Accueil
Aimé CESAIRE
Frantz FANON
Paulette NARDAL
René MENIL
Edouard GLISSANT
Suzanne CESAIRE
Jean BERNABE
Guy CABORT MASSON
Vincent PLACOLY
Derek WALCOTT
Price MARS
Jacques ROUMAIN
Guy TIROLIEN
Jacques-Stephen ALEXIS
Sonny RUPAIRE
Georges GRATIANT
Marie VIEUX-CHAUVET
Léon-Gontran DAMAS
Firmin ANTENOR
Edouard Jacques MAUNICK
Saint-John PERSE
Maximilien LAROCHE
Aude-Emmanuelle HOAREAU
Georges MAUVOIS
Marcel MANVILLE
Daniel HONORE
Alain ANSELIN
Jacques COURSIL
Par conviction politique

JUIVE ISRAÉLIENNE, CETTE AVOCATE S’EST SPÉCIALISÉE DANS LA DÉFENSE DES PALESTINIENS

Interview réalisé par Théophile Hazebroucq

{{Jusqu’en 1967, vous étiez sioniste. Qu’est-ce qui vous a fait virer votre cuti ?}}

Léa Tsemel : Les conséquences de la guerre des Six jours, à coup sûr. Comme tous les enfants de mon pays, j’avais reçu une éducation nationaliste. Je me suis donc portée volontaire pour aider dans Jérusalem. J’ignorais totalement l’histoire palestinienne, en particulier la tragédie de 1948, la Naqbah. En fait, cela m’a permis de me rendre compte que nous occupions et réprimions, au sens propre des mots, tout un peuple. Israël cherchait de toute évidence à coloniser et à déraciner les Palestiniens. Ils me sont tout à coup apparus comme les nouveaux Juifs errants de l’histoire universelle : persécutés, sans cesse contraints à faire leurs valises et à quitter leurs maisons, leurs terres.

{{C’est à ce moment que vous avez commencé à plaider pour eux ?}}

L.T. : J’ai d’abord rejoint l’organisation Matzpen (le parti trotskiste israélien) et me suis beaucoup employée contre le mouvement sioniste.. Je me suis impliquée dans les actions étudiantes du camp de la paix. Il n’était pas très important, mais très actif.. Cela suffisait à ce que nous passions pour des traîtres aux yeux de nos compatriotes. J’ai ensuite fait la connaissance de prisonniers palestiniens au début des années 70. Leurs espoirs étaient immenses, à l’époque. On pensait obtenir gain de cause. Mais après des milliers de dossiers traités, nous en sommes toujours au même point. Je m’occupe aussi d’individus résidant en Israël mais qui n’en sont pas citoyens. Leurs droits fondamentaux ne sont pas reconnus, comme celui au regroupent familial, ou l’accès à l’éducation, à la santé, à la culture. Et d’une manière générale, leurs rapports quotidiens avec l’armée et l’administration israéliennes sont horriblement difficiles.

{{Votre action vous attire-t-elle des menaces ?}}

L.T. : Non, pas vraiment.. Les autorités ont besoin de gens comme moi pour montrer que la justice suit son cours, que les Palestiniens peuvent être défendus par nous. Je suis nécessaire, de ce point de vue, même si l’opinion me déteste. Mais la situation est délicate pour tous les gens de gauche.

{{Dans quelles conditions sont détenus les prisonniers palestiniens ?}}

L.T. : Elles sont très mauvaises. Les prisonniers politiques palestiniens sont considérés comme terroristes. Ils sont détenus séparément des criminels ou des "droits communs". En raison de ce statut spécial, leurs contacts entre eux sont très restreints. Leurs droits les plus élémentaires leur sont constamment refusés. Tout est soumis à l’unique impératif de la sécurité, comme si le danger était permanent, total. En violation des conventions juridiques, on les retient en Israël, et non dans les territoires occupés. Cela rend évidemment tout contact avec leur famille extrêmement ardu. Et comme les condamnations sont très lourdes, certains peuvent passer 15 ou 20 ans complètement isolés. Rien ne justifie cela.

{{Pour quels motifs sont-ils le plus souvent condamnés ?}}

L.T. : Il est très facile de faire de n’importe quel Palestinien un risque. Ainsi toute organisation politique palestinienne est illégale, du Fatah au Hamas en passant par le Front démocratique. Leurs membres sont systématiquement traduits devant des cours civiles ou militaires. Enfin, des cas très divers sont regroupés sous l’accusation de terrorisme, qu’il s’agisse d’attentats à la bombe ou de simplement s’organiser pour faire face aux offensives israéliennes.

{{Entrevoyez-vous une possibilité d’amélioration des conditions de détention ou des droits des Palestiniens ?}}

L.T. : Dans n’importe quel pays, quand des pourparlers de paix ou des négociations sont en cours, il est d’usage de libérer des prisonniers. Ici, ça n’a jamais été le cas, même après les accords d’Oslo. D’habitude, le vainqueur d’un conflit se montre relativement généreux, ici malheureusement le vainqueur a fait le choix de la mesquinerie. Les prisonniers sont dans leurs geôles depuis longtemps, et le resteront, hélas, encore de nombreuses années.

[sinehebdo.eu->sinehebdo.eu]

Pages