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Jean-Louis Malherbe (Ibis Rouge) : "L'étroitesse du marché n'est pas fréellement un problème..."

MONTRAY KREYOL : VOTRE MAISON D'EDITION SE CONSACRE ESSENTIELLEMENT A LA PUBLICATION D'AUTEURS ANTILLAIS ET GUYANAIS OU D'OUVRAGES TOURNES VERS LES ANTILLES ET LA GUYANE, L'ETROITESSE DU MARCHE EST-IL UN OBSTACLE MAJEUR ? AVEZ-VOUS REUSSI A PENETRER SUR LE MARCHE HEXAGONAL ?

J-L. MALHERBE : L’oiseau littéraire et scientifique Ibis Rouge fut créé en 1995 ; soit 21 ans d'expérience, en 2016, dans le domaine de l'édition. Cette maison d’édition compte aujourd’hui près de 525 titres en version papier dans son catalogue et autant en numérique, et 380 auteurs de Guadeloupe, Guyane, Martinique, Réunion et parfois d’ailleurs. Le fonds éditorial d'Ibis Rouge Éditions possède une multitude de genres (essais, littérature générale, jeunesse, beaux-livres, etc.) dont l'ensemble s'articule autour de l'espace culturel, historique et social créole. Ibis Rouge Éditions offre aux lecteurs des ouvrages de qualité traitant de la réalité spécifique de l'Amazonie, de la Caraïbe et de l'océan Indien.

Elle a également pour vocation de fournir aux auteurs sur place les mêmes avantages que les maisons d’édition de l’Hexagone. L’étroitesse du marché n’est pas réellement le problème, nous publions et imprimons proportionnellement aux nombres de lecteurs potentiels et par une sorte d’accord tacite, les « vrais » éditeurs présents ont chacun leur spécialité. La production Ibis Rouge est concentrée sur les Sciences humaines et le roman, bien que nous ayons travaillé sur d’autres types de publications. Certes, nous souhaiterions qu’il y ait davantage de lecteurs mais nous ne pouvons pas contrôler ce genre de paramètres, tout juste influencer. Quant aux marché hexagonal, nous avons des distributeurs/ diffuseurs et avons réussi à nous faire une petite place dans ce vaste champ éditorial (face à de grands groupes éditoriaux s’intéressant à l’espace Caraïbe). Les ventes sont bien entendu plus importantes aux Antilles-Guyane mais les chiffres restent corrects.

 
MONTRAY KREYOL : ETES-VOUS SATISFAIT DE LA POLITIQUE DU LIVRE MENEE DANS LES TERRITOIRES FRANCAIS D'AMERIQUE D'UNE PART PAR L'ETAT, D'AUTRE PART PAR LES COLLECTIVITES LOCALES ? QUE FAUDRAIT-IL FAIRE POUR L’AMELIORER ?

J-L. MALHERBE : Globalement nous sommes satisfaits. L’État est parfois loin, voire à des années lumières, des réalités économiques des Antilles-Guyane et à plus forte raison dans le domaine éditorial et du monde du livre. Un manque d’écoute et de communication flagrant. Par ailleurs, nous travaillons régulièrement avec les collectivités territoriales et pensons que pour certaines d’entre elles le livre a encore lieu d’être. Nous regrettons néanmoins de ne pas voir cette engouement pour tous les départements. Il est évident qu’il y a encore beaucoup à faire, mais nous ne pouvons pas les accuser de totale inertie.

MONTRAY KREYOL : EST-CE QUE LES MEDIAS ANTILLAIS ET GUYANAIS ACCORDENT UNE PLACE SUFFISANTE AU LIVRE ? COMMENT VOUS Y PRENEZ-VOUS POUR FAIRE CONNAITRE CEUX QUE VOUS PUBLIEZ ?

J-L. MALHERBE : Non. Un livre, ça prend du temps. Chose que les journalistes n’ont pas. Pour parler d’un titre, il vaut mieux l’avoir lu et cela demande non pas un traitement rapidement et une lecture en diagonal mais une lecture un peu plus « concentrée ». Les médias antillais parlent d’un livre quand l’auteur lui-même est intéressant : un auteur avec ce quelque chose de sensationnel susceptible de « divertir » et d’attirer des auditeurs ou un lectorat. Par expérience le livre sert souvent de « roue de secours ». Quand on est plus ou moins à court de sujets, on parle de livres. Alors pour que nos publications trouvent leur place dans l’actualité littéraire et culturel, nous devons systématiquement contacter les journalistes, leur fournir des services de presse et si possible accompagnés de dossiers de presse (avec résumé, extraits croustillants, mots de lecteurs et biographie succincte de l’auteur, et autres détails techniques concernant le livre lui-même comme le nombre de pages et le prix). Nous n’avons malheureusement pas de critiques littéraires dans les médias antillo-guyanais.

 
MONTRAY KREYOL : QUEL PLACE TIENT LA LANGUE CREOLE DANS VOS PUBLICATIONS ?

J-L. MALHERBE : La langue créole est importante. Mais la majorité de nos publications sont en langue française. Pour un point parmi d’autres : la majorité des lecteurs ne savent ni lire ni écrire le créole. 

 
MONTRAY KREYOL : AVEZ-VOUS UN DERNIER OUVRAGE PUBLIE QUE VOUS SOUHAITERIEZ FAIRE CONNAITRE ?

 

J-L. MALHERBE : Nous avons publié Peaux échappées de Cindy Marie-Nelly dans notre nouvelle collection roman dirigée par Élodie Juste. C’est l’un de nos coups de coeur. L’auteur nous livre ici avec une force douce incroyable et un talent littéraire indéniable un texte ambitieux et captivant. Des destins de femmes tiraillées entre le désir de prendre en charge la construction de leur propre bonheur et la nécessité de gérer leurs relations avec le sexe opposé, ces femmes devant se méfier d’une croyance ancestrale ancrée profondément dans l’histoire familiale ? Fascinant ! Beaucoup d’émotions traversent le lecteur face à ces intrigues, mais après avoir refermé le roman à la dernière page demeure comme sentiment dominant l’espoir. Voici le résumé :

«  Vous ne sauriez être insensible à cette histoire ou plutôt ces histoires...

ROSE – Plantation Desrosières, juillet 1848, Guadeloupe

 

— Fais la fière, fais l'arrogante, mais tu ne vaux pas mieux que moi, chienne ! Le temps va te le montrer ! Je jure sur la tête de ma mère, la prêtresse de son village, que tes filles seront toutes des chiennes, flattées puis rouées de coups, comme toi, négresse !

SARAH – Tour Mermoz, Aubervilliers, Ile de France, Réveillon de Noël 2008
— Son ancêtre esclave a été maudite par une sorcière africaine, mec ! Mais attention ! Pas une malédiction genre « Tu vas mourir ». Non ! Une malédiction qui dit « Tu seras malheureuse en amour. Toi et toutes tes filles, vous allez galérer.

Pour Rose, Sarah et les autres, aimer ou être aimée appelle larmes, cris et sang. Toutes ces femmes semblent partager un même destin mais tentent désespérément de connaître le bonheur par delà ce qui semble être une fatalité. 

Parce qu’être heureux ça se décide et qu’aimer ne tient qu’à sa propre volonté, les unes après les autres, souvent dans la douleur, devront vivre malgré tout et malgré le poids des mots… »

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