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JEAN-MARIE LE CLÉZIO REÇOIT LE NOBEL DE LITTÉRATURE

L’Académie suédoise a finalement tranché après que moult rumeurs aient annoncé le couronnement d’un énième écrivain américain ou en tout cas anglo-saxon : c’est un francophone qui se voit attribué la palme en la personne du Franco-mauricien Jean-Marie Le Clézio (né en 1940). Notons tout de suite que la grande presse hexagonale a occulté cette double appartenance puisqu’elle titrait, toutes obédiences confondues :
«Le Français Jean-Marie Le Clézio reçoit le Prix Nobel de littérature»

Alors, évidemment, dans le corps des articles consacrés au lauréat, nos chers journalistes étaient bien obligés de faire référence à sa double nationalité et au fait qu’il possède toujours un passeport mauricien. On constate donc qu’il est encore difficile pour le microcosme germanopratin de comprendre et d’admettre l’identité multiple et on se souvient du coup de griffe donné par Philippe Sollers, pilier de ce microcosme, à Le Clézio dans un de ses ouvrages, qualifiant ce dernier de «gentil exotique».

Certains ont l’air de découvrir l’auteur de {Ritournelle de la faim}, le dernier ouvrage publié ces jours-ci par Le Clézio chez Gallimard, or, cet homme est un phénomène. D’abord, parce qu’il explose à 23 ans seulement là où la plupart des auteurs doivent attendre la trentaine, voire la quarantaine : c’est à cet âge en effet qu’il obtient le Prix Renaudot (deuxième prix littéraire français) pour {Le Procès-verbal}. Aujourd’hui Le Clézio a 68 ans, ce qui veut dire qu’il publie depuis… 45 ans ! 45 ans de romans, de nouvelles, de contes, d’essais. Une œuvre immense dans laquelle on peut grosso modo distinguer deux parties : une première dans laquelle le souci de l’innovation esthétique et du formalisme est très présent, une seconde dans laquelle l’auteur semble avoir trouvé son ton et s’intéresse aux Amérindiens, à l’Afrique noire, à des mondes un peu en retrait de la civilisation occidentale triomphante.

Il faut donc relire ou, pour certains, enfin lire Le Clézio. Le lauréat du Nobel, dans une conférence de presse donnée avant-hier au siège de son éditeur parisien, déclarait ceci :
«Mon message est très clair : c’est qu’il faut continuer à lire des romans parce que je crois que le roman est un très bon moyen d’interroger le réel…»

P.S. : Pour ceux que lire fatigue et qui préfèrent glaner des infos ou qui veulent se présenter à «Questions pour un champion», il faut rappeler que Jean-Marie Le Clézio est le seul écrivain a avoir obtenu deux fois le même prix littéraire français : il obtint, en effet, le Prix Renaudot en 1963 et en… 1981 (pour {Désert}). Du jamais vu !

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