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Jean Bernabé : création et évolution du CIRECCA

René MORELOT
Jean Bernabé : création et évolution du CIRECCA

   Mardi 1è avril, la Bibliothèque de Schœlcher organisait une soirée-hommage au Pr Jean BERNABE décédé il y a un an. Parmi les intervenants, René MORELOT, responsable du CIRECCA, a rappelé les faits marquants qui ont permis à cette association de recevoir sur le campus de Schœlcher des étudiants étrangers, notamment nord-américains, activité qui se poursuit jusqu'à ce jour...

 

CREATION ET EVOLUTION DU CIRECCA

 

Une intuition créatrice et des débuts prometteurs

 

Association relevant de la loi 1901, le CIRECCA, créé en 1982 est l’héritier du CIREFFCA (Centre International de Recherches et d’Etudes Françaises et Francophones de la Caraïbe).

L’idée de ce dernier Centre remonte à 1980, date où Jean Bernabé invité à participer à San Jose de Costa-Rica à un congrès international de l’AUPELF (Association des Universités Entièrement ou Partiellement de Langue Française) a découvert, après sa communication sur la littérature antillaise francophone, l’intérêt  considérable des latino-américains pour le sujet.  L’organisateur de ce congrès, au nom de l’AUPELF, était le professeur canadien Michel Tétu. Après cette rencontre internationale, Jean Bernabé a conclu que les Antilles et la Guyane, territoires francophones, pouvaient devenir des lieux d’accueil pour le développement du FLE (Français langue Etrangère) à égalité avec la France métropolitaine. Ces deux homme ( Michel et Jean) ont réfléchi à la création d’une structure associative permettant le rayonnement des cultures francophones à partirde la Guadeloupe, de la Guyane et de la Martinique et ce, sans oublier la dimension créolophone de nos pays. C’est ainsi que, grâce à la détermination du professeur Michel Tétu, alors Secrétaire Général adjoint de l’AUPELF, et à ses contacts avec le Ministère français des Affaires Etrangères, une première réunion a été organisée par le MAE en 1981 à la Faculté des Lettres de l’UAG, afin de mettre sur pied un organisme dédié à la diffusion du Français dans la Caraïbe. Le contexte politique de l’époque étant à la méfiance quant aux risques d’une trop grande ouverture des Antilles et de la Guyane sur leur environnement international, la nouvelle association (CIREFFCA) a vu le jour, à la condition expresse que l’adjectif « française » figure dans son intitulé.

 

À l’arrivée de la gauche au pouvoir en France, un léger frémissement s’étant manifesté quant à la nécessité de désenclaver les DFA en les ouvrant sur la Caraïbe, il a été décidé, lors de la deuxième réunion organisée en 1982, dans le cadre du premier stage( financé par le Ministère des relations Extérieures) d’une part, d’alléger le titre de l’adjectif « française » (considéré comme non nécessaire) et, d’autre part, de mettre sur pied une sorte d’agence de coopération culturelle et technologique à l’échelle de la Caraïbe et de l’Amérique latine et ce, toujours en relation étroite avec l’AUPELF et le Ministère français des Affaires Etrangères auquel s’était joint le Gouvernement du Québec, tous prometteurs de fonds. Le CIREFFCA après de dures négociations,  est devenu en 1982 le CIRECCA avec pour président Michel Tétu.

 

Les cinq premiers stages (1982, 1983,1984,1985,1986) ont pratiquement rassemblé tout ce que l’Amérique latine et la Caraïbe anglophone comportaient d’universitaires enseignants de français. C’est grâce à ces stages que des enseignants occupant une position stratégique dans leurs universités respectives ont pu découvrir et faire découvrir à leurs étudiants les œuvres de Césaire et des autres grands auteurs des DFA. De nombreuses spécialisations en littérature antillaise et guyanaise ont vu le jour dans toutes les universités de la Caraïbe et de l’Amérique Latine. Outre les stages de FLE (Français Langue Etrangère). Le CIRECCA a organisé des sessions de formation sur l’agronomie tropicale (1984) ou le journalisme (1985).

 

 Un tournant : de nouveaux bailleurs de fonds et une nouvelle orientation

 

Le bassin des universités d’Amérique Latine se trouvant quasiment épuisé, les stages de langue se sont diversifiés quant à leurs objectifs et, à partir de 1986, ont été proposés non plus seulement à des universitaires enseignants mais aussi à des étudiants de Français souhaitant une immersion dans le contexte linguistique et culturel des Antilles (étudiants québécois ou de pays d’Amérique Latine ou encore de la Caraïbe anglophone et hispanophone).

À partir de 1987, le ministère des Relations Extérieures s’est désengagé en tant que tel, compte tenu de ce qu’il estimait avoir accompli ses objectifs quant à la formation d’universitaires capables de démultiplier leurs connaissances francophones auprès de leurs étudiants. Le MRE a orienté le CIRECCA vers des demandes d’aides adressées aux fivers postes diplomatiques de la Caraïbe et de l’Amérique Latine. C’est à ce moment que le Québec a décidé de renforcer son aide en mettant à la disposition du CIRECCA pendant trois années (1985-1987) un ancien ambassadeur canadien, lequel a officié en qualité d’adjoint au Directeur Général. De nombreux stages d’insertion linguistique et culturelle de canadiens ont été réalisés chaque année jusqu’à l’année 2000.

