit international-, une simple population composante du PEUPLE français !" - Du calme... respect entre Martiniquais !!!

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