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Journées cinématographiques de Béjaïa : Parole aux «héritiers» de Fanon

Journées cinématographiques de Béjaïa : Parole aux «héritiers» de Fanon

La 16e édition des journées cinématographiques de Béjaïa, clôturée dans la soirée de jeudi dernier, a varié les registres, les formats, les approches et les genres, donnant à voir pendant une semaine des courts et longs métrages et des documentaires qui ont montré des fictions, des portraits et des rétrospectives qui n’ont pas manqué de dimensions politiques et historiques.

Il y a eu même un absurde poussé à son extrême. Le public l’a découvert dans la soirée d’avant la clôture, avec la projection de la fiction Ali la chèvre et Ibrahim, de l’Egyptien Sherif El Bendary.

Ali est fou amoureux de sa petite chèvre qu’il dorlote comme il le ferait avec sa fiancée. La caricature a forcé sur les traits jusqu’à pousser le public à faire des parallèles politiques, non forcément valables, avec l’Egypte de l’après-printemps arabe.

La variété des projections a même inclus les codes du film d’animation présenté dans le court métrage français d’à peine six minutes, Les courgettes de la résistance. Au chapitre des portraits-hommages, la soirée de la clôture, tronquée malheureusement du film censuré Les fragments de rêves, de Bahia Bencheikh El Fegoun, a fait place à Fanon, hier et aujourd’hui, un documentaire de Hassane Mezine. Le film a permis à plusieurs personnes d’évoquer Frantz Fanon l’écrivain, le médecin et le militant. L’auteur du célèbre essai Peau noire, masques blancs (1952) n’a pas été qu’une des voix de la négritude, mais a trempé dans le combat pour l’indépendance de l’Algérie.

Depuis son premier contact avec Abane Ramdane, Pierre Chaulet et d’autres cadres du FLN. Fanon a fini par assumer des responsabilités au sein du Front. Son engagement pour la cause nationale lui a dicté sa lettre de démission adressée au ministre français de tutelle et lui a valu sa prompte expulsion de la demeure qu’il occupait alors en Algérie. «Il aimait l’Algérie plus que l’on peut imaginer» témoigne Seddiki, l’un de ceux qui l’ont connu dans sa militance.

Le documentaire renferme de nombreux témoignages de personnes qui l’ont côtoyé dans les locaux de l’hôpital de Blida ou en dehors, avec la même conviction pour une cause qu’il a épousée pleinement et fidèle ment. Marie-Jeane Manuellan, qui a été une des assistantes à l’hôpital, se souvient de l’homme engagé, dont aucune frontière ne s’érigeait entre sa vie privée et sa vie professionnelle et celle de Fanon le révolutionnaire.

Marie-Jeane Manuellan en garde des souvenirs et une influence qui lui ont inspiré son livre Sous la dictée de Fanon. Frantz Fanon, qui a été victime d’un accident de la circulation sur la route du Maroc, a «rompu avec la France». Il a été chargé par le FLN d’ouvrir un front au Sud, au lendemain de l’indépendance du Mali.

En 1960, il a été désigné ambassadeur du GPRA. Sa pleine implication pour la cause algérienne allait de pair avec ses idées et sa conception de la négritude, qui dénonçait le racisme et les inégalités et œuvrait pour un nouvel ordre qui mettrait en avant «l’homme neuf». «Racisme et culture», deux mots clés dans la pensée fanonienne et qui ont été l’intitulé d’une conférence qu’il a donnée à la Sorbonne, à l’occasion d’une rencontre des intellectuels et artistes d’Afrique noire.

L’auteur des Damnés de la terre est mort le 6 décembre 1961 à Washington, aux USA, à l’âge de 36 ans. Son corps a été transféré vers la Tunisie, avant qu’il ne soit acheminé clandestinement vers l’Algérie où il repose parmi les siens. La pensée de Fanon inspire aujourd’hui encore «les Damnés de la terre», nombreux à subir les oppressions de l’impérialisme et des nouvelles formes de l’apartheid.

Le documentaire de Hassane Mezine suggère que les aspirations d’aujourd’hui, celles des «héritiers de Fanon», consistent à continuer encore et toujours à œuvrer à «décomplexer les rapports humains» et de voir le monde entier lire Frantz Fanon : activistes, intellectuels….. Pour que l’on sache que, hier ou aujourd’hui, Fanon reste «un guerrier de l’Amour et un intellectuel».

 

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