 

Le retrait du MRE et du Québec comme financeurs du CIRECCA a conduit à une modification statutaire visant à l’implication, outre des conseils généraux, des trois Conseils Régionaux des DFA dans le Conseil d’administration du CIRECCA. Dans le même temps, on assistait à une réorientation du bassin de recrutement des stagiaires de FLE : Outre le Québec, les pays de la Caraïbe anglophone et hispanophones devenaient les clients quasi exclusifs du CIRECCA. À partir de cette époque, deux phénomènes se sont amorcés : d’une part, un recrutement des stagiaires au niveau, non plus des universités, mais des lycées et collèges et, d’autre part, un mouvement des stagiaires en sens inverse (de la Martinique ou de la Guadeloupe cers l’extérieur surtout la Caraïbe insulaire, en vue d’une immersion)

 

Le déficit de financement des « JOURNEES de la FRANCOPHONIE des AMERIQUES » (1989)  a laissé un lourd passif que nous avons eu a cœur d’apurer année après année.

 

Par ailleurs, l’ISEF (Institut Supérieur d’Etudes Francophones), créé en 1996, est à l’initiative de Jean Bernabé. Cet organisme a repris en main bien des actions lancées par notre association. La nécessité d’une synergie entre les deux institutions est concrétisée par une convention entre l’UAG et le CIRECCA, qui permet une collaboration intéressante mais qui devait se développer dans le sens d’un partenariat plus dense, plus efficace et plus complémentaire.  

Créé également par Jean Bernabé, en 2011, l’ICEFI ‘Institut Caribéen d'Études Francophones et Interculturelles a remplacé l’ISEF.

 

Des conditions de survie un peu difficiles

 

. En 2009, le CIRECCA est loin des dix ou quinze universités d’Amérique du Nord (Canada et USA), d’Amérique Latine et de la Caraïbe, qui lui envoyaient chaque année des stagiaires.

La seule manifestation d'internationalité réside alors dans l’organisation de stages de français langue étrangère. Nous avons fidélisé par la nature et le niveau des prestations que nous leur fournissons, des universités américaines qui, malgré la crise financière mondiale et la baisse du dollar continuent à voir en nous un centre utile et efficace en matière de perfectionnement en langue française.

 

Les évènements du 11 septembre 2001, à New York, ont fortement ralenti la fréquentation de notre centre par les universités américaines inquiètes de possibles conditions d’accueil et de sécurité difficiles dans notre région. Cela a pas mal réduit le nombre de participant étrangers à nos activités.

 

Pour ce qui est des conditions d’accueil, à ses débuts, le CIRECCA a bénéficié, pour l’hébergement des stagiaires étrangers, de locaux mis à disposition par la mairie de Fort-de-France au Parc Floral et Culturel du SERMAC.

Quelques années plus tard, lorsque cela n’était plus possible,  nous avons développé un tissu de relations avec des familles d’accueil et cette orientation est très riche au plan interculturel.

 

En guise de conclusion

 

Avant de terminer, je souhaite préciser que le

 

Siège du CIRECCA

D’abord au SERMAC (Parc Floral et Culturel- Parc A. Césaire).

Puis à l’ex-Hôpital Civil.

Ensuite, à partir de 1995, à la l’UFR des Lettres de l’époque.

 

 

 

 

Quelques actions marquantes du CIRECCA

 

  • Des rencontres internationales comme
  •  
  • Les « JOURNEES de la FRANCOPHONIE des AMERIQUES » (1989)

 

  • Le 1er Carrefour sur la Littérature de la Caraïbe, qui s’est tenu en  1994 à la Faculté des Lettres de l’UAG
  •  
  • Le 2e Carrefour sur la littérature de la Caraïbe, qui a eu lieu à Santo Domingo, en 1995.
  •  
  • « 4 e Conférence Internationale sur la Littérature de la Caraïbe » (I.C.C.L), qui s'est déroulée en Martinique (Hôtel Carayou) du 7 au 9 novembre 2001, en partenariat avec deux universités américaines

 

En matière de technologie culturelle, l’opération CARIBAL-EDIST, diplôme en ligne pour la formation des employés de bibliothèque peu formés, a constitué de la fin des années 2000 au début des années 2010 une importante action, conçue et menée par le BUAG dans le cadre du programme EQUAL de l’Union Européenne. Le CIRECCA était porteur du projet. Plusieurs lauréats de cette formation, notamment en Martinique et en Guyane, ont reçu un diplôme (DIPROBIB Diplôme professionnel de bibliothèque.

 

 

Dans un autre domaine, Jean Bernabé a eu des rapports très étroits avec Aimé Césaire, qui a été oendant quelques années Président d’Honneur du CIRECCA

Autres personnalités ayant eu, à des degrés divers, des responsabilités au CIRECCA ou ayant collaboré, ou collaborant encore avec notre association (liste non exhaustive) : Maryvonne  CHARLERY, Raymond RELOUZAT, Lucien ABENON, Serge MAM-LAM-FOUK,(Guyane) Pedro URENA RIB, Renaud GRATIANT, Pierre PINALIE, Judes DURANTY, Camille MOOUTOUSSAMY (Conseil Régional), Max AUGUIAC, Daniel BOUKMAN, Raphaël CONFIANT, Marie-Françoise BERNABE.

                                                                                           

Le CIRECCA, malgré toutes les difficultés, notamment le manque de ressources financières et de ressources humaines, poursuit ses activités. Avec la nouvelle présidence de l’association, des projets importants sont à l’étude. Le prochain CA doit les acter.

 

Le 17-04-2018

René MORELOT

Directeur du CIRECCA

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