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"Je t'aime, mais je ne t'appartiens pas", disent-elles...

   La violence faite aux femmes est inadmissible et est fort heureusement reconnue comme telle de nos jours.

   Celle qui se manifeste par des coups (de poing, de pied ou de fusil) est d'ailleurs la moins fréquente quoiqu'évidemment la plus visible. La plus fréquente et presque invisible est la violence sans bruit ni trompette, le fameux "bat san menyen", qui consiste par exemple, pour un homme, à ne jamais prendre l'enfant dont il est le père parce qu'il est séparé de la mère. A ne jamais emmener l'enfant chez lui, à ne jamais l'emmener à la plage, au cinéma ou au restaurant. A, trop souvent, ne pas payer sa pension alimentaire. Résultat : la mère a la charge toute seule de ou des enfants. Et est vite débordée...

   On voit au centre pénitentiaire de Ducos les résultats de cette irresponsabilité masculine que la loi punit trop faiblement. Combien d'hommes qui ne paient pas leur pension alimentaire sont condamnés ? Et les rares fois où cela se produit, au terme de quel parcours du combattant pour des mères qui le plus souvent n'ont pas les moyens de se payer un avocat ? 

   Il est clair qu'il faut un durcissement des lois pour tenter d'endiguer l'irresponsabilité masculine.

   Mais...

   Car il y a un "mais", tout n'étant pas tout blanc et tout noir dans l'existence humaine. Prenons, par exemple, le titre du présent article qui est le nouveau slogan de l'UFM (Union des Femmes de la Martinique) ! "Je t'aime" commence leur slogan. Hum ! On se croirait sur les bords de la Seine ou de la Garonne. D'abord, en créole, langue quotidienne de la majorité de la population, sur les chantiers, dans les bananeraies, dans les cantines, sur les marchés etc..., on ne dit pas et on n'a jamais dit"Mwen enmen'w", mais bien "Mwen kontan'w" (littéralement "Je suis content de toi"). Ce qui est complètement différent. Cette histoire de "Mwen enmen'w" date de l'apparition du zouk love dans les années 90 et est l'un des reflets de l'assimilation et de l'aliénation culturelle que nous subissons de façon massive depuis bientôt trois décennies. C'est la conséquence des feuilletons télévisés débiles ("Les Feux de l'amour" etc.) dont se gavent les femmes dites "seules" et bien souvent en chômage, chose dont elles ne sont aucunement responsables. Sauf que ces femmes ont trop souvent, comme on l'a vu plus haut, la charge toutes seules de l'éducation de nos enfants et qu'à leur corps défendant, elles contribuent à assimiler, à franciser leurs enfants, nos enfants. On ne peut pas le leur reprocher, mais on est forcé de le constater.

   Jusqu'aux années 60 du siècle dernier, comme dans la plupart des sociétés traditionnelles du monde, y compris dans les campagnes européennes, l'amour au sens des "Feux de l'amour" était une notion inconnue en Martinique. Les mariages étaient arrangés par les parents, ce qui ne signifie aucunement que le garçon était imposé à la fille. Cette dernière pouvait parfaitement refuser le prétendant choisi par ses parents comme on le voit dans les contes créoles, notamment celui dans lequel une jeune fille repousse tous les hommes jusqu'à ce qu'un  bel homme blanc vêtu de blanc sur un cheval blanc s'arrête devant chez ses parents et demande sa main. Aussitôt, la jeune fille devient folle amoureuse, mais sa mère lui donne une aiguille en or et lui demande de piquer discrètement le prétendant tout blanc au cours d'un bal qu'elle compte donner en son honneur. S'il en sort du sang, il s'agit bien d'un homme ; par contre, s'il s'agit de pus, c'est le Diable. Comme dit comme fait. Sauf que, toujours folle amoureuse, la jeune fille ment à sa mère en lui disant qu'après la piqure, il est sorti du sang. Le Diable__car c'était bien lui !__emporte la jeune mariée dans son château et la dévore.

   La plupart des créolistes et autres analystes de notre société y voit la métaphore du mariage interdit avec le Béké et sans doute n'ont-ils pas tort, mais on peut aussi y voir une condamnation de la passion amoureuse dès l'instant où elle conduit au mariage, censé, lui, être "pour la vie". Les sociétés traditionnelles n'avaient besoin ni de sondages ni de statistiques pour savoir que les mariages arrangés durent plus longtemps que les mariage d'amour et ici, il convient, ce qu'on ne fait pas, de distinguer radicalement, comme on l'a vu plus haut, "arrangé" de "forcé". Même dans les sociétés musulmanes les plus intégristes, le mariage forcé est rare et contrairement à ce que croient beaucoup de gens, non seulement le divorce existe dans l'islam, mais mieux, il peut être demandé par l'épouse. Cela est si vrai que le "mariage arrangé" est souvent appelé aussi "mariage de raison". La Raison est donc mise avant la Passion.

   Le "Je t'aime" donc du slogan évoqué plus haut est le reflet d'une conception des relations homme-femme étrangère à notre culture créole, calquée sur le modèle monogamique judéo-chrétien et donc en fin de compte, assimilationniste. Le Diable se cache dans les détails, dit-on, eh bien l'Assimilationnisme aussi ! Loin de nous l'idée de critiquer les auteurs dudit slogan qui l'ont sans aucun doute conçu en toute bonne foi et qui mènent un combat respectable pour défendre les droits des femmes, mais ce n'est pas parce qu'on est de bonne foi que l'on a raison. Que l'on a forcément raison.

   Ce slogan est un slogan français. Ce n'est pas un slogan martiniquais.

   Et parce que c'est un slogan français, son efficacité s'en trouve profondément diminuée, ce qui est dommage puisque l'idée qu'il y a derrière à savoir qu'un être humain (femme ou homme) n'appartient pas à un autre est une idée tout à fait juste. Nous avons pris cet exemple, mais qu'on n'y voit pas une critique en particulier de l'UFM. En fait, l'assimilationnisme inconscient est malheureusement partout. Et ce qui est pire : dans ce que nous tentons de faire au mieux pour la Martinique. Il est dans le Tour des yoles, dans les fêtes patronales, dans le latin imposé comme matière optionnelle à l'école au détriment du créole, dans le choix des Miss, dans l'architecture de nos maisons, dans nos destinations de vacances, dans nos goûts artistiques, dans nos rapports avec nos voisins caribéens etc...etc...

   Se battre donc pour que la Femme martiniquaise soit respectée, OUI à 100% ! Mais que ce combat soit mené à notre façon, de l'intérieur de notre culture. "Ni putes ni soumises" ou les "Femen", c'est bien, c'est respectable, mais ce n'est pas NOUS...

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