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« Je suis noire et pourtant je suis belle »

Térèz Léotin
« Je suis noire et pourtant je suis belle »

« Il faut être naturels, le Créateur ne nous a point conçus avec des bijoux, » tels sont les propos des chrétiens d’obédience adventiste qui n’en mettent pas pour rester authentiques et sans artifices. Sans me faire l’apôtre du bijou, il faut surtout entendre que ces croyants pensent aussi que les tresses ne sont pas une coiffure noble et ils ont recours aux traitements chimiques du défrisage, cherchant à camoufler ou à faire disparaître leurs cheveux naturels sous des perruques ou tissages. Où est le naturel dans tout cela, se demande-t-on ?

Il s’agit à l’évidence, de remettre en question le travail de la Main divine qui n’aurait peut-être pas fait les choses comme il le faut. Et avec les autres chrétiens qui pensent pourtant, eux aussi, que le Divin les a fait à sa propre  image, ils renient leurs cheveux.

Il ne s’agit pas ici de juger mon prochain, mais n’y a-t-il pas incohérence lorsque ces mêmes personnes, qui n’ont pas été conçues avec des vêtements, non plus, en portent.

 

L’homme demeurera toujours un parfait tissu d’aberration, car comment expliquer que ces gens ont tous recours aux postiches ? C’est la faute aux publicités qui n’en ont que pour les «  lapo é chivé sové », me direz-vous. Ces propagandes, auxquelles on peut ajouter le poids historique présentant le nègre laid, entretiendraient affreusement cet engouement. 

Sinon, pourquoi refuser d’admettre la chevelure que nous a donnée la nature ? Quelle que soit sa texture, quelle que soit sa couleur ? Pourquoi aussi mépriser notre peau, qui sait nous protéger des agressions environnementales ? Pourquoi sommes-nous étonnés d’entendre le propos de Victor Hugo « allez en Afrique, elle n’appartient à personne » puisque le fourvoiement est tel que nous montrons que nous les créatures noires ne sommes personne. L’aliénation est en effet si forte que nous croyons être la mauvaise copie de l’Autre.

L’état naturel des cheveux crépus est perçu comme dégradant par certains, et par ceux qui veulent imposer leur modèle.  Pourquoi continue-t-on d’admettre et de croire que la seule référence de beauté c’est celle qui véhicule la « somptuosité du cheveu raide et lisse », du « chivé swa » ? À moins d’avoir un problème de santé, (et là aussi on peut s’offrir une perruque afro), pourquoi charger sa tête d’une tonne de cheveux « corrects »  qui sont achetés pour cacher les nôtres ? Nous nous croyons handicapés du cheveu.

  Quand allons-nous laisser respirer notre crâne ? Quand allons-nous cracher sur les illusions qui nous donnent à penser qu’en défrisant notre tignasse, ou qu’en collant ou en cousant des cheveux tissés sur nos têtes, nous deviendrons du même coup de parfaits eurasiens, vrais, chics et bons teints ? Quand allons-nous croire en nous, et suspendre de singer les autres ? Quand allons-nous arrêter de donner aux autres, donc à ceux qui ont les cheveux raides et lisses, l’illusion qu’ils sont plus beaux que nous ? Quand arrêterons-nous de les prendre pour modèle et de leur donner, trop d’occasion de nous traiter de sales noirs ? L’homme est certes libre de ses faits et gestes, mais ayons des comportements qui nous grandissent.

Autrefois, nous avons connus les coiffures africaines revalorisant le cheveu crépu. C’était du temps de la coiffeuse Josépha et sa sœur Jacqueline Labbé. Elles faisaient la guerre au défrisage, et avaient entrepris le combat de Don Quichotte contre les moulins. Plus tard J. Sméralda posa les mêmes postulats. On lui rétorqua qu’elle n’avait pas de problème pour se coiffer, car elle avait de « beaux » cheveux.

Hélas, il nous faut constater que le style nappy n’est qu’une mode comme à l’époque,  la mode afro elle-même en fut une. C’est dommage car les modes passent et les mauvaises habitudes restent.

Nous ne sommes ni plus beaux ni plus laids que les autres. Nous sommes tous tout aussi beaux les uns que les autres, et la jeunesse a son charme autant que la vieillesse a le sien.

Notre physique n’est pas ingrat parce que notre nez n’est pas aquilin, et l’intelligence ne se mesure pas à la longueur de la chevelure, non plus.

Pourquoi les femmes blanches sont-elles si nombreuses à vouloir changer leurs aspects physiques et notamment leurs lèvres en les livrant aux bistouris de la chirurgie « inesthétique » pour qu’elles deviennent encore plus lippues que celles du poisson qui s’appelle labre ?

La nature c’est notre force, toute notre force. Soyons simplement naturels. Assumons le charme du cheveu qui fait comme un « ressort », celui qui fait « zéro zéro » oui, celui que les bien-pensants nomment « chivé Jex ». Assumons notre chevelure crépue, nos lèvres épaisses, notre couleur. Tant pis pour les représentations qu’on en fait dans les médias. Tant pis ! Méprisons ouvertement les croyances ridicules qui nous pensent inférieurs.

Nous sommes toutes et tous des descendants du roi noir Balthasar qui était dans la crèche. Nous sommes aussi les enfants de la reine de Saba, et même si nous n’étions pas réellement de leurs descendances, qu’à cela ne tienne, nous sommes beaux naturels tels que nous sommes. « Je suis noire et pourtant je suis belle » dit la reine de Saba dans le Cantique des cantiques.

Térèz Léotin

 

Les photos prises sur internet, et annoncées sans droits d’auteur

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